CHAPITRE n
lettres nous arrivent, demandant tout ce que vous voulez, comme cela a été, comme cela sera toujours l'habitude des princes amis. Moi aussi, je vous écrirai pour tout ce qui concerne les affaires de ce monde.
Écrit le vendredi soir du 1®^ du mois de Rabi-el-Tami de Tan de l'hégire 1253, par ordre de notre seigneur l'Émir des croyants, celui qui rend la religion victorieuse; que Dieu le protège et que la délivrance arrive par luil Ainsi soit-il.
(( Depuis que la nouvelle des suspensions d'hostilités s'est répandue dans les tribus, écrîvait-on d'Alger à cette époque, la plaine est parfaitement tranquille. Les tribus de l'est paraissent seules indécises sur ce qu'elles ont à faire. Le gouverneur général a dû faire occuper le camp de Boudouaou pour fortifier par cette démonstration le parti qui désire la paix, et plusieurs chefs ont demandé à s'aboucher avec des officiers de la direction des affaires arabes. ï) Le général Bugeaud était parti le 14 juin d'Oran pour aller visiter Arzew et Mostaganem. Quant à Abdel-Kader, il se rendit dans la province de Titery, à Medeah.
jLe Moniteur algérien du 12 août 1837 publiait cette note à sa partie officielle. Bien qu'il eût désapprouvé le traité de la Tafna, le gouverneur général de Damrémont en reconnaissait les résultats.
En dépit des déclamations violentes dont le traité de la Tafna a pu être l'objet, il n'en demeure pas moins avéré que la paix qu'il consacre commence à porter ses fruits. Chaque jour, en effet, on voit s'accroître l'importance des
relations commerciales avec rintérieur, et s'adoucir nos rapports avec les indigènes ; sûreté des routes, respect de la propriété et des personnes, arrivages plus nombreux : tel est déjà le premier effet des stipulations qu'il renferme. Nous n'avons plus à enregistrer ces enlèvements perfides, ces coups de main hardis qui jetaient presque incessamment le deuil dans les familles et le trouble dans les transactions.
Malgré les assurances pacifiques du comte de Damrémont, les esprits étaient encore loin d'être pacifiés, et la tribu des Hadjoutes n'avait point abandonné ses habitudes d'incursions et de brigandages.
Ce fut au commencement du mois d'octobre que le gouverneur général de Damrémont entreprit le siège de Constantine. La ville fut prise, le 13 octobre, maïs le gouverneur général y trouva la mort. Retenu à Oran, en qualité d'inspecteur des troupes placées sous son commandement, le général Bugeaud ne prit aucune part à cette expédition (1). Sa mission terminée, il rentra en France sur l'ordre du ministre.
Après le traité de la Tafna, Bugeaud avait été chargé, en effet, par lettre ministérielle (22 juillet 1837) de l'inspection des troupes placées sous son commandement, c'est-à-dire de la province d'Oran : toutefois le Gouvernement n'avait pas l'intention de le maintenir en Algérie. — Pendant que le gouverneur général de Damrémont se préparait à la seconde
(1) Voir à l'Appendice une lettre de la plus haute importance écrite à cette époque par le général Bugeaud à M. Louis Vemllot , et qui jette un jour très inattendu sur cette expédition.