‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 33 sur 294 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sur le territoire arabe leur seront garanties ; ils en jouiront librement, et rÉmir s'oblige à leur rembourser les. dommages que les Arabes leur feraient éprouver.

Art. 12. Les criminels des deux territoires seront réciproquement rendus.

Art. 13. L'Émir s'engage à ne concéder aucun point du littoral à une puissance quelconque saus l'autorisation de la France.

Art. 14. Le commerce de la Bégence ne pourra se faire que dans les ports occupés par la France.

Art. 15. La France pourra entretenir des agents auprès de rÉmir et dans les villes soumises à son administration, pour servir d'intermédiaires auprès de lui aux sujets français pour les contestations commerciales ou autres qu'ils p ourraient avoir avec les Arabes. L'Émir jouira de la même faculté dans les viUes et dans les ports français.

Le général Bugeaud désirait vivement connaître le marabout guerrier, le chef qui, depuis sept ans, tenait en échec les armes de la France. Dès que la signature d' Abdel-Kader fut apposée sur Tinstrument du traité, le général fit proposer une entrevue à rÉmir dans un lieu désigné entre les deux camps. L'Arabe accepta, et voici les détails de cette mémorable entrevue, consignés dans une lettre confidentielle adressée par le général Bugeaud au ministre des Affaires étrangères, le comte Mole :

Du camp de laTafna, le 2 juin 1837.

A monsieur le comte Mole, ministre des Affaires étrangères. Depuis que je vous ai adressé par l'Espagne le traité

72 LE MARECHAL BUGBAUD.

que je croyais avoir condu avec Abdel-Kader et l'exposé des motifs qui m'avaient déterminé, j'ai éprouvé mille contrariétés, et plusieurs fois j'ai cru que je serais obligé de vous envoyer un bulletin de guerre, au lieu du traité original que je vous avais annoncé avec trop de précipitation, en vue de ne pas perdre de temps.

Je ne crois pas qu'il y ait au monde rien de plus difficile que de traiter avec les Arabes. Il est bien plus aisé de les vaincre en un jour d'action. Tous les articles ont été de nouveau discutés avec une ténacité vraiment arabe ; de mon côté, je me suis raidi et je n'ai cédé sur aucun point, excepté sur le tribut annuel, parce que c'était un point religieux ; en y tenant, c'était tout rompre. J'ai obtenu en compensation un gros tribut une fois payé, et Mostaganem que j'avais d'abord cédé. Enfin, après nombre d'allées et venues, du camp d' Abdel-Kader au mien et du mien à celui d'Abdel-Kader, le traité m'a été apporté revêtu de la signature de l'Emir, ou de son cachet , parce qu'un Arabe ne signe jamais.

Je lui ai proposé une entrevue pour le lendemain, à trois lieues de mon camp et six ou sept du sien. Il l'a acceptée , et à neuf heures j'étais sur le terrain avec six bataillons, mon artillerie et ma cavalerie. Je suis resté là jusqu'à deux heures après midi sans entendre parler de l'Émir. Enfin quelques chefii arabes, avec lesquels nous avions eu des relations les jours précédents, sont venus successivement nous apporter des paroles dilatoires : l'Emir avait été malade et n'était parti de son camp que fort tard, disait l'un ; un autre ajoutait que probablement l'Émir allait me de? mander de remettre l'entrevue au lendemain, mais que cependant il s'approchait; un troisième arriva et nous dit : « H est là tout près, mais il est arrêté. » Un quatrième

Page 1