CHAPITRE V
Ainsi, par exemple, lorsqne j'ai laissé échapper le mot depicotin ftaeoine (Hilarité générale), le journal le Temps défigura tellement mon opinion qu'il me fit dire les choses les pins ignobles pour un militaire. Il en est résulté qu'un chef de bataQlon dq département de la Lozère m'écrivit une lettre infâme. H me disait que j'étais nn honune vil... Je lui répondis : a Je vois bien que voua êtes un vil esclave de la presse (Rires) ; je veux bien pourtant m'abalsser jusqu'à vous et vous apprendre à lire les journaux. Je vous donne rendez-vous & moitié chemin, il j aura entre nons combat à mort. » (Mouvement.)
Le chef de bataillon me répondit : «c J'ai lu depuis d'autres journaux, entre autres celui des Débats; j'ai vu que votre opinion avait été défigurée. Je m'empresse de vous faire mes excuses et je me désabonne au Temps. ï (Rire prolongé.)
Yoilà ce que la presse produit. Elle a fait verser beaucoup de sang et en fera verser encore.
Le 8 avril 1839, il fit le parallèle entre la presse gouvernementale et la presse d'opposition.
Nos adversaires se présentent constamment comme des victimes de la presse subventionnée. Ehl la presse qui n'est pas subventionnée, il est vrai, par le pouvoir, mais qui l'est largement, bien plus largement que le pouvoir ne le peut faire, par les passions qu'elle a créées, en&ntées, réchauffées, n'a-t-elle donc aucun reproche à se faire? Et nous art-elle traités avec une grande mansuétude, avec uue grande justice ?
Elle a prétendu que nous étions des députés dépendants, servilest Elle prétend aussi et répète avec satiété non pas
198 LE MABÉCHAL BUGEAUD.
dans denx organes (le Gtouvernement n'en a pas davantage)^ mais dans cent organes^ que nous voulions la paix à tout prix, que nous étions des lâches envers Fétranger.
Pourquoi, Messieurs? Parce que nous ne voulons pas sacrifier le sang et For de la France pour satisfidre les moindres caprices de Topposition ; parce que i;^qu8 n'avons paa voulu aller faire la guerre pour l'Italie, pour la Pologne, Pûjg rEspagpe! (Bruit et mouvements divers.)
Nous entendons autrement les intérêts du peuple. Nous voulons ménager le sang de ses enfants et Tor de ses con* tribuables; nous ne voulons faire la guerre que quand les intj^ts français sont véritablement engM^és. Voila pour- ^quqi rinnfl qgmmefl ftPP^^g^ ^^^ lâches, et nous noue honorons d'avoir agi ainsi, parce que qous nous sommes montrés de véritables patriotes, de véritables amis du peuple I (Assentiment au centre.)
La presse d'opposition se décore pompeusement du titre d'indépendante. Quand elle a soulevé les passions qui la soldent, elle ne peut plus changer sa marche, et devient, à son tour, plus dépendante que la presse ministérielle. Quand nous aurions un gouvernement envoyé par les dieux, elle serait forcée de l'attaquer, parce qu'il &ut qu'elle serve les passions qu'elles a créées. Où donc est son indépendance? Elle est plus dépendante que la presse soudoyée, car jamais aucun ministère n'aurait en son pouvoir de quoi . la rétribuer comme la rétribuent les passions. (Nouvelle approbation aux centres.)
Messieurs, puisque je suis à cette tribune, je demande la permission de jeter un coup d'œil affligé autant qu'indigné sur cette arène dévorante de la presse. Et ne croyez pas que mes paroles soient dictées par le moindre ressentiment personnel I La presse ne m'a pas fait de mal ; je