CHAPITRE III
cris dans l'auditoire. Après ce tumulte, contre lequel il proteste à diverses reprises, le général Bugeaud s'écrie : « J'aurais encore bien des choses à dire, mais je me tais, puisque vous m'ôtez la parole. y>
Le conseil de guerre écarta tous les chefs d'accud sation contre de Brossard, excepté celui relatif à l'immixtion dans des affaires incompatibles avec sa qualité de commandant à Oran d. Le général de Brossard fut, en conséquence, condamné à six mois de prison et à 800 francs d'amende ; il fut , en outre, déclaré incapable d'exercer des fonctions publiques.
M. de Brossard se pourvut en revision. Sur les six moyens de cassation produits par la défense, le témoin Bugeaud, par ses vivacités d'audience, en avait à lui seul fourni trois!
Toutefois le procès du général de Brossard devait avoir un nouveau dénouement. Le jugement du 1®' conseil de guerre ayant été cassé pour vice de forme, le 2° conseil de guerre, siégeant encore à Perpignan, sous la présidence du maréchal de camp Pailhan, rendit, après sept séances consécutives, à partir du 21 juin 1839, un arrêt d'acquittement. — Le général Bugeaud, cette fois, s'abstint de comparaître comme témoin.
Le Moniteur du 4 juillet 1839 constate que le général de Brossard, qui depuis longtemps était poursuivi à la requête de quelques-uns de ses créanciers, a été immédiatement transféré de la citadelle à la maison de détention pour dettes.
Il nous faut noter que, dans le cours des débats, Bu-
110 LE MARECHAL BUSSAUD.
geaud s'étant cru insulté par M® Boînvîllîers, le défenseur de l'accusé Brossard, lui écrivît la lettre cî-defisous:
Le général Bugeaud à M. l'avocat Boinmlliers (1).
Monsieur, vous avez excédé, à mon égard, les bornes d'une défense légitime. Vous ne vous êtes pas contenté de repousser les accusations dont votre client était Tobjet; vous m'avez attaqué personnellement d'une manière blessante et injuste. Si vous n'avez pas eu l'intention de m'outrager,j'espère que vous ne refuserez pas de me donner sur ce point une déclaration dont vous comprendrez que j'éprouve le besoin.
J'ai l'honneur, etc.
Le lieutenant général,
Bugï:aud (2).
Le général Bugeaud, attaqué par les journaux ministériels, supporte impatiemment, selon son habitude, ce qu'il appelait l'injustice du Gouvernement à son égard. La lettre irritée qu'il adresse d'Excîdeuil à son ami Gardère témoigne de ces sentiments.
Le général Bugeaud à M. Gardère, à Paris.
Excideuil, le 20 septembre 1838.
J'avais lu l'article qui vous a si justement irrité, et vous jugez que j'en ai été profondément indigné.
(1) Moniteur du 6 septembre 1838.
(2) Réponse de M. Boinvilliers :
G'Jnéral, je suis certain d'être resté tlniis les limites de won droit, et même dan» la stricte observation des convenances à votre éganl ; ce que j'ai dit n'était que la reproduction exacte des faits que vous-même avez déclar:i8 publiquement ou des pièces que vous ave»