CHAPITRE V
fois sa vie militaire active avant de reprendre Tépée qui devait soumettre TAlgérie.
Aux membres du comice le général fit en français un discours où Ton remarque les passages suivants (l**' septembre 1839) :
La Providence n'a rien fait en vain. Croyez-vous que si elle vous a rendus plus riches et plus éclairés que les autres, c'est uniquement dans votre intérêt personnel? Non, Messieurs, c'est pour que vous dirigiez les autres et soyez les chefs du travail...
Voilà votre devoir, Messieurs; j'ajouterai que c'est aussi votre intérêt. D'abord vous n'améliorerez pas l'existence des masses sans que la vôtre ne s'élève dans la même proportion... Ce n'est pas seulement la classe des cultivateurs et des propriétaires qui doit s'intéresser aux progrès agricoles. Je ne connais pas une seule profession qui n'v trouve un bénéfice matériel on mçyal. Le médecin, l'homme de loi, le jDotaire, ont tous intérêt aux progrès agricoles. A ceux qui rêvent l'extension des droits politiques je dirai : Comment voulez-vous qu'on apprécie ces droits et qu'on en use tant qu'on sera dans la misère? Lé premier besoin des 24 millions de cultivateurs et des 6 millions d'ouvriers n'est pas la réforme électorale, mais une meilleure existence matérielle qui précède nécessairement une meilleure situation morale. Il n'est pas jusqu'à ces vénérables ecclésiastiques qui viennent honorer notre réunion de leur présence qui n'aient intérêt aux progrès que nous poursuivons. Leur unique sollicitude est l'amélioration de la morale. Eh bien, rien ne peut aider plus puissamment leur sainte mission que l'aisance des campagnes...
Et ne croyez pas, Messieurs, qu'en tenant ce langage'
je cberche à me populariser. Je n'ai jamais flatté les passions da peaple ; je lui ai dit la vérité au risque de lui déplaire. Je u'ai jamais voulu le nourrir d'idées chimériques et dangereuses, comme font quelques-uns; je l'ai servi et le servirai encore dans ses intérêts réels; dans ses mauvaises passions , jamais !
Quant aux paysans, il les haranguait en patois, en se mettant avec une charmante bonhomie à leur portée, non seulement par le langage, mais par les idées.
Mes amis, leur dit-il, il y a plus de dix ans que les messieurs de ce canton qui vous aiment et vous regardent comme des frères, affligés de voir combien votre pénible travail était mal récompensé, se sont réunis pour vous enseigner un travail plus intelligent. Cependant le plus grand l)rogrès encore obtenu, c'est que vous ne résistez plus en paroles à nos enseignements. Vous ne dites plus : « Il vaut mieux faire comme faisaient nos pères, d Vous convenez même volontiers que la culture des fourrages et des racines, ainsi que les leçons données pour les vignes , sont de bonnes choses ; malheureusement vos actions ne répondent pas à vos paroles ; la force de la routine vous retient, et vous n'avancez pas !
On rencontre bien de loin en loin quelques petits carrés de trèfle, de sainfoin et de luzerne ; mais ils ne sont pas plus grands que les linceuls de votre lit... Le courage vous nian(|ue pour abandonner vos vieilles routines; vous ne savez pas vous décider. Vous agissez comme si vous aviez mille ans à vivre ; c'est à pas de limaçon que vous marchez.
Mes amis, la vie est courte ; il ne faut pas laisser tout à faire à vos enfants et à vos arrière-petits-enfants. Quoi que vous