‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 52 sur 294 · CHAPITRE IIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIÏ

Je viens d'en écrire à M. de Bussy et je lui dis que j'attends de son amitié qu'il la montre sur-le-champ à M. Mole, afin qu'il juge les sentiments que j'éprouve. Je vous promets que l'indignation y est peinte avec chaleur.

Si nous n'étions pas si près de l'ouverture des Chambres, je suivrais votre conseil, du moins en partie, car je ne voudrais pas même communiquer mon mémoire au ministère. Mais j'ai annoncé que je m'expliquerais devant les Chambres ; il faut que j'attende ce moment, et, selon toute apparence je n'attendrai pas à être provoqué pour prendre la parole.

Ce qu'il y a à faire dès ce moment, c'est de faire insérer (dans le Commerce et une ou deux autres feuilles qui ont publié l'article que vous m'avez communiqué) une note, signée de vous ou d'Ambroise et conçue en ces termes, au rédacteur de l'article en question.

« Monsieur,

<L J'avais communiqué au général Bugeaud l'inqualifiable article le concernant dans les Débats du 17, et je l'invitais, ainsi que plusieurs de ses amis de Paris , à publier sur-le-champ un mémoire explicatif des débats de Perpignan, puisque les journaux ministériels semblaient autoriser jusqu'à certain point les attaques de la presse opposante. Le général m'a répondu qu'il savait fort bien apprécier la conduite des journaux ministériels dans cette affaire, ainsi que les efforts que feront ceux de l'opposition pour l'engager à rompre le silence, mais qu'il

écrites; il serait de mon devoir, et je roccomplirais à regret, de dire les mêmes clioses, si Toccasiou se présentait, et de la même manière.

Quant à l'intention de vous insulter personnellement, elle eût été contraire à mes devoirs; elle était étrangère à mon esprit. Agréez, etc. Signé : Boinvillikrs,

Brait annoncé devair s'expliquer devant la Chambre et ttra résola à ne rien dire Jusqu'à cette époque.

< Je crois, Monsieur, que mou devoir, comme ami du général, est de faire connaître cette résolution, aân que le public n'interprète pas mal le silence du général. »

On me rapporte de Marseille nne conversation de M. ThieiB sur moi extrêmement flatteuse. Il a détaillé mes services, et, arrivé à Blaye : a. Des millions étaient à la port«, a-t-il dit, et les intrigues assiégaient la citadelle. Le général Bugeand accepta le commandement et nous fûmes tranquilles. C'est une infamie que d'abandonner un homme qui a rendn tant de services et qui peut en rendre encore, b

Je reçois tous les jours d'Afrique des lettres tout aussi flatteuses, et ce n'est plus que dans les journaux mioietériels que je suis exposé à trouver des sentiments contraires!

Ne perdez pas un moment pour publier la lettre, sî vons l'approuvez. A vous.

Si^ : BnoKAGD.

Après sa mission de laTafna, le général Bugeaud n'était rentré en France qu'à la fin de décembre 1837. Nous avons vu, en effet, que ses fonctions d'inspecteur pour l'année 1837 des troupes d'infanterie placées BOUS son commandement l'avaient retenu en Afirique jusqu'à cette époque.

Pendant l'année entière de 1838,il resta en dispt^ bilité. 8es travaux parlementaires, et plus encore ses occupations agricoles de la Durantie, l'absorbèrent jusqu'en janvier 1839.

Les événements d'Europe préoccupaient alors le

CHAPITBE III.

cabinet des Tuileries à tel point, qu'il songea à masser des forces sur la frontière. Le 22 janvier 18SI^, le négociateur de la Ta&a fut rappelé de sa disponibilité et nommé commandant de la 4* division d'infanterie du corps de rassemblement sur la frontière du Nord. Peu de mois après, par suite du licenciement de ce corps, le général rentrait en disponibilité, le 25 mai de la même année.

Son séjour à Lille fut donc de très courte durée. Nous voyons par la lettre ci-jointe adressée à son ami M. Gardère que la presse ne cessait de s'occuper de hû et qu'il supportait fort impatiemment, selon son habitude, les désagréments de la notoriété.

Le gênerai Bugeaud à M. Gardère, à Paris.

Lille, iaférii«rl839.

^"^TO reçu avec Lien du plaisir votre petit mot. Je serais bieu plus heureux encore, si vos affaires vous amenaient & Lille pendant que je serai condamné à rester dans ce [lays glacé, oii j'ui été pourtant reçu chaudement par les troupes. Quoi qu'en ait pu dire le National, elles ont grande confiance es moi. Cela se manifeste de mille manières , depuis le simple soldat jusqu'au lieutenant général qui commande la 16' division militaire. Vous sentez que cela me '€atte, non pas d'un vain orgueil, mais par la pensée que ces dispositions de l'oiiiniou seront probablement unjourrélémentle meilleurdes services que je pourrai rendre au paya. Cela n'a point empêché le journal républicain d'Ârras de m'attaquer et de me reprocher le meurtre de Dulong, les

assassinats de la rue TransnonnaÎD. Un Périgourdin qui habite Arras lui a répondu énergiquement ; il a inséré la lettre sans commentaires. Les journaux républicains de la Belgique se sont émus aussi de mon arrivée à Lille^ mais dans leurs attaques ils laissent percer Festime pour mes qualités militaires. Ces gens-là semblent prendre à tâche de me faire une célébrité. Sans leur haine, on me connaîtrait à peine. Comme vous, j'ai éprouvé beaucoup de mauvaise humeur en apprenant la révocation de Persil ; mais elle s'est calmée quand j'ai réfléchi que cet ex-ministre a fait de l'hôtel des monnaies une espèce de club contre le Gouvernement; que, chef d'un comité, il menace lui-même les fonctionnaires de destitution, s'ils votent pour les 221, qui sont la majorité fidèle aux principes du 13 mars et du 11 octobre. Persil a été puni par la loi du talion.

Mon humeur se calme aussi quand je réfléchis à tout le mal qu'a fait et que fera encore cette indigne coalition qui a divisé et qui a dissout une bonne Chambre, qui a réveillé toutes les espérances, toutes les fureurs des républicains et des légitimistes, au point de créer un véritable danger. Je pense qu'on aurait mieux fait de ne pas dissoudre la Chambre, et qu'il fallait tenter d'abord un ministère de ooar lition (je ne dis pas de la coalition pure) qui aurait dament représenté les fractions centre gauche, centre, œntte droit. On y aurait gagné, du moins, de dissoudre la coalition par la jalousie des hommes qui n'auraient pas pris place dans cette combinaison, ou qui n'auraient pu y trouver la satisfaction de leurs théories.

Quoi qu'il en soit, mon ami, je vous approuve fort de voter pour les hommes conservateurs de l'ordre à l'intérieur, de ^ la paix au dehors, et non pas pour ces fous qui veulent jeter leur pays dans le trouble. Si la guerre nous arrivait au-

Page 1