‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 31 sur 294 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

c'est que l'idée première de. cette délimitation paraît avoir été prise dans ma correspondance avec le ministre; ce sont donc, en quelque sorte, mes idées que je modifie moi-même.

Sous trois où quatre jours , je vais quitter la Tafna poux retourner à Oran. Si vous approuvez mon traité, je demande à rester un mois ou deux pour poser les bases de notre établissement dans la zone réservée et y jeter les fondements d'une ou deux colonies militaires. Je ferai au ministre de la Guerre un rapport détaillé sur tout ce qu'il me paraîtra utile de faire. Je signale dès à présent les salines d'Arzew et son bon port, près duquel nous devons faire des établissements pour un commerce qui peut y devenir considérable. Les salines peuvent aussi donner un bon revenu. Les Russes de la mer Noire et autres peuples qui viennent en Espagne apporter des fers et s'en retournent chargés de sel, préféreront venir à Arzew, parce que le fer s'écoulera facilement, qu'on y trouvera du sel , que c'est plus près que la côte d'Espagne et que le mouillage est. plus sûr qu'à Valence, où se rendent ordinairement ces bâtiments.

Si vous n'approuvez pas mon traité, je demande encore à rester pour faire la campagne de juillet, août etseptembre. Ce n'est pas là un médiocre sacrifice à la grande détermination que j'ai cru devoir prendre. Je trouvais en effet une réelle compensation aux contrariétés que j'ai éprouvées, à tort sans doute, au conmiencement de mes négociations, dans l'avantage de revoir ma famille, et mon rappel me Faurait procuré. Mais si, par malheur, il y a guerre à faire, il serait honteux pour moi de rentrer en France avant d'avoir prouvé, une fois de plus, que je suis loin de la redouter.

Je suis avec respect, etc.

Siffné : BuGEAUD.

P. S. J'ai fait connaître aux généraux et officiers supérieurs de ma division les clauses du traité. On en a été unanimement satisfait, et on a déclaré que la sagesse ne permettait pas de refuser de pareilles conditions. Cependant tout le monde était très désireux de faire la guerre.

Le jour même où il expédiait pour Paris la lettre cidessus au ministre des Affaires étrangères, le général Bugeaud adressait le mot suivant au gouverneur général comte de Damrémont, qu'il avait légèrement soupçonné d'avoir, en même temps que lui , cherché à négocier avec Abdél-Kader :

Au Gouverneur général comte de Damrémont

Du camp de la Tafna, 29 mai 1837.

Général ,

Je vous dois une réparation ; je vais vous la faire avec franchise. Abdel-Kader assure que vous ne lui avez jamais fait de propositions de paix.

J'ai donc été trompé par Durand , qui jouait un double jeu pour obtenir des concessions des deux parties contractantes, en mentant à l'une et à l'autre. Il travaillait surtout à sa fortune : c'est un homme sordide. Je ne l'ai pas employé dans ces dernières négociations ; j'ai traité directement.

Recevez mes excuses, Général. Effacez de votre esprit les impressions qu'ont dû y laisser mes reproches mal fondés.

BeceveZ; etc.

Siffné : Bugkaud.

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