‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 62 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d'Abdel-Kader? S'il ne s'agit que de punir une offense, c'est trop de 60,000 hommes. Deux colonnes parcourant le pays dans la saison, pour brûler les moissons, c'est tout ce qu'il faut.

S'agit-il, au contraire, d'abattre la puissance d'Abdel- Kader, ce n'est pas assez de 60,000 hommes.

Je ne serai pas suspect quand je dirai que ^occupation restreinte me paraît une chimère. Cependant c'est sur cette idée qu'avait été fait le traité delaTafna. Eh bien, c'est une chimère! Elle vient d'être jugée par les faits. C'est à grands frais, avec un grand déploiement de forces et de forti- fications que vous avez voulu garder la petite zone réservée dans la province d'Alger. Vous avez vu ce qui est arrivé 1 Au moment où la gueiTe a éclaté, nos points retranchés ont été franchis; les Arabes se sont précipités dans la plaine de la Mitidjah, y ont fait disparaître l'ombre de colonisation que nous y avions si péniblement établie.

Je dis que l'occupation restreinte est une chimère, et une chimère dangereuse. Tant que vous resterez dans votre petite zone, vous n'attaquerez pas votre adversaire au cœur. Lors même que vous étendriez un peu cette zone, l'ennemi aurait plus d'espace qu'il ne lui en faut pour subsister...

Messieurs y il ne reste que trois partis à prendre : l'abandon, l'occupation maritime et la conquête absolue.

1a abandon j la France oflBlcielle n'en veut pas ; les écrivains, c'est-à-dire V aristocratie de l'écritoire^ n'en veulent pas. (On rit.) Les pères de famille, qui voient périr leurs enfants en Afrique, pourraient penser autrement ; mais ils ne parlent pas, ils n'écrivent pas ; ils travaillent et ne sont pas consultés.

L'occupation maritime serait bonne, si l'on pouvait avoir sur la côte quelques Gibraltars qu'on pût garder avec 1,200 ou 1,500 hommes et approvisionner par mer.

Mais il n'en est point ainsi ; vous avez des populations considérables à nourrir : 35,000 âmes à Alger; 12 à 15,000 à Oran ; 8,000 & Bône, etc. Vous ne pouvez étouflfer ces grosses populations entre quatre murailles, il leur faut une zone pour leurs besoins, et pour la sécurité de ces zones il fieiut 25 ou 30,000 hommes.

Mais vous donneriez ainsi à la nationalité arabe, déjà si puissante, l'occasion de se fortifier et de venir assiéger vos places. Il faut que la nationalité arabe eoit renversée , que la puissance d'Abdel-Kader soit détruite, ou vous ne ferez jamais rien en Afrique.

Il ne reste donc, selon moi, que la domination absolue, la soumission du pays. Vous j serez chaque jour poussés parles événements.

Si je suis bien informé des projets (tout à l'heure le ministre de la Guerre va nous le dire), il s'agirait d'occuper Medeah, et peut-être Milianah, et de fitire des incursions passagères, qui n'ont jamais eu d'autre résultat que de vous donner quelques morts , quelques blessés, beaucoup de malades qu'il faut porter dans les hôpitaux.

Vous aurez Medeah, Milianah, c'est-à-dire l'occupation restreinte plus étendue. Pour garder cette nouvelle zone, il vous faudra 100,000 hommes. Vous aurez multiplié les difficultés par un plus long rayon d'occupation. Eh bien, je dis qu'il vaut mieux entreprendre de suite la conquête du pays, et agir en conséquence.

Puisque mon pays est en Afrique, je désire qu'on ly s'y débatte pas dans l'impuissance. Nous nous agitons, depuis dix aus, pour faire les choses du monde, je ne dirai pas les plus futiles (Très bien), mais les plus infructueuses.

Je pense que les grandes nations, comme les grands hommes, doivent faire les fautes avec grandeur. Oui, à mon

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