‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 66 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

En effet, si on maintient ce mode d'occupation, et il paraît qu'on veut le maintenir, puisqu'on vient d'occuper Cherchell (ce qui est une grande faute), on ne se contei>terapas d'occuper Medeah, Milianah, Cherchell, on voudra établir des postes intermédiaires entre ces villes, à l'entrée des défilés, aux cols; et, vers le mois de septembre, il nous faudra renforcer notre armée d'une manière exorbitante.

Que diriez-vous d'un amiral qui, chargé de dominer la Méditerranée, amarrerait ses vaisseaux en grand nombre sur quelques points de la côte et ne bougerait de là? Vous avez fait la même chose. Vous avez réparti la plus grande partie de vos forces sur la côte, et vous ne pouvez de là dominer l'intérieur.

Entre l'occupation restreinte par les postes retranchés et la mobilité, il y a toute la différence qui, existe entre la portée du fusil et la portée des jambes. Les postes retranchés commandent seulement à portée de fusil, tandis que la mobilité commande le pays quinze ou vingt lieues. Il faut donc être avare de retranchements , et n'établir un poste que quand la nécessité en est dix fois démontrée. (Mouvement prolongé.)

J'ai dit, en commençant, que la guerre ne pouvait avoir qu'un seul but : la colonisation. Sans cela, que serait donc cette guerre? Elle serait sans fin et sans résultat. Ce ne serait qu'un tournoi, dans lequel on verrait lutter la discipline de l'infanterie française contre la légèreté de la cavalerie arabe...

Vous voulez rester imperturbablement en Afrique! M. le président du Conseil vient encore de le proclamer.

Eh bien ! il faut y rester pour y faire quelque chose ; jusqu'à présent, on n'a rien fait, absolument rien. Voulez-

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VOUS recommencer ces dix ans de sacrifices infructueux, ces expéditions qui n'aboutissent qu'à brûler des moissons et à envoyer bon nombre de soldats à Fhôpital? Vous ne pouvez continuer quelque chose d'aussi absurde, H faut enfin marcher vers un but solide et arriver & fonder une province française.

... Messieurs, puisque vous êtes irrévocablement condamnés à rester en Afrique, il faut faire quelque chose; il faut une grande invasion, qui ressemble à celles que faisaient les Francs, h celles que faisaient les Goths; sans cela, vous n'arriverez à rien. (Exclamations.)

11 faut dire la vérité, il ne faut pas la dissimuler. J'aime mieux vous effrayer que vous tromper. Il faut une grande invasion militaire ; mais, avant, il faut rassembler des colons... Il faut leur faire un appel séduisant; car, sans cela, vous n'en aurez pas. Partout où il y aura de bonnes eaux et des terres fertiles, àTlemcen, àMascara, il faut placer les colons, sans s'informer à qui appartiennent les terres ; il faut les leur distribuer en toute propriété.

L'ordonnance royale leur assurerait, en outre, des armes et des munitions pour se défendre, des outils aratoires , du bétail, des secours en bois et en fer pour bâtir leurs villages ; enfin des vivres pour deux ou trois ans, jusqu'à ce qu'ils puissent s'en procurer eux-mêmes. (Exclamations.)

Cherchez des colons partout ; prenez-les, coûte que coûte, prenez-les dans les villes, dans les campagnes, chez vos voisins, car il en faudra 150,000 dans peu d'années. On me dira : C'est bien cher ! Comment, il faut leur fournir des terres, des armes et des vivres?

Oui, Messieurs, vous le devez, si vous voulez rester en Afrique ; et c'est beaucoup moins cher que ce que vous faites , car je ne connais rien de plus cher qu'un système qui, sans

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