‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 44 sur 294 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

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même qui devait leur fournir ce ravitaillement, et voici comment.

Si les Français manquaient de pain et de viande , spécialement pour la garnison de Tlemcen, où le commandant Cavaignac était alors étroitement bloqué , Abdel-Kader manquait de munitions, poudre, fer et acier. Les frères Durand obtinrent que cette contrebande de guerre fût livrée à TEmir, Elle lui fut même expédiée dans des fourgons de Tartillerie française.

C'est ainsi que l'ingénierux israélite, trop bien secondé, joua double jeu et fit croire aux Français qu'il s'agissait de livrer à Abdel-Kader, contre du bétail et du grain :

1° Des munitions de guerre ;

2"" Des prisonniers arabes, enlevés au combat de la Sickakh et détenus à Marseille, et que la religion faisait à TEmir un devoir de délivrjer dès qu'il le pourrait ;

S"" Une somme d'argent fixée, pour le ravitaillement de Tlemcen notamment, à 41,000 francs (suivant le général de Brossard, 36,806 francs seulement).

Mais, dans leurs négociations avec Abdel-Kader, les frères Ben Durand ne parlèrent pas de remise d'argent français; ils demandèrent seulement à l'Emir du bétail et du grain, spécialement pour le ravitaillement de Tlemcen, en retour de munitions de guerre et de restitution des prisonniers.

D'autre part, le marché ostensible passé entre Durand et un intendant d'Oran ne parle que du prix, de la nature et de la qualité des denrées à fournir ; il

n'y est pas question des prisonniers, pas plus que de rÉmir arabe.

^nsi Abdel-Kader croyait avoir racheté des prisonniers pour des denrées ; Tautorité françaifie croyait avoir acheté les denrées argent comptant et livré les prisonniers à titre de mesure politique et de générosité. Quant à Ben Durand, il se félicitait de Tapparence d'un service rendu aux uns et aux autres^ et gardait l'argent français. Il est même probable qu41 se faisait aussi payer par TÉmir pour i^omenser ses bons offices.

A r occasion d'une demande en restitution de prisonniers français amenés de la province d'Alger, restitution à laquelle l'Émir, une fois le traité signé, paraissait disposé à se prêter, un de ses familiers lui dit publiquement : a Comment ! tu rends aux Français leurs prisonniers gratuitement! Ils t'ont bien fait payer les tiens (1)! »

Ce propos fut rapporté aux autorités françaises, et éveilla les soupçons de l'honnête général Bugeaud. L'officier d'ordonnance Allegro, dépêché par lui à Mas-

(1) Extrait de l'acte d'accusation contre le général de Brossard : a... Ces bruits étant venus jusqu'au général Bugeaud, il voulut connattie la vérité et envoya près d' Abdel-Kader M. de Rouvray, son aide de camp, à qui l'Émir répondit ne savoir ce dont on lui voulait parler. Le général Bugeaud renvoya alors vers lui, en août 1837, M. Louis Allegro, lieutenant aux spahis irréguliers de Bône. Celui-ci sentit qu'il ne pourrait obtenir une réponse d* Abdel- Kader qu'en employant la ruse. Dans son entrevue, qui avait pour but principal d'obtenir la liberté des prisonniers faits sur les Douairs, il lui rappela d'abord, en termes pompeux, tout ce que la France avait fait pour loi ; après quoi, il en vint à la promesse qu'il avait faite au général Bugeaud de rendre les prisonniers des Douairs, alors que ce général lui avait /at^ cadeau des prisonniers de la Sickakh.

(Si Ce n'est pas un cadeau que m'a fait a France, s'écria Abdel-Kader que oe

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