‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 43 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tures faites par les Arabes lors du ravitaillement de Tlemcen.

L'existence de cette clause, qui n'avait pourtant reçu aucune exécution, devait servir de grief contre le général Bugeaud dans le procès qui fut intenté au général de Brossard.

Le 13 janvier 1837, le général de Brossard (1) avait pris le commandement de la province d'Oran, en remplacement du général de TEtang rentrant en France. Le mot même de <r province d'Oran » était, dans les conditions de l'époque, un terme fort exagéré. Les Français, en effet, en outre de la ville d'Oran et de sa banlieue, n'occupaient que quelques points étroitement bloqués par les Arabes, eiitre autres Tlemcen et la Tafna.

Si les pouvoirs du général Bugeaud comme plénipotentiaire étaient mal définis à l'égard du gouverneur général Damrémont, ils ne Tétaient pas beaucoup mieux, selon le général de Brossard, à l'égard de luimême. D'après la brochure (2) que ce dernier publia avant de comparaître devant le conseil de guerre à Perpignan, la mission de Bugeaud avait été circonscrite par le Roi dans la dénomination de commandant de la division active, a Bugeaud, dit le général de Brossard,

(1) Brossard (Amédée-Hippolyte, marquis de), né en 1784 à Follény (Seine- Inférieure), servit dés 1796 parmi les Vendéens, puis dans l'armée de Condé. Rentré en France en 1806, il fit l'expédition de Portugal, puis toutes les campagnes de la Grande Armée. Chef d'état-major de la première division en 1830 à l'expédition d'Alger; maréchal de camp en 1833, il commandait la subdivision de la Drôme lorsqu'il fut envoyé en Algérie. Il est mort en 1845.

(2) De la moralité de l'accusation portée par le général Bugeaud contre le général de Brossard.

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a, par un mensonge officiel, usurpé le commandement de la division d'Oran. ï) De là peut-être une première cause de conflits entre les deux généraux, dont M. de Brossard était Tancien»

Un des moyens emplojrés par l'émir Abdel-Kader avant le traité de la Tafna, pour décourager les Français, était de les affamer. L'administration militaire, étant fort embarrassée pour faire vivre les troupes, accueillit, en désespoir de cause, comme il arrive le plus souvent, les offres passablement léonines de deux frères juifs nommés Durand, ou, suivant l'appellation en usage pour les Arabes, qui rappellent volontiers à chacun le nom de son père, Ben Durand (1), soit d fils de Durand d.

L'administration française s'engagea à recevoir, à des prix convenus et avantageux pour ces israélites, des fournitures en viandes et en céréales, s'ils parvenaient à s'en procurer ; ce à quoi ceux-ci n'étaient pas liés. Or les frères Ben Durand se rendirent à Alger même pour y faire ratifier ce contrat si exceptionnel par le gouverneur général lui-même, qui était alors un gouverneur intérimaire, le général Rapatel. Dans la pensée des juifs Durand, c'était Abdel-Kader Ini-

(l) Jndaa-Léon Durand, dit Ben Durand^ comparut à Perpignan comme témoin devant le conseil de guerre dans l'affaire de Brossard. La Gazette des Tribunattx du 2 septembre 1888 en fait la description suivante : a Quarante-cinq ans ; l'encolure la plus étoffée ; un turban, un dolman arabe, de larges pantalons. A la piètre étoffe de ses grandes manches, recousues en plusieurs endroits, on aurait peine à deviner l'un des plus riches négociants d'Afrique. }»

n est probable que cet Israélite africain, conmie beaucoup de ses coreligionnaires même en Europe, se faisait désigner par le nom de sa ville d'origine, Oran, que les Arabes prononcent Ourann, De ce nom les premiers Français débarqués auront fait Durand.

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