‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 34 sur 294 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

noua dit qu'il allait bientôt venir «t que je pouvais m'avancer un peu ; il était alors cinq heures du soiR 1 Voulant ramener mes troupes au camp et définitivement en terminer, je me décide à me porter en avant avec mon état-major. J'étais dans une gorge entrecoupée de collines; je marchai pendant plus d'une heure sans rien voir; enfin j'aperçus aij fond-de la vallée l'armée de l'Émir qui s'établissait sur des mamelons de manière à se mettre bien en évidence . Dans ce moment le chef de la tribu d es Oulasias, Bou-Hamedy, vint au-devant de moi et me dit : a L'Emir s'avance vers ce coteau; venez, je vais vous conduire près de lui. y> J^étais alors au milieu des postes avancés de l'ennemi : reculer eût été montrer de la timidité et peut-être déranger toutes les affaires ; je le suivis donc, après lui avoir dit : « Je trouve insolent de la part de ton chef de me faire attendre si longtemps. y>. Ce Kabyle, croyant que j'hésitais, me dit : « Soyez tranquille, n'ayez pas peur. — Je n'ai peur de rien, lui dis-je, et je suis accoutumé avons voir; mais je trouve indécent de la part de ton chef de me faire attendre si longtemps et de me faire venir si loin. — Il est là, voua allez le voir tout à l'heure.» '

Cependant nous marchâmes encore longtemps sans le rencontrer. Quelques appréhensions se manifestèrent alors dans mon état-majcfr ; un officier supérieur s'écria que nous étions bien assez loiiu « H n'est plus temps, répondis-je, de donner des conseils, il ne faut pas montrer de faiblesse devant c«s barbares, d Ejb je poussai en avant. Enfin j'aperçus l'escorte de l'Emir s'avançant vers moi : l'aspect en était vraiment imposant ; c'étaient 150 à 200 chefs marabouts, d'un physique remarquable, queieur lenteur relevait encore. Ils étaient montés sur des chevaux magnifiques qu'ils

— Tu peux être tranquille, ils seront traités comme des alliés fidèles. Mais tu m'as promis de mettre les Douairs dans le pays de Hafra (une partie des montagnes entre la mer et le lac Zegba).

— Le pays des Hafra ne serait peut-être pas suffisant, mais ils seront placés de manière à ne pouvoir nuire à la paix.

— A la bonne heure^ (Moment de silence.)

— As- tu ordonné, repris-je, de rétablir les relations commerciales à Alger et autour de toutes nos villes?

— Non, mais je le ferai dès que tu m'auras rendu Tlemcen.

— Tu sais que je né puis le rendre que quand le traité aura été approuvé par mon Roi.

— Tu n'as donc pas le pouvoir de traiter?

— Si, mais il faut que le traité soit approuvé. C'est nécessaire pour la garantie , car si le traité était fait par moi tout seul , un autre général qui me remplacerait pourrait le défaire, au lieu qu'étant approuvé par le Roi , mon successeur sera obligé de le maintenir.

— Si tu ne me rends pas Tlemcen, comme tu me le promets dans le traité, je ne vois pas la nécessité de faire la paix , ce ne sera qu'une trêve.

-^ Cela est vrai, cela peut n'être qu'une trêve. Mais k cette trêve, c'est toi qui gagnes, car pendant le temps qu'elle durera je ne détruirai pas les moissons.

— Tu peux les détruire, cela nous importe peu, et, à présent que nous avons fait la paix, je te donnerai par écrit l'autorisation de détruire tout ce que tu pourras. Ta ne peux en détruire qu'une bien petite partie , et les ArSrbes ne manquent pas de grains.

— Je crois que les Arabes ne pensent pas comme

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