CHAPITRE V
se passer de ligne de communication, de magasins, d'hôpitaux : une année de 500,000 hommes ne marche jamais sans laisser en arrière 5 à 600 hommes à chaque marche. Or notre ligne de communication est exposée à toutes les attaques. Que serait devenue alors votre armée dans le fond de la Pologne ?
Il y a plus. Le premier coup de canon tiré sur le Rhin était le signal de la chute de la Pologne : 15,000 hommes partis du duché de Posen, et 15,000 de la Gallicie auraient, en huit jours, achevé la Pologne. Après cela, les armées ennemies se seraient reportées de la Pologne sur le Rhin pour une guerre plus vaste.
Qu'on ne dise pas sans cesse que nous avons laissé périr la Pologne. Nous avons fait pour elle, par la paix, plus que nous ne pouvions faire par la guerre. En conservant la paix, nous avons tenu toute l'Europe en échec. Si vous aviez tiré un seul coup de canon sur le Rhin, l'Europe n'avait plus à vous ménager ; elle eût écrasé la Pologne, et c'était affaire de huit jours.
Le général-député parlait volontiers. On le vit même aborder parfois des sujets sur lesquels sa compétence et son expérience étaient peut-être insuffisantes, tels que la fourniture des imprimés pour l'enregistrement et le monopole des tabacs.
Mais la plupart de ses discours peuvent se ramener à trois thèmes favoris : 1"* rencouragement à Tagriculture ; 2^ le maintien de Thonneur et des prérogatives de Tarmée; 3° la guerre aux émeutiers, aux républicains, aux journalistes d'opposition, aux membres de sociétés secrètes, en résumé à tout ce monde qu'il
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a qualifié d'une expression pittoresque : VaristocraMe de Vécritoire.
Analyser tous les discours serait mal faire connaître Bugeaud parlementaire. Toutefois nous avons le devoir de faire de larges citations textuelles dans ces exposés si lucides, si pleins de traits d'humeur et de bonhomie, et aujourd'hui si oubliés (1).
L'ancien colonel de l'armée d'Espagne, devenu agriculteur passionné pendant ses quinze années de disponibilité, s'affirme dès ses premières années de députation comme représentant le type populaire du a soldat-laboureur d. Il veut qu'en temps de paix on utilise l'armée à des travaux agricoles.
Je ne suis, dit-il le 21 avril 1832, qu'an soldat-laboureur... Faites fleurir l'agriculture; dirigez vers elle une grande partie des forces financières et intellectuelles de la nation; encouragez les entreprises agricoles; excitez les grands, les fonctionnaires publics à s'en occuper. Faire de l'agriculture deviendra une profession, un débouché pour les capacités qui, à défaut de carrière, s'usent au détriment du pays, à faire de mauvais écrits, du saint-simonisme et mille autres folies.
(1) Dès le premier jour de son apparition & la tribune, le député Bugeaud provoqua la sympathique hilarité de la Chambre par une saillie de bonne humeur. Chargé de rapporter Télection du comte Du Châtel, préaident d'âge, député de Jonzac, le député d'Excideuii s'exprima en ces termes : «c Je proposerai l'admission de notre vénérable doyen d'âge, bien qu'il n'ait pas fourni son extrait de naissance. i>
Bugeaud était alors tellement inconnu dans l'enceinte parlementaire que la feuiUe officielle le désigna sous le nom de M. Buffaut. {Moniteur universel, août 1831, page 1265.)