CHAPITRE III
Relevé de son commandement de la division de Lille , par suite des circonstances politiques, c'est-à-dire de Tapaisement des préoccupations extérieures, le général revint en Périgord à la fin du mois de mai. La lettre ci-dessous à M. Gardère est particulièrement intéressante. Elle reflète les préoccupations du général à Tendroit de T Aigrie. Il avait espéré, en effet, lors du départ du prince royal pour nos possessions d'Afrique, que le Gouvernement le désignerait pour accompagner le duc d'Orléans* Mais, le général Tinsinue lui-même, il portait ombrage au ministère, et le général Schneider, qui détenait alors le portefeuille de la Guerre, était peu disposé à mettre en relief un homme tel que le général Bugeaud.
Le duc d'Orléans, contre l'attente du général Bugeaud, s'empressa de lui répondre et daigna donner des explications sur son voyage. Cette lettre et les deux suivantes, que la famille du maréchal Bugeaud a conservées précieusement, font autant d'honneur au prince royal qu'à son correspondant. On y remarque avec quelle chaleur, avec quelle intelligence, avec quel tact l'héritier du trône s'occupait de l'Algérie. La touchante confiance, l'affection qu'il témoignait au vieux soldat du premier Empire, sont pour tous les deux un titre de gloire.
Ce n'est point sans un serrement de cœur que nous nous reportons à ces époques, en songeant combien ces deux hommes ont manqué et combien, aujourd'hui surtout, ils manquent à la France.
Le général Btigeatid à M. GardèrCj à Paria.
Excideuil, 18 septembre 1839.
Je vous ai bien négligé, mon cher Gardère ; mais j'avais chargé Ambroise de vous donner de mes nouvelles et de vous demander des vôtres. J'ai eu du 7 an 8 des accès de fièvre qui m'ont laissé un peu traînant et m'ont fait négliger mes relations. Puis les affaires par milliers, les voyages pour visiter les parents et assister aux comices agricoles ; en voilà bien assez pour que vous m'excusiez. Je suis très occupé à régler toutes les affaires de mes propriétés, afin que notre absence de dix-huit mois ou deux ans ne soit pas trop onéreuse, et je vous assure que ce n'est pas petite besogne.
H est bien arrêté qu'au mois de novembre nous allons nous établir à Paris. J'ai déjà chargé Claire de nous arrêter un logement de concert avec la famille de Clonard. Je n'ai pas voulu vous donner cette peine, sachant combien vous êtes occupé.
Je désirais n'être ni loin de la Chambre, ni loin de la famille de Clonard.
Voilà don Carlos bien enfoncé I Par le fait, le Hoi aura toute raison, en apparence, de n'avoir pas voulu l'intervention, et les ministres vont se targuer de succès, parce qu'ils ont envoyé quelques bricks de plus sur les côtes. En réalité, tout cela est dû à deux hommes : Maroto et Espartero. Le premier s'était mis, par sa cruauté, dans une terrible situation que le second a habilement exploitée.
Vous me demandez ce que le duc d'Orléans va faire en Afrique; je n'en sais absolument rien. H paraît qu'on va s'avancer sur la route commune jusqu'à Sétif , qu'on occupera Collo, Dellys, et peut-être quelques autres points, ce qui accroîtra la dispersion, les difficultés d'alimentation et