CHAPITRE IV
rien faire, a dévoré nos millions et un aussi grand nombre de soldats que ceux morts en Afrique... J'ajoute que la colonisation doit être rapide ; vous devez vous presser, vous en avez absolument besoin, car vous ne pouvez, sans grands dangers pour la France, laisser là longtemps les 90,000 hommes qi^'il faudrait pour soumettre le pays.
C'est la colonisation qui gardera la conquête et libérera peu à peu votre armée. On ne saurait donc agir trop largement sur ce point, et, si vous étiez conséquents, vous voteriez 15 ou 20 millions pour rassembler et établir vos colons. H faut les organiser militairement, sans quoi ils ne pourraient se maintenir au milieu des Arabes. Voilà le but de la guerre ; il n'y en a pas d'autre... Il y aurait double malheur, pour un pays, à faire une mauvaise guerre et à la mal faire. ((Approbation.)
Le maréchal Clausel, ancien gouverneur général, répondit au général Bugeaud et, tout en défendant ses actes personnels, donna quelques paroles d'encouragement aux idées nouvelles.
Le président du Conseil, M. Thiers, à Tencontre de ce qu'avait dit son prédécesseur en janvier, accorde son approbation générale au système Bugeaud, mais il ne marchande pas non plus les éloges au système du général Rognîat mort récemment, et qui consiste à élever le long de la Mîtidjah un obstacle continu.
Le général Bugeaud remonte à la tribune.
I^Le président du Conseil a dit que j'étais un esprit absolu.
I (On rit.) Je ne repousse pas cette épithète, car c'est avec un esprit absolu, quand il est juste, que l'on surmonte les grandes difficultés. (Très bien.)
J'étais dans l'erreur. Le cabinet a un système : c'est celui qui est établi à Constantine. Il n'est pas en opposition avec le mien, et je désire qu'on laisse dans cette province les choses comme elles y sont.
Mais ce système est en opposition avec celui que j'ai exposé pour les autres provinces. (Marques d'ynpatience.) Messieurs, on a essayé de faire de la politique et de la diplomatie avec les Arabes, et l'on a très peu réussi. Les beys qu'on a placés en divers endroits n'avaient pas assez d'influence sur le pays...
En même temps qu'on essaiera sur quelques points la colonisation arabe dont a parlé le président du Conseil, je voudrais que l'on essayât sur d'autres points la colonisation militaire sur une grande échelle.
Oui, il faut soumettre Abdel-Kader ; il faut le détruire, car sans cela vous n'arriverez à rien. M. le maréchal Clausel vous disait tout à l'heure que le caractère d' Abdel-Kader était peu connu. Je crois, en effet, qu'on ne connaît pas assez cet Africain. Sa capacité, sa finesse, sa duplicité, le rendent fort dangereux. Il faut donc lui faire une guerre acharnée ; . mais pour cela il faut de grandes forces et beaucoup de / persévérance. C'est là, certes, qu'il faut un esprit absolu/
Nous retrouvons, dans la correspondance échangée entre le général député et son ami M. Gardera, des traces de ses graves préoccupations au sujet des événements qui se passaient en Algérie. Dès ce moment, le général, on le pressent, s'attendait à être appelé au gouvernement général de notre colonie.