CHAPITRE IV
colonnes, mais ils n'y pourront rester : il leur faudra capituler. Lorsqu'ils viendront à vous, ce sera le moment d'exiger des garanties, la remise de leurs chevaux, de leurs armes, pour leur permettre de s'établir sur leur ancien territoire derrière vous. S'ils restaient dans le désert, je ne le regarderais pas comme un très grand malheur ; le terrain serait plus libre pour la colonisation européenne.
Oui, Messieurs, il faut coloniser, alors même que les Arabes resteraient sur notre territoire ; car il y a assez de terrain pour placer des colons européens à côté des Arabes.
Il vous faut des colons militaires (1) (Murmures), ou civils, si vous voulez, peu importe le nom; mais organisez-les militairement, car il faut que les colons soient très guerriers dans un pareil pay5.
Tant que vous aurez 60,000 hommes en Afrique , vous n'aurez pas la liberté de vos allures ailleurs. Voilà pourquoi je désire que la question soit résolue promptement.
Je crois avoir indiqué un système, un moyen; je n'en ai pas trouvé d'autre. Si on en présente un meilleur, je m'y rallierai. Et, maintenant, nous allons entendre MM. les ministres sur le plan qu'ils se proposent de suivre dans la prochaine campagne. Je le répète, il est important de le discuter dès à présent; car, selon ce que sera ce plan, la prochaine campagne sera fructueuse ou vaine. (Mouvement.)
Le ministre de la Guerre, général Schn^der, refuse d'entrer dans le détail; il croit même dangereux, quoi
I (1) C'est pour la première fois que le général Bugeaud prononce ces mots ; colonisation militaire. Malgré les murmures qui accueillirent ses paroles, on verra par la suite que, devenu gouverneur de l'Algérie, le maréchal Bugeaud n'abandonna jamais, un seul instant, cette idée qu'il croyait non seulement salutaire et féconde, mais vitale pour la colonie. Jusqu'au dernier jour de son commandement il persista à en réclamer l'application auprès du Gouvernement avec une I ésprgie et une opiniâtreté qui furent la véritable cause de son départ définitif.
140 LE MARIÉCHAL BUGEAUD.
qu'en ait dit le préopinant, de livrer le plan du Gouvernement à la publicité. Il rend hommage, en termes généraux, à Tannée d'Afrique, dont la force est imposante sans que l'armée de l'intérieur en soit, pour cela, compromise.
,Le général Bugeaud ne pouvait se payer de pareillés généralités. Il remonte à la tribune :
I II y assez longtemps, dit-il, qu'on abuse la nation sur les affaires d'Afrique... Sous un régime de publicité couune le nôtre, toutes les vérités utiles doivent être portées à cette tribune. Il y a non imprudence, mais sagesse à le faire. Vous dire que vous avez mal agi, c'est vous exciter à faire autrement. Il faut chercher d'autres moyens, parce que ceux employés ont été infructueux.
Nous sommes moins avancés qu'au commencement. Alors les Arabes étaient disséminés, et nous avions autorité sur une partie d'entre eux ; ils sont aujourd'hui concentrés contre nous. La colonisation est nulle ; il y en avait une ombre dans la Mitidjah ; au premier mouvement de guerre, cette ombre s'est dissipée. Vous n'avez que quelques jardins autour d'Alger ; voilà ce qu'il faut apprendre à la France!
Messieurs, il est commode de se renfermer dans le silence, quand on n'a nul plan arrêté.
Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que, dans l'énumération des troupes envoyées récenmient en Afrique, on a dit qu'il partait beaucoup d'artillerie et de génie. Eh bien, à mon avis, il faut en Algérie très peu de ces armes.
II faut très peu de fortification. Quant à l'artillerie, l'ennemi n'en a pas. Il est en quelque sorte honteux de traîner un gros matériel de guerre et de machines de jet contre un ennemi qui en est dépourvu. (Murmures.)