CHAPITRE IV
avis, la possession d'Alger est une faute ; mais puisque TOUS voulez la faire, puisqu'il est impossible que vous ne la fassiez pas, il faut que vous la fassiez grandement, car c'est le seul moyen d'en obtenir quelque fruit. Ufwut donc que le pays soit conquis j et la puissance (TAbdeUKader détruite. Si je ne craignais de fatiguer la Chambre, je déroulerais mon système à moi. (Parlez, parlez.)
En Europe, nous ne faisons pas seulement la guerre aux armées, nous la faisons aux intérêts. Quand nous avons battu les armées belligérantes, nous saisissons les centres de population, de commerce, d'industrie, les douanes, les archives , et bientôt ces intérêts sont forcés de capituler.
Il n'y a à saisir, en Afrique, qu'un intérêt, l'intérêt agricole : il y est plus difficile à saisir qu'ailleurs, car il n'y a ni villages, ni fermes. J'y ai réfléchi bien longtemps, en me levant, en me couchant; eh bieni je n'ai pu découvrir d'autre moyen de soumettre le pays que de saisir cet intérêt. Il faut établir, le plus près possible du désert, des colonnes suffisantes pour laisser une garde indispensable au gîte, aux magasins, aux hôpitaux. J'ai calculé qu'une colonne de 7,000 hommes bien commandés suffisait pour battre la plus grande réunion possible d'Arabes ; car, avec des rassemblements tumultueux (et les Arabes ne sont que des rassemblements tumultueux^, le nombre ne fait rien à l'affaire : c'est une multitude d'individualités très braves , sans force d'ensemble. Passé une certaine limite, le chiflfre n'est rien, pourvu qu'on ait bien convaincu les soldats de cette vérité, afin que leur moral ne soit pas frappé de l'aspect de la multitude.
Je veux que les colonnes soient portées à 10,000 hommes, afin d'avoir toujours 7,000 disponibles, et 2,000 à 3,000 en non-valeurs, ou en gardiens du dépôt indispen-
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sable. J'établirais donc une colonne à Tlemcen^ nne à Mascara, une à Medeah. Je dirais an commandant de ces colonnes : < Votre mission n'est pas de courir après les Arabes, ce qui est fort inutile ; elle est de les empêcher de semer, de récolter, de pâturer. :» (Mouvement. Écoutez I)
Ces murmures semblent me dire que la Chambre trouve ce moyen trop barbare. Messieurs, on ne fait pas la guerre avec la philanthropie; qui veut la fin, veut les moyens!
Mais il faut que ces colonnes vivent : il faut donc aussi des colonnes de ravitaillement qui, partant de la côte, port.eraient incessamment des vivres aux colonnes postées en avant. Sur leur parcours , elles contribueraient aussi à ôter aux Arabes la jouissance du territoire.
Vous le voyez, le système est simple : six colonnes parcourant le pays dans tous les sens I J'ose dire ce système infiniment plus simple que celui appliqué deux ans à garder la Mitidjah. Il y avait quarante-sept postes ! Le peu de troupes disponibles étaient harassées par le service de détachement. Chacune de mes colonnes est assez forte pour être sûre de n'être jamais battue, et c'est sur cette garantie que repose le système. Cela fait un effectif considérable : 60,000 hommes pour les trois provinces ( 1 ) autres que Constantine ; mais celui que vous avez est déjà énorme.
Messieurs, j'ai la conviction que vous pouvez obtenir la soumission des trois provinces par le système que je viens d'indiquer. En effet, les Arabes ne peuvent vivre qu'en Algérie. Dans le désert, point de grain ; un pâturage rare, suffisant pour nourrir des moutons. Les dattes et les laines du désert sont échangées contre des grains en Algérie. Les Arabes pourront fuir dans le désert à l'aspect de vos
(l) Alger, Titerj-, Oran.