CHAPITRE III
Il m'a prié de lui permettre de se rendre à Paris pour se soumettre à votre auguste tribunal. Il veut, mVt-il dit, tout avouer à Votre Majesté.
Je supplie Votre Majesté de le pardonner, comme je l'ai pardonné en ce qui me touche. Les malheurs, la situation pénible de sa famille, l'ont entraîné dus ces fautes. Votre Mi^sté aura pitié de sa femme et de ses tiois enfants.
Quaut à lui, Sire, s'il m'était permis de donner un avis, jeproposeraÎB de l'envoyer en Portugal et de lui ménager les moyens d*entrer au service de ce pays. H a de l'esprit ; il parle l'anglais et le portugais ; il séduira, et il peut être utile, car il a du savoir-faire.
Veuillez, etc.
Siffné : Bugeaud.
Le général de Brossard refusa d'aller prendre du service en Portugal, et bien que déjà débarqué en Espagne, d'où il eût pu se soustraire aux rigueurs de Fautorité française, il alla lui-même demander à être jugé par le l*"" conseil de guerre de la 2* division militaire siégeant à Perpignan sous la présidence du maréchal de camp Thilorier (août 1838).
Une lettre confidentielle du général Bugeàud au ministre de la Guerre, en date du 6 septembre 1837, fut reproduite dansl'acte d'accusation. On y relève, notamment, le passage suivant :
C'est ainsi que le général de Brossard a indignement compromis la dignité de la France. La France croyait remettre généreusement ses prisonniers , ils étaient vendus ! Vous allez voir ce qui en est résulté. L'Émir, ayant payé ces prisonniers, ne s'est pas cru obligé à la réciprocité. Il
m'a bien rendu dix-neuf prisonniers français, mais il a toujours éludé la remise des femmes et des enfants.
Le général Bugeaud écrivait cette seconde lettre au ministre de la Guerre, général Bernard.
Cran, 21 septembre 1837.
H y a deux jours que je voulus avoir une explication avec le général de Brossard. J'avais marqué, sur mon registre de correspondance, les passages où je vous disais tant de bien de lui. Je les lui lus successivement, et, pendant la lecture, il me remercia souvent. Quand j'eus fini, je lui dis : « Que penseriez- vous d'un homme qui, ayant été traité ainsi, n'aurait travaillé qu'à nuire à son bienfaiteur? — Ce serait un misérable! — Eh bien, général, c'est vousmême qui vous êtes qualifié. 3> Il fut frappé comme d'un coup de foudre.
Alors je déroulai mes griefs personnels, qui étaient en même temps les griefs de l'Etat. J'ajoutai : « Mais que sont vos torts envers moi? Rien. Voici vos torts envers le Roi, le pays et l'armée. » Je lui dis alors tout ce que je savais et je terminai ainsi : an Vous comprenez que vous ne pouvez plus rester ici ; préparez- vous à partir par le premier bateau à vapeur; je vais vous faire donner un congé de convalescence. y>
Il nia un instant ; mais bientôt il se mit à ma discrétion, en m'avouant une grande partie des faits que je lui imputais. Ses torts envers moi, il les reconnut presque entièrement; ses propositions à Durand pour le faire passer au service d' Abdel-Kader, il les avoua ; mais il dit qu'il n'y avait rien de sérieux, et que l'extravagance du projet suflSsait à elle seule pour en prouver l'impossibilité. Quant aux