‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 39 sur 294 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

directeur des affaires arabes en remplacement de Taga des Arabes, dont les fonctions avaient été supprimées. On devine qu'il restait dans Tesprit de TEmir quelques doutes encore sur la validité des pouvoirs du

Il recrute son armée de fantassins et de cavaliers, il appelle tous les auxiliaires ses amis, et va punir avec eux les tribus du kabla (sud). Ses premiers succès décident pour lui tous ceux qui chancellent et font soumettre par la crainte ceux qui se sont révoltés. Aux uns il pordonne généreusement ; ceux-ci sont punis de mort ; à ceux-là il feit des largesses ; il attire les autres par Tappât de l'ambition. Plus il avance et plus ses forces deviennent formidables ; six mois se sont & peine écoulés depuis le traité de la Tafna que déjà sa domination est reconnue depuis les frontières du Maroc jusqu'aux frontières de la province de Constantine.

Mais où va-t-il dans Test avec ses 12,000 cavaliers auxiliaires, ses 3,000 fontassins réguliers, ses 400 khièlas (cavaliers réguliers j et son artillerie ?

Il va : l^ établir dans les provinces de Hamza et de Sabaou un khalifa qui réunira sous son autorité les Kabyles et les Arabes qui habitent tout le pays qui s'étend depuis la première chaîne méridionale de la Mitidja jusqu'à la province de la Medjana. Parce que, quoique les Français n'aient pas entendu lui abandonner cette grande étendue de pays, pourtant ils ne se la sont réservée par aucune clause, et ce qui n'appartient à personne appartient primo occupanti. Or l'Émir a voulu être le premier occupant.

Il va : 2° appuyer par son approche le khalifa qu'il vient de nommer dans la province de la Medjana» parce que, dans le traité, il n'œt pas non plus parlé de la province de Constantine et que, si les Français se sont emparés de la ville, ils n'en sont pas pour cela les maîtres de toute la province.

D'ailleurs, le bruit court parmi les Arabes que les Français vont bientôt faire de Constantine ce qu'ils ont fait de Tlemcen ; ils ne s'en sont emparés que pour la livrer à l'Émir qui seul désormais va régner dans toute l'Afrique. Les Français conservent encore momentanément le littoral, mais auBsitôt qu'Abdel-Kader aura raffermi son pouvoir et rempli ses coffres , il achètera Alger et les chrétiens retourneront chez eux.

Que pensez-vous de cette politique ? car il est inutile de vous dire que tous ces bruits sont répandus par ordre de l'Émir.

Je vous avoue que je suis atterré ; toutes mes illusions se dissipent une à une. Au lieu (î'vme paix franche pendant laquelle j'espérais travailler avec un chef ignorant, mais de bonne foi, à la civilisation des Arabes, j'entrevois un armistice qui sera funeste à mon pays.

Si jamaiâ, dans la suite des temps, la France devait encore faire un traité avec un chef arabe, qu'elle se souvienne bien que les Arabes sont encore les Numides qui combattaient les Romains il y a deux mille ans, que leur inimitié est de plus augmentée de toute la haine que leur inspire la différence de religion ; qu'elle lise attentivement les traités si clairs et si laconiques que faisaient les Romains lorsqu'ils accordaient la paix à une nation barbare, et qu'elle se méfie de la foi punique entée sur la foi musulmane.

M. Léon Roches, esprit aventureux, plein de courage et d'audace, et qui devait devenir plus tard, comme interprète en chef de l'armée d'Afrique, l'un des instruments les plus précieux et l'un des amis les plus dévoués du maréchal Bugeaud, avait vingt-cinq ans lorsqu'il vint, en 1837, à la suite d'incidents romanesques, ne fixer auprès d'Abdel-Kader. Une intimité singulière, basée sur l'estime réciproqne, s'établit entre l'Emir et le jeune Français. Nous verrons par la suite combien furent utiles pour la France les relations de M. Koches avec Abdel- Kader.

86 LE MARIÊCHAL BUGEAUD.

plénipotentiaire Bugeaud, et c'est au gouverneur général lui-même qu'il s'adressa pour lever tout scrupule.

Louange à Dieu seul !

L'Émir des croyants, Si-El-Hadji Abdel-Kader, au très illustre gouverneur Damrémont, chef des troupes françaises à Alger.

Qae le salut et la bénédiction de Dieu, ainsi que sa miséricorde, soient sur celui qui suit la voie de la justice!

Vous ne devez pas ignorer la paix que nous avons faite avec le général Bugeaud. Nous aurions désiré que la paix se fît par votre entremise, parce que vous êtes un homme sage, doux et accoutumé à ce qui se pratique dans le cabinet des rois ; mais le général d'Oran nous ayant écrit qu'il avait le seing du Boi pour traiter, ainsi que cela a eu lieu, nous avons passé avec lui, vu sa proximité , un acte authentique à ce sujet, comme la nouvelle vous en est arrivée en son entier. Je suis donc maintenant avec vous sur la foi et le traité passé entre nous et la nation française. Calmez-vous donc de vos côtés ; comptez que tout tournera à bien et selon vog désirs. Vous n'éprouverez aucun mal de ce que pourront faire les Arabes des contrées placées sous mon commandement, du côté de Bouflfarik, de la Mitidjah et des environs.

Dans peu, s'il plaît à Dieu, je me porterai de vos côtés. Je ferai cesser le désordre; je tirerai au clair toutes les affaires, tant avec vous qu'avec d'autres, pour qu'il ne reste plus rien qui ne soit en harmonie avec la raison.

Si vous avez besoin de quelque chose qui soit en notre pouvoir, nous vous satisferons et nous ne resterons pas en arrière. D doit en être de même de vous à nous. Ainsi, que vos

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