CHAPITRE IV
Il y a une meilleure raison : point de chemins pour la conduire. Si vous voulez mal faire la guerre en Afrique , il y faut traîner beaucoup d'artillerie. A faire le chemin pour la laisser passer, les hommes sont exténués de fatigue.
Vous ne conduisez pas les affaires d'Afrique ; vous vous laissez conduire aveuglément par vos agents ! (Approbation aux extrémités.)
Ainsi ce sont Textrême gauche et Textrême droite qui applaudissent le général Bugeaud, leur adversaire déclaré, celui qu'elles poursuivent avec tant d'acharnement dans la presse et à la tribune !
Après ce discours, le roi Louis-Philîppe comprît que les ministres n'avaient pas de système, mais que le général Bugeaud en avait un pouvant en peu d'années amener la conquête de l'Algérie. Après ce discours, le lieutenant général Bugeaud était vîrtuel-
j lement le gouverneur général de l'Algérie. Il le fut, en
[réalité, dix mois plus tard.
Au mois de mai de la même année, la discussion sur l'Algérie revint à la Chambre. Un nouveau ministère avait remplacé l'ancien et le général Schneider avait fait place au général Despans-Cubières. — Le général Bugeaud demande au nouveau cabinet s'il a un plan.
K« de,n.ndé «. dernier «inisUr. ,.el iWt «„ ^ j tème ; il n'a pu le développer ; je croif qu'il n'en avait paô.
(On rit.) Je suis autorisé à croire que le nouveau ministère ji'en a
pas davantage. (Nouveaux rires.) C'est quand oa ftiît la
guerre, quand on a 60,000 hommes engagés, qu'il faut avoir un système. H est sans exemple, dans les fastes des peuples, qu'on ait commencé une guerre avec une grosse armée sans avoir un but.
Le ministère a peut-être un plan ; mais un bon, il n'en a pas. (Rires et murmures.)
Il ne peut en avoir encore, car il faut que la Chambre le partage avec lui.
Il n'y a qu'un but raisonnable , c'est la colonisation. La colonisation isolée est impossible avec l'occupation restreinte que le président du Conseil vient si justement de flétrir.
Les événements de la Mitidjah prouvent que l'occupation restreinte ne peut donner la sécurité agricole. Si l'on veut occuper Medeah, Milianah, Cherchell, on aura tous les inconvénients de l'occupation restreinte multipliés sur une plus grande échelle.
Vous le voyez, la Mitidjah est inondée d'Arabes, alors qu'une armée de 20,000 hommes est en mouvement. Comment pouvez-vous penser que quand vous occuperez Medeah, Milianah, Cherchell, c'est-à-dire une demi-circonférence beaucoup plus étendue, vous serez plus tranquilles dans l'intérieur? Vous resterez dans une sorte d'infériorité qui donne de l'audace aux Arabes et les encourage à passer & travers les mailles de vos postes, quelque multipliés que vous les supposiez.
Il faut un système ; mais il y en a aussi un & abandonner, c'est le système de la multiplication des postes retranchés. Je n'en connais pas de plus déplorable ; il nous a fait un mal affreux. C'est seulement pour dire cela que je tenais & monter à la tribune.
Chaque année, il nous faudra demander un nouveau crédit.