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CHAPITRE PREMIER

Mostaganem, qui restaieiit villes françaises ; un officier français, par réciprocité, devait résider dans la capitale

1 Abdel-Eader est né yers la fin de Tannée 1S06 à la Ghetaa de Sidi-Mahiddin, I auprès de Mascara , sur \<t territoire de Hachem , province d'Orao. Domé d'une \ singulière énergie, d'une éloquence et d'une puissance d'attraction à laquelle il était difficile de résister, il n'eut qu'à parattre sur la setoe pour domina les volontés et subjuguer les cœurs. Il était de petite stature, bien proportionné et excellait dans tous les exercices du corps. Son regard , perçant et doux, était difficile à supporter.

Le père d'Abdel- Kader, le marabout Mahîddin de la tri]>u des Hachem, était très vénéré des Arabes , et jouissait comme marabout d'une grande réputation de sainteté. Les tribus qui avoisinent Mascara voulant le reconnaître pour chef suprême en 1882, il refusa cet honneur et offrit à sa place son jeune fils Abdel -Kader. Celui-ci, qui avait hérité de sa popularité, fut agréé. Le vieux Mahiddin raconta à cette occasion qu'étant en pèlerinage &la Meoque, quelqnes années auparavant, avec son fils aîné et Abdel-Kader, il renoootra, un jour qa'il se promenait avec le premier, un vieux fakir qui lui donna trois pommes , «n lui disant : a Celle-ci est pour toi ; celle-là est pour ton fils que voilà ; quant à la troisième , elle est pour le Sultan.

— Et quel est ce Sultan? demanda Mahiddin. — > C'est celui, reprit le fakir, que tu as laissé à la maison , lorsque tu es veau te promener loi. D

Cette légende, à laquelle les partisans d'Abdel- Kader croyaient religieustment , contribua à consolider son pouvoir et sa fortune.

Dès lors, la vie d'Abdel-Eader sHdentifie avec l'histoire de la conquête de l'Algérie. Pendant ces longues années, lui seul tient en échec nos troupes ; prophète et guerrier, il prêche tour à tour la guerre sainte et combat pas à pas contre les envahisseurs.

^ous passons tous les incidents de guerre : Ia prise de la Smalah (1843), et les nombreuses campagnes, pour arriver au dénouement fataL Après s'être rendu le 22 décembre 1847, entre les' mains du général de Lamoricière, l'Émir fut conduit auprès du duc d'Aumale et prononça les paroles suivantes :

J'aiirais voulu &ire plus tôt ce que je fais aujourd'hui ; j'ai attendu l'heure marquée par Dieu ; le général m'a donné ime parole sur laquelle je me suis fié ; je ne crains pas qu'elle soi^ violée par le fils d'un grand roi comme celui des Français.

Le lendemain , au moment où le prince rentrait d'nne revue , l'ex-sultan se présenta à cheval , et, entouré de ses principaux dfef s , mît pied à terre à quelques pas du duc d'Aumale.

Je t'offre, dlt-il, ce cheval, le dernier que j'aijnonté. Cest un témoignage de ma gratitude et je désire qu'il te porte bonheur.

— Je l'aooepte, a répondu le prince, au nom de la France dont la protection te couvrira désormais, comme un signe d'oubli du passé.

Le 25 décembre 1847, l'Émir, sa famille et quelques serviteurs, furent embarqués sur la f régfate VAtmodèe^ qui les conduisit à Toulon.

La convention passée avec le général de Lamoricière, ratifiée par le doc

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arabe Mascara. Arzew restait à rÉmir. II y avait liberté de commerce, même pour la poudre et les

d'Aïunale , et suivant laquelle l'Émir devût être conduit à Saint-Jean d'Acre ou à Alexandrie, allait recevoir son exécution, lorsque la néfaste révolutioif de Février emporta le trône du roi Louis-Philippe. L'Emir comprit qu'un malheur le menaçait.

Voilà, disait-il au oolonel Danmas, attaché à sa personne et interné avec loi au fort Lamalgue, voilà on snltan que Ton proclamait paissant, qui avait contracté des alliances avec beaucoup d'antres souverains , qui avait une nombreuse famille , que Ton citait pour son expérience ! Trois jdurs ont suflB pour l'abattre. Et tu ne veux pas que je sois convaincu qu'il n'y a d'autre force , d'autre vérité que celle de Dieu ! Crois-moi , la terre n'est qu'une cbarognej} des chiens seuls peuvent se la disputer.

C'est en vain que l'Émir fit remettre aux membres du gouvernement provisoire de la République française une adresse chaleureuse et pressante, pour réclamer cette liberté qui lui avait été promise par les généraux et le fils du Boi.

La République le retint prisonnier, contre la parole du gouvernement royal, à Pau et à Amboise. "Le prince-président lui rendit la liberté en 1852. Il s'embarqua pour Brousse et est aujourd'hui retiré à Damas. C'est là qu'au mois de juin 1860 il reconnut généreusement les procédés de la France chrétienne en prenant énergiquement contre les Druses la défense des Maronites. Venu en France au moment de l'Exposition de 1867, Abdel- Evader, depuis, n'a plus quitté la Syrie, où il est entouré du respect et de la vénération de tous les musulmans et de tous les chrétiens.

Un panégyriste d'Abdel-Kader a dit ceci avec raison :

a Un mobile plus noble , plus élevé que l'ambition dirigea sa conduite ; c'était celui qu'il puisait dans sa foi. Ce mobile seul peut expliquer la ténacité surhumaine d'Abdel-Kader, sa résignation dans l'infortune , son espoir, alors que l'espoir n'était plus permis. Quelque grafid qu'on le suppose , l'amour du pouvoir ne sera jamais assez puissant pour faire supporter à un homme des épreuves semblables à celles que l'Émir a subies, Abdel-Kader n'a donc pas été un ambitieux. H ne fut pas davantage un fanatique , car le fanatisme est une folie qui exclut le calme de la raison. Sans doute , l'Émir a fait appel aux passions religieuses de son peuple, il les a excitées contre les chrétiens, mais comme sept siècles auparavant Pierre l'Ermite avait excité les passions religieuses des chrétiens contre les musulmans. »

Abdel-Kader a donc soulevé le fanatisme, mais il en a toujours été exempt lui-même ; la meilleure preuve , c'est ce qu'il a fait à Damas.

Quant à moi, ce que j'admire dams ce personni^, ce n'est point seulement le guerrier, le saint légendaire, le Jugurtha insaisissable, le chef héroïque à la parole duquel se levaient cent tribus, et qui brava mille morts. Il existe, selon nous, en lui un côté plus curieux et plus étrange, qui n'a point été assez relevé : c'est la résignation admirable de ce grand vaincu , c'est sa fidélité inébranlable à la parole, au serment, c'est la foi gardée 1 Malgré les occasions propices , malgré les excitations incessantes dont il fut, depuis plus de trente

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