‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 48 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

remis gratuitement, et tu n'hésiteras plus à me rendre les femmes et les enftints des Douairs. 3>

Ainsi, vous voyez que j'ai rendu à l'Émir son présent de 100,000 boudjous ; cela est indifl'érent à la cause, mais n'est pas indifférent du tout à ma réputation.

Je n'avais demandé cette somme que pour mon département, et je ne l'avais fait qu'après avoir consulté M. Mole, ministre des affaires étrangères. J'avais, pour cela, demandé l'autorisation du Gouvernement ; elle me fut refusée ; je pris alors ce biais pour payer réellement à Abdel-Kader le ravitaillement de Tlemcen, en renonçant aux 100,000 boudjous que j'avais destinés partie aux chemins vicinaux de mon département, partie à récompenser les officiers qui m'entouraient.

Et plus loin, dans la même audience, en réponse au général de Brossard : ^

J'avais demandé 180,000 francs pour les chemins vicinaux de mon département.

Devant un mouvement de raudîtoire, le général se redresse et répond :

Cela n'a rien que de très honorable, Messieurs !

Je fis part de cela à M. Mole, qui me répondit sur c e point : « Le cas échéant, je serai votre avocat dans le Conseil. » Lorsque M. de Brossard a su que je n'avais demandé à l'Émir que 100,000 boudjous, il m'a dit : « Vous avez oublié les officiers qui ont servi avec vous? 3> Je lui répondis : c( J'aurai 100,000 francs pour les chemins vicinaux de mon département ; les 80,000 francs restants seront partagés, par moi, entre les officiers et les soldats qui fe seront le mieux

conduits. Je vous ai compris sur la liste de distribution pour 10,000 francs. — 10,000 francs, répondit-il, qu'est-ce que cela? Cela n'arrangerait pas mes affaires, et l'on croirait me récompenser avec ces 10,000 francs. Je n'en veux pas. j>

Ainsi, sur cette question des 100,000 boudjous, tout signe d'improbation manifesté par un simple mouvement dans l'auditoire trouvait le général Bugeaud singulièrement irritable.

Il est certain que le général Bugeaud s'était reporté aux souvenirs et aux exemples des guerres du premier Empire. A cette époque, la caisse militaire du domaine extraordinaire, alimentée des tributs de l'ennemi imposés par Napoléon P', était sans cesse ouverte à des générosités soit en faveur d'officiers, soit au profit d'œuvres d'utilité générale. Mais Bugeaud n'était point Napoléon et les temps avaient changé. Le régime d'ordre et de contrôle du gouvernement de

I Juillet au point de vue financier et militaire n'était

1 plus celui du Consulat et de l'Empire.

A la dernière audience, celle du 30 août 1838, les réponses du général Bugeaud furent très vives. Il demanda la parole dès le début.

Je demande une rectification sur un fait qui m'est personnel. M. le rapporteur, en se reportant à la déposition de Ben Durand, lui a fait dire que je m'étais écrié, en apprenant que de Brossard voulait passer à Abdel-Kader : « Ah! le lâche! i> J'ai exprimé mon indignation d'une manière fort vive, mais je ne me suis pas servi de l'expression de

Page 1