‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 36 sur 294 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

joKe, m'a para faible ; je sentais que je l'aurais brisée dans la mienne.

La faiblesse physique prouve chez les Arabes encore plus qne chez nous (car les peuples moins civilisés apprécient davantage la force corporelle) combien la force morale est supérieure à la force physique. — Nous nous sonmies dit adieu réciproquement y et nous sommes montés à cheval. Il a été reconduit vers ^son armée avec le même cérémonial qui l'avait amené. Quand les Arabes ^ qui pendant toute l'entrevue avaient gardé un religieux silence, ont vu la séparation ; ils ont fait éclater des cris de joie qui ont retenti majestueusement dans toutes les collines. Dans ce moment , un coup de tonnerre qui s'est fort longtemps prolongé est venu ajouter au caractère grandiose de la scène. Mon cortège a été saisi d'un frémissement et tous se sont écriés à la fois : ce C'est beau! c'est imposant! c'est admirable! Je ne l'oublierai de ma vie.D Je me suis arrêté un moment sur le terrain de la conférence; je tâchais d'énumérer l'armée qui était devant moi. Je crois être modéré en la portant à 10,000 chevaux. Elle était massée en grande profondeur sur une ligne de plus d'une demi-lieue, sur quelques mamelons en forme de pain de sucre ; les cavaliers étaient serrés depuis la base jusqu'au sommet.

« Heureusement, dis-je aux officiers qui m'entouraient, le nombre de cette multitude ne fait rien à l'affaire ; il n'y a que des individualités , il n'y a pas de force d'ensemble. Les six bataillons qui sont derrière nous se promèneraient au milieu de tout cela et auraient bientôt dissous cette espèce d'ordre qui a été si péniblement établi et qui est sans doute l'une des causes qui ont retardé l'arrivée de l'Émir. y> Les officiers ont été de mon avis.

Fendant que se passait la scène que je viens de vous raconter, ma petite arméo était dans l'anxiété. On me trouvait fort imprudent d'avoir osé me mettre ainsi aux mains de ces barbares , et Ton délibérait si Ton ne ferait pas bien de marcher pour se rapprocher de moi et me soutenir en cas d'événement. Mais le plus grand nombre furent d'avis que ce serait me compromettre et que, si l'ennemi avait de mauvaises intentions, il était trop tard pour me sauver.

En effet, j'étais à plus d'une lieue, et avec mon entourage de trent«-six personnes, parmi lesquelles se trouvaient l'intendant, deux chirurgiens, deux officiers napolitains, M. de Dinaizaine, officier danois, troupe fort honorable, mais peu redoutable pour le combat, il n'y avait pas de résistance possible ; c'était une affaire de confiance.

Voici, monsieur le Ministre , une relation un peu dramatique dont vous pouvez faire, si vous voulez, un article de journal. J'ai été historien fidèle, vous n'avez qu'à livrer les faits à un bon peintre. Je ne doute pas que plusieurs relar tions de cette scène vraiment pittoresque ne soient adressées aux journaux par quelques-uns des assistants.

Agréez, etc.

Signé: Bugeaud.

Quelques jours plus tard, le général Bugeaud communiquait ses impressions personnelles sur le traité, dans une lettre intime ainsi conçue :

A monsieur Gardère, à Paris.

Arzew, le 15 juin 1887.

Cher Gardère , je profite d'une heure de repos , pendant la plus grande chaleur, pour répondre à votre lettre du

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