CHAPITRE VI
pour les dédommager des dépenses extraordinaires qu'ils sont obligés de faire pour se maintenir dans la dignité de leur grade.
Après quelques manifestations sympathiques de la Chambre, l'amendement, combattu par le Gouvernement, fut finalement rejeté.
Lorsqu'il s'agît d'ofificiers d'une illustration exceptionnelle, il demande des récompenses destinées à servir d'encouragement aux générations militaires de l'avenir. Les chiffres de pension qu'il demande en 1834 pour les veuves des généraux tels que Decaen, Gérard, Daumesnil sembleraient aujourd'hui assez modestes.
Je ne veux pas, dit-il, le 27 janvier 1834, à l'occasion d'une discussion portant sur des pensions aux veuves du maréchal Jourdan, des généraux Decaen, Gérard et Daumesnil, je ne veux pas chercher à influencer votre vote sur la quotité des pensions à accorder aux veuves des illustres généraux dont les ombres généreuses sont déjà sans doute humiliées d'une longue discussion d'intérêts financiers, eux qui furent toujours si désintéressés.
Autrefois il était reconnu que la guerre devait enrichir les vainqueurs... Les guerres de la Révolution présentent un autre spectacle... On vit nos généraux, vainqueurs de l'Europe , rentrer en France pauvres d'argent, riches de gloire...
Vous pouvez , Messieurs , proposer à nos jeunes guerriers comme de grands modèles le maréchal Jourdan et les généraux Decaen , Gérard et Daumesnil. De si grands exemples ne seront pas perdus. Ce sont autant de modèles à proposer
210 LE MAEÉCHAL BU6EAUD.
à rémulation de Tarmée. En récompensant ces illustres généraux dans la personne de leurs veuves , vous sèmerez pour recueillir... De telles dépenses sont grosses d'un riche avenir (1)1
Sa plaidoirie en faveur d'une pension à la veuve du colonel Combes, son camarade, qui vient d'être tué à Constantine, est plus touchante encore. Le projet était combattu par le ministre des finances.
Monsieur le ministre des Finances vient de remplir son rôle de conservateur des intérêts financiers de ce pays ; moi, je viens en remplir un autre : celui de conservateur de Tesprit et de l'honneur militaire qui est aussi une richesse de ce pays...
Hélas ! j'ai peut-être été la cause de la mort de Combes, de cette mort il est vrai qui fiit si glorieuse et qui est de celles qu'aucun guerrier ne pourrait regretter...
Combes était découragé ; il avait envie de se retirer : il croyait avoir h se plaindre d'un déni de justice ; il croyait avoir mérité le grade de maréchal de camp et on ne le lui avait pas donné.
Je le trouvai à Perpignan et lui dis : Colonel, il y a encore quelque bien à faire ; et pour des hommes tels que vous^ lorsqu'il est encore quelque chose à faire, il ne faut pas se reposer. Voulez-vous m'accompagner enAfrique ? Il y consentit. Mais les circonstances ne répondirent pas à son ardeur... L'expédition de Constantine survint, lorsqu'il écrivait pour demander de nouveau sa retraite. Je lui fis déchirer sa lettre ; il se rendit à Constantine, et l'on sait ce qu'il y a fait!
(1) La veuve du maréchal Jonrdan : 12^000 dont 6,000 confondua avec la pension de la loi de 1881 ; Decaen, 3,000 dont 1,500, et ainsi des autres.