CHAPITRE V
puis dire, au contraire, qu'elle m'a fait du bieu; car sanB les outrages qu'elle s'est eflforçé de me faire subir, eh, mon Dieu! mon nom serait presque inconnu en France 1 (On rit.) On saurait à peine qu'il existe un général Bugeaud, tandis qu'aujourd'hui, partout où je vais pour la première fois, je suis un objet de curiosité. (Nouveaux rires.) On s'empresse sur mon passage; on veut voir cette espèce ^ogre politique, cet orateur de corps de garde, dont l'éloquence sent la poudre à canon, dit M. de Cormenin dans sa biographie des députés ; et je l'en remercie : c'est une très bonne odeur que celle de la poudre à canon. Dernièrement, étant à Lille dans le salon du préfet, — ce n'était pas jour de réception, — le salon se remplit tellement qu'on fut* obligé d'en ouvrir un autre, tant on était curieux de me voir (Hilarité générale), et l'on fut tout étonné de voir que j'étais un homme à peu près comme un autre et que je parlais à peu près comme tout le monde.
Vous voyez. Messieurs, que je n'ai pas à me plaindre de la presse, et que ce n'est pas par un ressentiment personnel que je vais dire ce que j'ai depuis longtemps sur le cœur, sur mon cœur de patriote. C'est parce que je suis patriote et ennemi de toute opposition que je crois devoir signaler au pays cette nouvelle aristocratie plus envahissante, plus oppressive que celle que nous avons achevée en 1789. (Mouvement.)
Je ne retire pas l'expression achevée; car vous m'accorderez bien, je pense, qu'en 89, la féodalité était singulièrement amoindrie. Or,la presse , cette institution nouvelle, lève sur \ pnya ^;^t^ JIPP^^ h^^n plus oppressiF^ie la féodalité d^ajora.
L'Etat donne en compensation du budget, des routes, des canaux ; il paie une armée, une administration, un clergé ; il
200 LE MABéCHAL BUGEAUD.
donne la sécurité. Qae donne la presse en compensation du tribut énorme qu'elle lève sur le pays? Si elle laisse échapper quelques vérités^ elle donne le plus souvent le mensonge, la calomnie, tout ce qui peut désorganiser non seulement une monarchie constitutionnelle, mais tous les gouvernements possibles, même le gouvernement républicain. (Au centre : C'est vrai !)
Elle tient le pays étroitement bloqué; elle en occupe toutes les avenues. La vérité désormais ne pourra plus lui arriver que du haut de cette tribune, et encore elle Talté-* rera le plus qu'elle pourra, car elle ne rendra nos paroles que le plus impar&itement possible.
Nous terminons ici les extraits des discours du général Bûgeaud sur la politique générale, Tagriculture, l'économie politique. Nous consacrerons une étude particulière au général Bugeaud orateur militaire, c'est-à-dire au député Bugeaud prenant part aux discussions parlementaires sur l'armée.