CHAPITRE YI
Les fonctionnaires civils, préfets, procureurs généraux, etc., sont ordinairement improvisés. Le militaire, au contraire, ne peut arriver à un grade élevé qu'après avoir passé par les grades inférieurs.
Les fonctionnaires civils peuvent jouir de toutes les joies de la famille. Le militaire, sans cesse tourmenté, sans cesse ambulant, est obligé d'aller où le pays l'appelle, en Afrique, en Amérique.
Les fonctionnaires civils, comme les procureurs généraux, ont pu faire fortune comme avocats? (On rit) avant d'être appelés à ces hautes fonctions. Le militaire, au contraire, ne peut jamais faire d'économies pour l'avenir. Il n'a que le strict nécessaire.
La plupart des fonctionnaires civils n'ont pas de représentation obligée ; les militaires, au contraire, sont contraints d'avoir de beaux chevaux , de beaux habits ; car on rirait d'un militaire qui n'aurait pas une bonne tenue, et la tenue fait partie de la discipline.
Le 17 février 1834, il formule un amendement en faveur des oflBcîers rentrant de captivité. La peinture qu'il fait de leur situation est touchante.
Il* est impossible d'être plus malheureux que les officiers rentrant de captivité. Ils sont toujours dépouillés de tout ce qu'ils possèdent. On leur a pris leur montre, leur argent, leurs habits, et, souvent leurs bottes. J'ai souvent vu des officiers revenir de captivité les pieds nus! Pendant leur captivité, ils perdent leur avancement ; quand ils reviennent, on les met en non-activité ; leiur place est prise !
Certainement, il faut espérer que peu d'officiers français
se feront prendre ; mais ce sont souvent les plus braves qui sont prisonniers, parce qu'ils résistent plus longtemps, parce qu'ils s'exposent plus fréquenmient, parce qu'ils avancent en tirailleurs plus près de l'ennemi. Vous ne voudriez pas traiter défavorablement de tels hommes qui sont plongés dans la misère en sortant des prisons de l'ennemi.
Le 18 février 1834, il propose d'abaisser de vingt à quinze ans de service le délai exigé pour la pension des officiers réformés pour blessures graves.
A ce propos, il refait le parallèle entre la situation des fonctionnaires civils et celle des militaires.
Très peu savent combien il est difficile d'arriver aux grades et même à celui de simple sous-lieutenant. On fait la plupart du temps des préfets qu'on improvise. On improvise aisément des conseillers d'Etat^ mais on n'improvise pas des sous-lieutenants...
Je demande que les officiers réformés pour infirmités incurables aient une pension permanente après quinze ans de service. Quinze ans, Messieurs, c'est la vie tout entière! Soldat à vingt ans, appelé par la loi, on passe sous les drapeaux la partie la plus importante de la vie. Si on n'avait pas été militaire, on aurait été autre chose. J'aurais peut-être été, moi, avocat! (On rit.) Arrivé à trente-cinq ans, je ne. puis plus prendre une autre profession; je ne possède ni le temps, ni la disposition d'esprit, ni les antécédents nécessaires. Je suis militaire, la patrie a contracté envers moi une dette d'autant plus sacrée, que j'ai des infirmités oon*tractées au service alors même que je ne puis le faire constater. Car si je m'égosille toute la journée & instruire des recrues, j'attrape des maladies de poitrine, des rhumatismes