CHAPITRE III
d'administration , sans qu'en retour il y ait aucun avantage. Pourquoi n'en suis-je pas? Je l'ignore absolument; on ne m'a pas dit un mot. Un journal prétend aujourd'hui que le prince ne doit pas commander, qu'il assistera à l'expédition comme amateur. D'un autre côté, je sais combien le mare* chai Valée est jaloux et ombrageux. C'est peut-être à cause de lui qu'on n'a pas voulu m' emmener.
Mais ne me devait-on pas un mot d'explication? Ai-je démérité depuis la conversation si flatteuse du Roi que je vous ai narrée? N'ai-je- pas donné de nouvelles preuves de dévouement? Je vous avoue que je suis un peu \>lessé de ces procédés. Au reste, je viens de le témoigner au prince par une lettre pleine de dignité et de réserve, mais qu'il sentira fort bien. Elle le joindra probablement à Port-Vendres. Je vous dirai ce qu'il me répondra, si toutefois il me répond.
BUGKAUD.
Le duc d'Orléans ne tarda pas, malgré les prévisions du général, à lui répondre. Nous joignons à cette première lettre les deux lettres écrites par le prince à son retour d'Afrique, dont nous avons parlé plus haut.
S. A. E. le duc d Orléans au général Bugeaud.
Alger, le 28 septembre 1839.
Je n'ai point oublié, mon cher général, la conversation que vous me rappelez, et je n'ai point changé de manière de voir. Veuillez en être bien persuadé. Mais je ne suis pas venu ici pour faire la guerre, mais bien seulement pour voir l'armée d'Afrique, les établissements qui ont été fondés depuis quatre ans, et la province de Constantine,
120 LE MARECHAL BUOEAUD.
que je ne connais pas. — C'est là F unique but de mon voyage, et s'il y avait dû avoir nne ruptore avec Abdel- Eader, personne antre qae moi ne vous en anrait instruit.
Je vous remercie de Fenvoi que vous voulez bien me faire de vos discours : je les avais lus à Perpignan , dans le feuilleton du journal des Débats, et ils m'avaient vivement intéressé. Membre moi-même d'un comice , dont j'ai été l'un des fondateurs ^ et où je m'honore d'avoir mérité , pour les élèves de mon haras , des médailles décernées par vote secret, je m'associe & tout ce que vous avez si bien su dire, et je prends ma part des enseignements que contiennent vos paroles.
Excusez, mon cher général, le décousu de ce billet, écrit à la h&te, en arrivant ici, où je trouve votre lettre à mon retour d'Oran, et croyez à tous les sentiments avec lesquels je suis.
Votre affectionné,
Ferdinand-Philippe d'Orléans.
S. A. R. le duc (f Orléans au général Bugeaud.
Les Tuileries, l*' décembre 1889.
Les dernières nouvelles d'Afrique me font désirer, mon cher général, de causer avec vous, lorsque vous serez de retour à Paris, d'événements que vous aviez prévus depuis longtemps; et lorsque vous arriverez ici, vous vous apercevrez que je n'ai point oublié les conversations que nous avons eues précédemment à ce sujet.
Becevez, mon cher général , la nouvelle assurance de tous mes sentiments.
Votre affectionné,
Ferdinand-Philippe d'Orléans.