CHAPITRE IV
Système de guerre en Afrique. — 1840.
Le général Bugeaud devant le Parlement. — Explication et commentaires du traité de la Tafna. — Aven du général. — Discussion de l'Adresse. — Le paragraphe sur l'Algérie. — « L'occupation restreinte est une chimère dangereuse. 3) — « L'aristocratie de l'écritoire. » — « La domination absolue, la soumission du pays. » — Système de guerre et colonisation. — Le général Bugeaud applaudi par l'opposition. — Changement du cabinet et du ministre de la Guerre. — Le général Bugeaud interroge le nouveau cabinet sur son plan de guerre en Algérie. — Lettre à M. G^rdère. — L'opinion publique désigne et impose le général Bugeaud au choix du Gouvernement comme gouverneur général de l'Algérie.
A son retour de la campagne de la Sickack, le général Bugeaud, malgré le grade de lieutenant général qu'il venait d'obtenir, était loin de professer un grand enthousiasme à T endroit de F Algérie.
A Toccasion du vote de l'Adresse, 19 janvier 1837, dans laquelle une phrase visait le récent désastre de la première expédition de Constantine, le général prit la parole. Tout en exprimant, en matière de colonisation, sa préférence pour certains départements déshérités de la métropole, il avoue, arrivant à l'Afrique, qu'il n'y a pas de milieu entre la conquête et la retraite, et que la conquête exige un chiffre d'effectif militaire supérieur à toutes les prévisions faites jusque-ici.
T^^ On nous peindra ce pays comme admirable et présentant I le plus brillant avenir. Le coton, la cochenille, l'indigo, la
poudre d'or, les plumes d'autruche (On rit) viendront parer les discours de ceux qui défendent l'Afrique. D'autres vous diront avec de longs développements, et plus de raison selon moi, qu'il vaudrait peut-être mieux consacrer vos trésors et les bras de vos soldats à mettre vos landes en culture, à faire des canaux, des routes... Il importe d'avoir promptement une solution : l'intérêt du pays, sa sûreté peutêtre, le commandent, car il n'est pas indifférent d'avoir 30,000 ou 40,000 hommes occupés au delà des mers ; l'intérêt des colons qu'on a attirés dans ce pays par des espérances exagérées selon moi; enfin l'intérêt, la gloire d'une armée qui prodigue depuis six ans son sang. On ne lui a pas encore donné les moyens nécessaires pour vaincre et obtenir un succès décisif...
Il n'y a pas de système moyen. Le système mixte dont on a parlé, qui consiste dans la clémence, dans les bons procédés, dans la justice, n'existe pas. Cela est bon à appliquer en temps de paix. On ne fait pas une demi-guerre. H faut la paix, ou la guerre avec toutes ses conséquences.
On dit qu'on ne veut pas de la retraite : il faut donc savoir organiser la victoire. Pour arriver à un bon résultat, il ne faut pas que l'expédition de Constantine soit un fait isolé ; il faut qu'il se rattache à un plan général ; il faut vous montrer forts enmême temps partout, pour frapper le moral desArabes.
C'est en vain qu'on voudrait traiter avec les Arabes, lorsqu'on n'est pas victorieux; ils vous riraient au nez. Les Arabes ne respectent et n'honorent que l'ennemi victorieux- Et n'allez pas croire qu'il suffit, pour cela, d'un petit effectif de 20,000 à 30,000 hommes.
Une voix. — Combien donc ?
Le général BugeattcL — Il faut au moins 45,000 hommes. (Mouvement prolongé.)
J'ai été le premier, en 1831, à demander la paix, quand