CHAPITRE
en face du banc de la défense. « C'est afin, dit-il, d'être entendu du plus grand nombre possible, d
Ici, dit-il, les rôles sont changés. C'est moi, témoin, qui suis violemment attaqué par le défenseur; attaqué dans mon honneur, dans cet honneur qu'il a si bien défendu chez le général de Brossard. Je provoquerai de la part du Gouvernement une enquête sérieuse, approfondie, sur tous les faits qui se sont passés à Oran ; je demanderai moi-même à être traduit devant un conseil de guerre, et je ferai choix de M® Boinvilliers pour me défendre, car j'ai admiré son beau talent.
Là-dessus, nouveau récit des faits. Les défenseurs Boinvilliers et la Fabrègue s'opposent à ce que Ton rentre dans la discussion, mais le général Bugeaud ne s'arrête pas pour si peu. Nouvelles réclamations des avocats.
M. Bugeaud. — Mais il est de la générosité de la défense, après qu'elle a excédé toutes les limites autorisées.... (Murmures dans l'auditoire), après qu'elle a excédé toutes ces limites, reprend le général en élevant la voix, de permettre à un député, à un général, à un père de famille (car j'ai, moi aussi, une femme et des enfants), de venir invoquer pour lui tous les sentiments que vous, défenseurs, vous avez invoqués pour un autre. Vous voulez me renvoyer à la polémique des journaux, et vous ne voulez pas que je réponde devant cet auditoire qui a entendu l'attaque...
Le général Bugeaud rentre ensuite avec insistance
dans la discussion des incidents auxquels son nom s'est trouvé mêlé. Tout en parlant, il fascine le défenseur du regard. Le président, qui s'en aperçoit, l'invite à s'adresser au conseil.
M. Bugeaud. — Je suis tourné v^rs le défenseur ; j*aî les yeux sur lui : voilà pourquoi je m'adresse à lui.
Le Président. — Général, vous ne le pouvez pas.
M. Bugeaud, avec vivacité, et frappant violemmeivt sur sa cuisse. — Alors I il m'est impossible de m'expliquer.
Le Président. — Expliquez-vous, général, mais devantle conseil.
Bugeaud poursuit ses développements. Il en arrive pour la troisième fois aux 100,000 boudjous. « Dans les 80,000 francs destinés aux officiers il y avait, ditil, des gratifications pour tous, il y en avait pour le général de Brossard, il y en avait pour Ben Durand! i>
M^ Boinvilliers. — Le général ne comprend sans doute pas tout ce qu'il y a de faux dans la position qu'il a prise en ce moment aux débats.
M. Bugeaud. — Ah çà, je ne puis donc pas parler?
if® Boinvilliers. — En continuant ce débat, vous vous placez dans la situation la plus fausse du monde.
M. Btigeaud. — J'ai fini tout à l'heure. Je n'ai plus qu'un fait.
Le Président. — Je vous invite à abréger.
M. Bugeaud. — Je vous dis que j'aurais déjà fini, si vous ne m'aviez pas interrompu.
Les murmures se manifestent; on signale des