‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 37 sur 294 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

P^ mai. Vous me jugez trop avec les yeux de votre grande amitié, et vous voyez en beau tout ee que je dis, tout ce que je fais. Malheureusement le public ne voit pas comme vous. Vous me confirmez ce qu'on m'avait déjà dit, que la presse avait amèrement censuré ma proclamation aux Arabes. Je n'ai rien lu, je n'en ai pas eu le temps. Comment aurais-je lu ces misérables ! Valent-ils la peine qu'on leur sacrifie une heure au service du pays?

Vous vous attendiez à des bulletins de guerre, et moi aussi , bien que mes proclamations appelassent la paix ou la guerre. Après bien des difiicultés, bien des contrariétés, la paix a prévalu. Quand Abdel-Kader m'a vu en campagne, quand les tribus ont eu le sp.ectacle de ma marche facile et imposante sur Tlemcen et Tafha, on m'a envoyé des propositions plus raisonnables, et, après de longs débats, j'ai conclu un traité qui est en ce moment soumis à l'acceptation du Gouvernement. Ce traité sera blâmé, j'en suis sûr, autant ou plus que mes proclamations ; mais les hommes sages l'approuveront : c'est tout ce qu'il me fauti

Pour le conclure j'ai eu à lutter contre les instructions du Gouvernement longtemps demandées sans succès et obtenues enfin quand tout était gâté par les manœuvres indirectes du général Damrémont. Mais j'ai eu surtout à lutter contre moi. Il m'en a coûté beaucoup de tout terminer, et de remettre Fépée dans le fourreau, sans combattre, lorsque le zèle, la confiance et le dévouement extrême de ma division me promettaient des combats brillants.

Je l'ai regretté surtout quand, dans notre entrevue, l'Émir m'a étalé 12,000 chevaux, et que j'ai su qu'il lui était arrivé 3,000 chevaux et 4,000 fantassins des jfrontières du Maroc.

Il m'a été prouvé alors qu'il se préparait une grande ba-

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taille. Alors vons auriez eu le bulletin que vous attendiez, quoique je n'eusse que 8,500 hommes.

J'ai sacrifié toutes ces certitudes à ce qui m'a paru conforme aux véritables intérêts du pays. J'ai calculé que quelques brillants combats n'ayanceraient pas la question, parce que nous n'étions pas préparés pour occuper et soumettre le pays ; qu'après deux ou trois mois de courses pénibles, après avoir brûlé force moissons, après avoir jeté 1,200 ou 1,500 hommes dans les hôpitaux, il faudrait rentrer et chercher de nouveau à traiter, et se contenter d'une paix à peu de chose près semblable à celle que je pourrais faire avant tous ces désastres.

C'est moins brillant, mais .c'est plus sage. On ne m'en saura pas gré, je le sais, et c'est en cela qu'il y a quelque mérite de l'avoir fait.

w Au reste, la guerre n'est pas compromise, si le traité n'est pas adopté. Je me tiens prêt à marcher dans l'est , débarrassé que je suis du poste de la Tafna, et de toute sollicitude pour Tlemcen que j'ai approvisionnée pour plus d'un an.

En attendant, j'étudie le pays qui nous est réservé et je me mets en mesure de faire un mémoire sur ce qu'il y a d'utile à faire pour y fonder quelque chose d'avantageux et de durable. Vous remarquerez que ma paix satisfait à toutes les opinions émises à la tribune par M. Thiers lui-même et notamment par l'excellent discours de M. Busson.

A vous, Siçné : Buqkaud.

\ Bien que le général eût, en signant le traité de la 1 Tafna, exécuté les ordres de son Gouvernement, l'o- I pînîon publique fut loin, au premier abord, de le ra-

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