CHAPITRE V
En réponse à certaines attaques, un de ses amis publia le relevé des dépenses du général Bugeaud pour les travaux d'utilité publique dans la Dordogne. Ce relevé est contenu dans une lettre adressée d'Excideuil , le 9 septembre 1838, au Courrier franqais sous la signature a Langlade ».
Colonel à demi-solde^ pendant quinze ans, sans influence près du pouvoir, le général Bugeaud parvint à force de soins et de sacrifices de tout genre à obtenir pour Excideuil, privé alors de communications et de commerce, des routes importantes. On trouve son nom en tête de toutes les souscriptions d'intérêt général. Il sacrifie constamment une partie de ses revenus pour des travaux d'utilité publique, alors cependant qu'il n^avait à attendre ni faveurs électorales, ni popularité utile à des intérêts d'ambition.
Voici la liste des sommes qu^il a déboursées pour des routes seulement : j'en omets sans doute :
Route d'Excideuil à Périgueux 1,200 fr.
— de Thenon 600
— d'Excideuil à Brives 600
— de La Nouaille à Thiviers 1,200
— d'ExcideuU à Jumilhac 1,200
— d'Angoulême à Aurillac 3,000
— de Jumilhac 2,000
— d'Excideuil à Montignac 2,000
— de Saint-Pierre de Chignac. . . . 2,000
Une partie de ces fonds ont été généreusement souscrits par M. Bugeaud lorsqu'il n'avait qu'une faible demi-solde et peu de fortune personnelle.
180 LE MARIÊCHAL BUGEAUD.
Les 20,000 francs qui luî furent accordés pour son commandement de Blaye, il les consacra à faire construire des fontaines & Excideuil et à La Nouaille.
Habitué à une' franchise toute militaire, vivant sans dissimulation, sans calcul, à cœur ouvert, il n'avait pas laissé ignorer, avant son départ pour l'Afrique, à quelques amis intimes, qu'il avait l'espoir d'obtenir ces 100,000 boudjous dont on a fait tant de bruit, et qu'il les destinait aux routes...
Le général Bugeaud n'avait pas seulement la louable passion des chemins vicinaux et des intérêts matériels, le fondateur des comices agricoles s'appliquait aussi, par la fondation d'écoles primaires, à éclairer les paysans sur leurs devoirs et sur leurs droits. Persuadé que le pays profite peu de l'instruction tant qu'il est pauvre, il apprit aux cultivateurs à s'enrichir et leur donna le loisir de puiser dans les / écoles du village les premières connaissances utiles.
Bugeaud, à l'encontre de la majorité des députés gouvernementaux, ne craint pas la lutte. Il interpelle ou attaque volontiers à la tribune les hommes qu'il pressent devoir être les destructeurs de la monarchie de Juillet, les Arago, les Gamier-Pagès, les Lamartine. Il a été rappelé à l'ordre une seule fois dans sa vie parlementaire (20 mars 1834) ; c'est pour une vivacité envers Berryer, peu indulgent à son égard après les affaires de Blaye.
Aussi l'opposition républicaine, suivant sa tactique