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CHAPITRE V

Sous la défunte République, qui, je l'espère, ne renaîtra pas, la viande était à très ba« prix. M. Bon temps, bouclier, qui existe encore, assure qu'à cette époque il l'a donnée à. deux sous, et cependant on en consommait fort peu. Savezvous pourquoi? C'est qu'on n'avait pas de quoi la payer...

Quant au fumier, cette matière, dégoûtante à l'œil et à l'odorat (On rit), est cependant la première, la plus grande des richesses nationales. (Très bien I) Comment se fait-il que messieurs les économistes ne l'aient jamais prise en considération? Us ont sans doute trouvé que c'était trop immonde. Eh bien ! moi, je crois que, la première, elle aurait dû fixer leur attention; c'est de celle-là que dépendent toutes les autres. Voilà pourquoi je pense qu'il ne faut pas abaisser nos droits... Vous ne pouvez faire un pas en avant, si l'agriculture est stationnaire ; celle-ci ne peut progresser sans l'augmentation du bétail et des engrais qu'il produit. On ne produit avec abondance que ce qui se vend bien. Faites baisser le prix par l'abaissement des droits, à l'instant même vous verrez diminuer la production animale.

Toutefois, malgré l'importance de cette production fondamentale et mère de toutes les autres , nous ne demandons à être protégés que comme toutes les autres industries. Si l'on abaisse les barrières devant les bestiaux étrangers, il faut que toutes les autres barrières soient abaissées. Alors nous serons dans l'âge d'or des économistes ; nous aurons tout à bon marché. Nous ne travaillerons pas, car nous ne pourrions vendre nos produits ; comme les Arabes, nous chasserons (Bruit), pourvu que messieurs les économistes nous enseignent le moyen de payer sans produire.

Rappelez-vous toujours. Messieurs ■ qu'un pay^ ^^n^ bé-

tfl^^gyflffTBTvfl TuiflÀrahle livjé, ^ l'étranger^ d'abord quant à la richggse , bientôt çjuant à laLfoige»

Le 5 juin 1840, il reprenait sa même thèse de la protection quand même du bétail national.

Je sais, disait-il, qu'il faut faire à l'étranger des concessions pour en obtenir à son tour; mais il en est qui ne doivent jamais être faites , parce qu'elles sont fondamentales.

De ce nombre est la question du bétail... Je consentirais, ainsi que nous en avons déjà fait, des concessions sur les colzas, sur le chanvre, sur le lin, parce qu'on y peut substituer les prairies artificielles, les betteraves, les navets et autres produits agricoles. J'aimerais mieux ne pas en faire ; mais s'il en faut faire, je préfère les végétaux aux animaux, parce que les produits animaux sont la base de toute production.

Le 18 avril 1840, il dépose à la Chambre un rapport concernant la loi sur les sucres. On y remarque les passages suivants, qui caractérisent les idées protectionnistes du général :

Il sied mal aux autres industries de reprocher au sucre de betteraves la protection involontaire (le blocus continental) qui lui a permis de se développer. Toutes n'ont pris naissance et n'ont grandi qu'à l'ombre de la protection ; quelques-unes sont encore protégées par la prohibition.

Sans le système protecteur de l'Empire, aurions-nous l'industrie du coton et plusieurs autres? Notre marine ellemême n'est-elle pas protégée par toutes nos lois de douane, et ne donnons-nous pas encore des primes énormes à la

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grande pêche ? La betterave n'a donc fait que profiter des / principes communs à toutes les industries ses sœurs... Il est certain que la betterave a fait nourrir un plus grand nombre de bestiaux par ses pulpes qui se conservent toute l'année en silos. S'il est vrai que nos bestiaux aient enchéri, c'est une nouvelle preuve de l'aisance que cette industrie a répandue, puisqu'il est évident que la consommation a fait plus de progrès que la production... C'est l'une des belles conquêtes agricoles modernes. Elle distribue dans nos campagnes le travail et l'aisance. Elle occupe autour d'elle dans la belle saison et dans la saison morte les bras faibles des vieillards, des femmes et des enfants. Elle est un puissant moyen de faire disparaître le paupérisme (1).

A force de lutter, le général Bugeaud avait fondé les comices agricoles. Il voulait, le 18 avril 1840, une institution centrale , celle d'un conseil supérieur d'agriculture. Ce conseil a existé sous le second Empire : c'est encore là une des idées heureuses réalisées grâce à lui.

Nos hommes d'État, s'écria-t-il, font toujours à cette tribune des professions de foi magnifiques d'amour et de dé-

(1) Le général Bugeaud, en défendant énergiquement l'industrie sucrière et tentant d'obtenir pour elle une législation protectrice, qui lui permît de prendre un grand développement, prévoyait l'avenir. Cette industrie agricole en effet est devenue pour la France une source de richesse et de bien-être pour les cam- I)agne8. Les prévisions du député d'Excideuil se sont amplement réalisées. Trente ans après, la fabrication du sucre avait enrichi les propriétaires fonciers, les agriculteurs, les éleveurs et les industriels de nos départements du Nord ; la production indigène s'élevait à 600 millions de kilogrammes de sucre et par

I suite du développement de l'exportation, le sucre de betterave devenait, immé-

/ (liatement après les vins, le plus grand revenu de la France.

l/S LE MARECHAL BUGEAUD.

^vouement à l'agricnltare ; mais quand il s'agit de l'application , j'avone qu'on n'est pas aussi satisfait. On est venu dire tout à l'heure que le projet était prématuré. Mais le plus ancien de tous les intérêts c'est l'agriculture. Prématuré! mais c'est par lui que nous aurions dû commencer. En dirigeant toutes les intelligences de la société vers les manufactures et le commerce, nous avons fait, permettezmoi l'expression , passer la charrette avant les bœufs. (On rit.)...

On a dit que l'agriculture était suffisanmient représentée dans la chambre des pairs, la chambre des députés et les conseils généraux. Heureusement, je le reconnais, pinsieurs fois les Chambres ont montré leur sympathie pour l'agriculture ; mais je ne crois pas que cela soit suffisant...

On a fait valoir les sacrifices pécuniaires ; la Chambre a élevé les crédits de 60,000 à 800,000 francs.

Eh bien! les 800,000 francs que vous accordez sont encore une sonmie extrêmement minime pour une industrie de cette importance. Les plus petits États de l'Europe, le Wurtemberg, par exemple, y consacrent chaque année des sonmies bien plus considérables ; et vous-mêmes vous consacrez au théâtre , à la pêche de la morue et de la baleine des sommes huit ou dix fois plus fortes.

Lorsqu'il s'agissait d'agriculture, Bugeaud ne paie pas seulement de sa parole, il paie de sa bourse. On a vu précédemment qu'il avait donné à son canton pour y créer des fontaines les 20,000 francs de gratification reçus à la suite de sa mission de Blaye. Nous avons vu aussi comment il risqua de se compromettre en demandant à Abdel-Kader, à la Tafna, 100,000 francs pour les chemins vicinaux de la Dordogne.

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