CHAPITRE
caxa apprit la vérité de rÉmir, bien qu' Abdel-Kader fût d'une extrême discrétion (1). Le général Bugeaud interrogea en personne Ben-Durand : « Mon métier est de gagner de l'argent, répondit effrontément risraélite. J'ai fidèlement exécuté les clauses de mon contrat avec l'intendance. Que vous importent les bénéfices que j'ai pu faire et la façon dont je me les suis procurés ? d
Ben Durand avait, en effet, seul figuré dans le marché : il avait fait transporter à Tlemcen les denrées convenues ; on lui en avait payé le prix. La remise des prisonniers n'était qu'une mesure accessoire non inscrite au contrat, consentie par l'autorité française pour faciliter les négociations.
Ben Durand ajouta : a Du reste, quoique je n'aie aucun compte à rendre de mes bénéfices, comme je les ai partagés avec le général de Brossard, j'ai la conscience parfaitement en repos (2). En outre, moyennant 200,000 francs une fois payés et 50,000 firancs de rente
a mot avait irrité. J'ai acheté mes prisonniers par le ravitaillement de « Tlemcen !
— Je sais parfaitement que tu dis vrai, répondit Allegro, mais cela ne te (.( doit pas empêcher de rendre les prisonniers des Douaire. »
a Quelque soin qu'eût mis Allegro à ne pas laisser éclater le plaisir d'avoir surpris le secret d'Abdel-Kader, celui-ci s'aperçut qu'il avait laissé échapper un mot qu'il aurait dû taire : <E Allegro, dit-il à son tour, je te dis tout cela, ce et je compte sur ta discrétion, d
(1) Le général Bugeaud au ministre de la Guerre, 6 septembre 1837. Lettre confidentielle reproduite dans l'acte d'accusation contre le général de Brossard.
(2) Conversation de Ben Durand relatée dans la lettre de Bugeaud, du 6 septembre 1837, servant d'acte d'accusation devant le conseil de guerre. On y parle en outre du projet assez fantastique, prêté par Ben Durand à de Brossard, de passer lui-même au service d'Abdel-Kader et de faire débarquer 20,000 carlistes en Algérie pour en chasser les Français ! De Brossard, dans un mémoire imprimé, tourne, avec raison , en ridicule cette partie de l'accusation.
98 LE MARIÎCHAL BUGEAUD.
assurés à sa famille, le général a promis de s'entendre avec rÉmir pour faire sortir les Français d'Algérie. »
Une partie de ces aveux concordait malheureusement avec certains renseignements recueillis ailleurs sur de singuliers avantages accordés au général de Brossard à l'occasion des marchés de subsistances.
Le général Bugeaud, après une conversation fort animée avec son collègue de Brossard, le mit aux arrêts forcés. Ceci fait, il rendit compte au ministre de la Guerre des charges qui s'élevaient contre M. de Brossard, et annonça qu'il l'envoyait en France pour être jugé.
Bientôt cependant il se repentit de sa rigueur. Dans une seconde lettre, il conjura le ministre de ne donner aucune suite judiciaire à son premier rapport et d'autoriser M. de Brossard à aller terminer sa carrière au service du Portugal. Le général Bugeaud s'adressa même à cette occasion à l'indulgence du Roi. La famille du général de Brossard s'était, en effet, rendue à Oran, pour implorer la pitié du général^ et celui-ci s'était senti ému de compassion. Il était trop tard ; ces faits graves avaient déjà transpiré dans le public, et la justice dut en être saisie.
Le général Bugeaud à S, M. le roi Louis-Philippe.
Oran, juillet 1887.
Sire,
Le général de Brossard a eu des torts graves envers Votre Majesté, envers le pays, envers moi. J'ai dû lui enlever son commandement.