‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 53 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

jourd'hui par les folies de vos démagogues, qui poussent la Belgique par les journaux, par les discours, par les intrigaes de tout genre, comment la feriez-vous avec 50,000 hommes en Afrique, 20,000 à Paris, 8,000 à Lyon, 12,000 dans la Vendée, 8,000 dans le Midi, tous points que vous ne pouvez dégarnir sans imprudence? Ajoutez à cela que nos régiments de cavalerie ont peine à former 3 escadrons, que nos places sont sans approvisionnements, etc. En un mot, rien n'est prêt, et on veut se lancer sur l'Europe, à qui l'on dit de

I se préparer, car c'est l'avertissement que lui donnent tous

j les jours nos journalistes et nos tribuns.

La Chambre ayant été dissoute le 2 février 1839, des élections générales eurent lieu le mois suivant. Les électeurs d'Excîdeuil renouvelèrent au général son mandat de député. La coalition, composée de MM. Thîers, Guizot, Berryer et Garnier Pages , centre gatiche et doctrinaires unis à l'opposition antidynastique , ayant triomphé dans ces élections , le ministère Molé-Barthe-Montalivet-Salvandy dut se retirer le 31 mars 1839.

Voici en quels termes le nouvel élu d'Excideuil raconte son succès à son ami Gardèrë. La réélection ou Téchec des députés républicains seuls Tintéressent.

Le général Bugeaud à M. Gardère, à Paris.

Excideail, le 8 mars 1839.

Vous avez su mon triomphe, mon cher Gardère ; il a été complet et sans contestation. Le petit nombre de dissidents, en

votant contre moi, disaient : « Ce n'est pas contre l'homme, c'est pour les principes, d Jamais on ne vit autant de calme. Un étranger n'aurait pas soupçonné qu'il y eût élection à Excideuil.

Le résultat des élections fait assez connaître qu'à peu de chose près, la Chambre reviendra ce qu'elle était. La difficulté ne sera pas tranchée ; il faudra donc essayer un ministère représentant les différentes nuances de conservateurs pour tâcher de les rallier. On ne peut recommencer la lutte sans de graves dangers. Toutes les passions sont soulevées. La république lève audacieusement la tète. On parlera d'émeute comme d'un partie de chasse. Il est temps de se réunir, si nous ne voulons pas être débordés et enfermés. Trêve de luttes d'ambitions, de vanités ; la tempête gronde : au gouvernail! aux amarres! pliez les voiles ! Ne parlons plus de nuances, puisque le soleil est obscurci par un gros nuage !

Autour de moi, on a nommé quatre républicains : un dans la Dordogne, trois dans la Haute- Vienne.

Ma lettre est pour vous et Odiot. Je n'ai pas le temps d'en écrire deux. Ma maison est pleine depuis huit jours, et on me donne force besogne. J'ai envoyé aux Débats et à la Presse mon discours aux électeurs. Avez-vous lu ma petite brochure : Lettre d'un lieutenant, etc.?

Adieu, adieu. Votre vieil ami,

BUGEAUD

Ici, tout le monde vous aime. Je serai à Paris, environ vers le 24.

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