‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 7 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

fusils les têtes coupées. Pendant ce temps, un peloton d'hommes énergiques s'était posté sur une hauteur, chantant la Marseillaise en signe de ralliement. Le peloton devint bataillon et ne se laissa pas enfoncer. La brave petite troupe rentra à Arzew en maintenant Tennemi à distance ; mais plusieurs centaines de Français avaient péri (1).

Le gouverneur Drouetd'Erlon, qui n'avait ni ordonné ni défendu l'expédition, la désavoua quand il apprit le désastre; le général Trézel fut remplacé par le général d'Arlanges. Lui-même dut, le 8 août 1835, remettre le service au maréchal Clauzel (2).

Le maréchal Clauzel se rendit en personne dans la province d'Oran pour venger le désastre de la Macta. Cette expédition, à laquelle prit part le duc d'Orléans,

(1) Le chiffre de 800 est donné par M. Galibert {V Algérie ancienne et moderne). Les Annales algériennes àiBQnt seulement 300 tués, 200 blessés et presque tout le matériel.

(2) Bertrand Clauzel , comte et maréchal de France, né en 1772 à Mirepoix (Ariège), est mort en 1842. Engagé volontaire, il fit les campagnes de 1794 et 1795 à l'armée des Pyrénées, commanda une brigade en Italie, 1799, et accompagna le général Leclerc à Saint-Domingue, puis aida Rochambeau à ramener en France les débris de l'armée. Promu au grade de général de division, il servit de 1805 à 1809 dans le Nord, en Italie, en Dalmatie et en lUyrie, s'illustra particulièrement dans la guerre d'Espagne sous Junot et Masséna,.et dirigea, en 1812, la retraite de Portugal, qui fut comparée i\ celle de Ney en Russie. Louis XVIII, qui l'avait noçimé inspecteur général d'infanterie pendant la première Restauration, l'exila, pour s'être joint à Napoléon au retour de l'île d'Elbe, par l'ordonnance de 1815; Clauzel se retira aux Etats-Unis, d'où il ne revint qu'après l'amnistie de 1820. Député de Rethel en 1827, il fit partie de l'opposition libérale. Nommé gouverneur général de l'Algérie après la révolution de 1830, il défit le bey de Titery, au col de Ténia, occupa Medeah et Blidah, et essaya de coloniser la plaine de la Mitidjah. Rappelé en 1831, pour avoir voulu céder à des princes tunisiens les provinces d'Oran et de Constantine, le Roi le nomma cependant maréchal pc*u après, et en 1835 lui confia de nouveau le gouvernement de l'Algérie. Il s'empara de Mascara , mais échoua devant Constantine et fut une seconde fois remplacé. Depuis ce moment jusqu'à sa mort , il vécut dans la retraite.

aboutit au brillant combat de THabra (1*' décembre 1835, à rincendîe de Mascara (7 décembre 1835), enfin à une prompte rentrée à Mostaganem. Tlemcen fut occupé en janvier et février 1836. Mais ce n'étaient là que des promenades militaires suivies de retraites , et dont le prestige d'Abdel-Kader n'était pas affaibli. Aussitôt occupé, en effet, Tlemcen fut bloqué.

Le général d'Arlanges, s'établissant au camp de Tembouchure de la Tafna , sur la côte la plus voisine de la place assiégée, s'y vit bientôt presque bloqué lui-même. Essayant de percer vers Tlemcen, il livra un combat tout au moins indécis, oîi il fut blessé ainsi que son chef d'état-major le colonel de Maussion, et qui nous coûta 300 hommes. Quelles que fussent les pertes infligées en même temps aux Arabes, un combat d'Afrique où l'on perd 300 hommes ressemble singulièrement à un échec.

Pendant ce temps, des incursions, plus insolentes qu'elles ne l'avaient jamais été, atteignaient les portes mêmes d'Alger. Les Arabes enlevaient un troupeau à la pointe Pescade, tuaient des soldats à Dely Brahim, au fort l'Empereur. Ils arrivaient jusqu'à la Bouzaréa.

Ce fut dans 'ces circonstances éminemment critiques que le général Bugeaud fut envoyé avec trois régiments pour dégager le camp de la Tafna. La province d'Oran, qui venait d'assister au désastre de la Macta et aux échecs de la Tafna , était le terrain où nos troupes découragées avaient le plus besoin d'une victoire. Il fallait ramener la confiance : ce fut l'œuvre du nouveau général.

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