CHAPITRE II
expédition de Constantine, Bugeaud était confiné à son poste à Oran.
Au sujet de la prise de Constantine, ce fait héroïque qui nous coûta tant de sang (13 octobre 1837), voici une lettre curieuse à bien des titres adressée par le général Bugeaud à M. Louis Veuillot.^ C'était à Périgueux, vers Tannée 1832, que le général avait connuje^^rand écrivain. Veuillot rédigeait Te Mémorial de la Dor dogue, et les relations entre le soldat ^le journaliste ne tardèrent pas à devenir cordiales, guis intimes. Nous aurons occasion d'y revenir.
Le général Bugeaud à M. Louis Veuillot, à Paris.
Oran, le l^ novembre.
Mon cher Veuillot, je suis encore ici, et Dieu sait quand je quitterai l'Afrique. Constantine est prise, mais lé gouverneur est tué et beaucoup de braves avec lui, entre autres le brave colonel Combes, mou ami. Un revers affreux pour cette petite armée, humiliant pour la .France, n'a tenu qu'à un fil. On était au dernier jour de vivres et un temps affreux avait glacé les hommes et fait périr ua grand nombre de chevaux. Si la ville n'eût pas été emportée, il fallait s'en aller, laisser tout le matériel et peut-être périr de faim eu route. J'avais donc bien raison d'insister pour qu'on n'entreprît ce siège qu'au mois de mai. Enfin la ville est prise, un beau fait d'armes a relevé l'honneur du drapeau français. Dieu et- nos braves en soient loués! La valeur a réparé les fautes de la politique et des combinaisons générales de la guerre. Le ministère a là un bon véhicule pour les élections. Vous avouerez qu'il serait fâcheux que tant de braves eussent
versé leur sang pour donner nn véhicnle électoral (car c'était là ce qui avait déterminé l'expédition dans cette saison), et que ce fût l'infâme comité de Qajnier-Pagès qui triomphât. Croyez-vous que nous dussions courber la tête sous un joug aussi honteux I...
Votre ami,
BUGEAUD
Les prévisions du général Bugeaud relatives à son séjour en Afrique ne devaient point se réaliser. Il reçut Tordre de partir, et revint en France le 12 décembre 1837.