‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 49 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

M, le rapporteur Robert. — Durand a dit que le général Bageaud, apprenant le fait, s'est écrié : « Ah! gredin! » J'ai mis lâche.

M. le Président. — Ainsi, vous auriez dit gredin ?

Le général Bugeaud ne nie donc pas avoir bien pu appeler a: gredin d un général français, mais il proteste quand on lui impute de l'avoir qualifié de « lâche D. C'est une nuance toute* militaire.

Vint ensuite la plaidoirie du défenseur du général de Brossard, M° Boinvillîers (1). Chacun sait la latitude de parole accordée aux avocats, surtout dans les causes criminelles, lorsqu'il s'agit de sauver un accusé. Toutefois ces écarts de langage n'étaient pas du goût du général Bugeaud, si peu qu'il se sentît atteint.

C'est quatre jours après, dit M® Boinvilliers au cours de sa plaidoirie, que va se produire la dénonciation du général Bugeaud.

M. Bugeaud, se levant. — Monsieur le Président, je ne puis supporter des paroles semblables ; mon honneur y est intéressé I

Le Président. — N'interrompez pas !

M. Bugeaud. — Je ne soufifrirai pas qu'on y porte atteinte ! Un chef qui fait un rapport ne dénonce pas !

Le Président. — Vous n'avez pas la parole, je suis obligé de maintenir l'ordre dans les débats. Le défenseur ne doit pas être interrompu.

(1) Depuis député à T Assemblée nationale de 1849; ensuite président de section au conseil d*État, et enfin sénateur de TEmpire.

M, Bugeaud. — Le défenseur ne doit pas porter atteinte & mon honneur ; il ne doit pas m^appeler dénonciateur... (Tumulte dans l'auditoire ; cris : A Tordre, à Tordre !)

Le Président. — Général, vous ne devez pas interrompre; vous n'avez pas été interrompu.

M. Bugeaud. — Si on ne me fait pas respecter, il ne me restera qu'à me faire respecter moi-même! (Nouveau tumulte ; nouveaux cris : A l'ordre I) Je ne puis accepter le mot de dénonciateur.

Le Président. — Général, vous aurez la parole après la défense pour un fait personnel.

M. Bugeaud. — Le commandement serait par trop dur, si le chef ne pouvait jamais sévir, ne pouvait jamais faire un rapport, et s'il était permis de lui jeter à la face le nom de dénonciateur.

Le Président. — Général, je le répète, vous aurez toute latitude de répondre pour un fait personnel.

M. Bugeaud. — Je me tais.

A un autre moment, Bugeaud étant encore intervenu au cours de la plaidoirie, M® Boinvilliers s'écrie : « Je ne répondrai plus aux interruptions qu'excuse Tanimation du témoin, d

M. Bugeaud. — Je ne suis pas animé du tout. M^ Boinvilliers. — Alors vous êtes inexcusable d'interrompre sans cesse la défense.

Pendant tout le temps de la plaidoirie, Bugeaud faisait prendre des notes par le colonel Marey, placé à côté de lui. Quand M® Boinvilliers eut cessé de parler, le général Bugeaud s'avança à la barre et se plaça

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