CHAPITRE PREMIER
lonie naissante était indécise. On hésitait entre Toccupation totale ou restreinte, entre la paix ou la guerre, entre la conquête par les armes, ou par les idées, a par le prestige de la civilisation! )) On avait songé un instant à confier les provinces algériennes au fils du bey de Tunis, gouvernant sous notre suzeraineté; on avait essayé sans succès des beys indigènes.
Le duc de Rovigo, ancien ministre de la police sous Napoléon, un des seuls parmi les premiers gouverneurs qui eût laissé pressentir de l'initiative et des qualités énergiques, était mort subitement. Sous le général Voirol, qui venait de succéder, en 1833 , au gouverneur intérimaire d'Avizard, le général Desmi-chels, commandant la province d'Oran, signa, le 26 février 1834, avec Abdel-Kader, un traité dont Tesprit était de substituer à la domination turque , qui enserrait jadis tout le pays, un royaume arabe dans Tintérieur, et Toccupation française d'un certain nombre de d présides » sur les côtes (1).
(1) n y a quelques mois, avant de continuer la publication du présent ouvrage entrepris sur la vie du maréchal Bugeaud, étant arrivé à la période africaine , l'idée me vint de m' adresser à l'émir Abdel-Kader, afin de réclamer de lui un jugement sur son illustre vainqueur. B me sembla particulièrement intéressant d'apprendre du grand chef arabe, qui si souvent s'était mesuré avec le conquérant et l'organisateur de nos possessions algériennes , ce qu'il pensait de son ancien ennemi. Voici la lettre que j'envoyai à l'Émir le 6 octobre, ainsi que la réponse qu'il a bien voulu nous transmettre :
A VÈmir Abdel-Kader y à Damas.
Émir très vaillant ,
J'ai recueilli des docmnents précieux et jusqu'à présent inconnus sur le maréchal Bugeaud, celui qui fut ton illustre adversaire , celui contre lequel tu as si longtemps et si glorieusement combattu.
«Tai raconté les années de sa jeviene et ses expéditions sons le grand chef, l'empereur Napoléon l*'.
6 LE MARl£cHAL BUGEAUD.
L'Émir Abdel-Kader avait obtenu, par ce traité , le droit de désigner des agents en résidence à Oran et
I avec
U me reBte anjonrd'hni à faire oonnaltre oe qu'il fit en Aîriqat, aea nombreoz combets avec lea fils du Désert et ceux de la Montagne.
CTeet pourquoi je yiena t'adreaaer une prière. Je te demande de tmœr, en quelques mota, ta pensée sincère et entière sur le gmnd soldat par lequel Dieu a permis que tu fusées yainca et qui, depuis longtemps, sommdUe dans la tombe.
Bi tu m'acoordes cette faveur singulière, je te remeroierai, car tes paroles sont vraies et tes jugements équitables. Je te lemercieral, parce que les mots qui sortiront de ta bouche auront un grand retentissement parmi les hommes d'aujourd'hui et parmi ceux qui vivront demain.
Je t'envoie le salut et le respect dus à ceux qui ont passé de longues années sur la terre et qui ont accompli de glorieuses actions.
HXRRT D'lD2VIU£.
Paris, 6 octobre 1881.
A Sa Seigneurie le noble caractère, rhonoraUe comte Henry d'Jdeville,
Louange k Bien, etc.,
Après t'avoir présenté nos salutations , nous t'informons qu'au reçu de ta lettre il nous a été infiniment agréable d'apprendre que tu avais entrepris de publier tous les fftits rdatifii à la vie de notre ami le général Bugeaud , qui nous fit la guerre avec un courage et une persévérance si remarquables. C'est surtout lorsque nous nous sommes abouchés avec lui À la Tafna que nous avons pu apprécier son habileté politique ainsi que ses qualités militaires ; nous avons reconnu dans ces droonstano^ tout oe qu'il y avait en lui de génie et de bonté. C'était bien à lui qu'il appartenait de représenter la grande nation. Soumis aux décrets de Dieu , nous avons remis notre sabre À cette nation , après une lutte prolongée sur les champs de bataille. Nous sommes heureux de rendre justice au maréchal Bugeaud j
et te félicitons an sujet de oe livre que tu as entrepris , en t'adressant notre estime parti- i
culière. I
L'ami sincère ,
âbdbl-Kadeb EL Hussein.
Damas, 8 Techerine-Tani (novembre 1881).
L'adversaire le plus redoutable que Li France ait rencontré en Algérie rhomme qui , pendant seize ans de luttes héroïques , combattit pour sa foi et pour l'indépendance de son pays , Abdel-Eader est sans contredit le personnage le plus remarquable et le plus important qui ait surgi, depuis un siècle, au milieu des populations musulmanes.
Le maréchal Soult disait en 1848 : a U n'y a présentement dans le monde que trois hommes auxquels on puisse accorder légitimement la qualification de grands , et tous trois appartiennent & l'islamisme : ce sont Abdel-Kader, Méhémet-Ali et Schamyl. d
On connaît peu ou mal en France la vie de notre illustre ennemi,
Loi , le sultan né soua les palmes , Le compagnon des lions roux, Le Hadji &rouche aux yeux calmes, L'Émir pensif, féroce et doux !
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