‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 47 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

faits d'argent, il les confessa, mais il prétendit n'avoir su que très tard le marché des prisonniers,

A la suite de ces aveux, il me fit une peinture touchante de la situation de sa famille, a: Voilà, s'est-il écrié en sanglotant, ce qui m'a entraîné, perdu! » Puis il fondit en larmes.

Je fus moi-même attendri, et je vous avoue que je regi'ettai, en ce moment, de vous avoir écrit par le bâtiment de commerce.

Après avoir beaucoup pleuré, il me dit : « Je vous conjure, au nom de ma famille innocente, de ne pas me perdre! Renvoyez-moi, cela est juste ; je vais me rendre auprès du Roi ; je lui ferai moi-même, dans un mémoire, ma confession générale. Peut-être aura-t-il pitié de moi. »

Il me conjura ensuite d'écrire au Roi en sa faveur, et je le lui promis, parce que j'étais vivement touché de ses malheurs. Je vous prie donc de remettre au Roi la lettre ci-jointe, et je vous supplie de considérer comme absolument confidentiels mes rapports du 6 et d'aujourd'hui.

Le général va paraître devant le tribunal du Roi. Sa Majesté prononcera. Il est à croire qu'elle sera indulgente, en ce sens qu'elle ne fera pas poursuivre le général de Brossard, et qu'elle prendra en pitié sa malheureuse famille.

Quant à lui, je propose de l'envoyer en Portugal. Il est séduisant : il parle anglais et portugais ; il réussira à se faire admettre au service de cette nation.

L'incident de Tarticle secret du traité de la Tafna servit d'argument au général de Brossard et à son défenseur. Le général Bugeaud, qui comparut comme témoin, dans les derniers jours d'août 1838, devant le conseil de guerre de Perpignan^ se montra extrême-

ment sensible à ces suppositions. A plusieurs reprises, il perdit, au cours des débats, le sang-froid si nécessaire à tous les hommes qui se sentent sans tache. Sans s'en douter, il se défendit avec la vivacité d'un accusé, en prenant d'office cette qualité que le conseil était bien éloigné de lui attribuer. Ces divers accès d'emportement sont assez caractéristiques pour que nous croyions devoir en citer quelques-uns.

Le défenseur, M° Boinvilliers, ayant dit dans l'audience du 28 août (1) :

M. le général Bugeaud veut-il donner des éclaircissements sur une somme de 180,000 francs qui avait été promise par l'Emir?

Le général Bugeaud. — Je voulais justement faire connaître ma correspondance relative à ces 100,000 boudjous, que l'Émir avait réellement promis, et que je destinais aux chemins vicinaux de mon département. (Mouvement). Les 100,000 boudjous (le boudjou vaut 1 fr. 80) ont été laissés à l'Émir, dont voici la lettre :

« S'il n'a jamais été dans votre intention de me vendre mes prisonniers, et si vous les avez délivrés gratuitement, il faut alors que vous m'envoyiez de l'argent pour l'orge, le blé, les bœufs que je vous ai fournis pour Tlemcen, et pour lesquels je n'ai pas reçu un centime (23 septembre 1837). ]&

Je lui écrivis de mon côté :

« Si quelqu'un te demandait pour moi les 100,000 boudjous que tu m'as promis, réponds-lui que j'y renonce. Ce sera la représentation du prix des denrées que tu as envoyées à Tlemcen. Il sera dit, alors, que les prisonniers t'ont été

(1) Gazette des Tt^unavxm

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