SOUVENIRS DU SIÈGE
Canrobert et ses soldats. — Je 1rs aime beaucoup! — Les récits d'un diplomate. — Les soldats de la légion étrangère. — La bravoure. — Une sortie. — Canrobert et les artilleurs. — Un déjeuner. — Canroberl et les grognards. — Une promesse alléchante. — La poignée de main du gênerai. — Le soldat lorrain.
Si le général Canrobert était adoré de ses soldats, il leur rendait bien la pareille. Il fallait voir comme il s'inquiétait de leurs moindres besoins.
Rien ne passait inaperçu pour Canrobert : le commandant en chef .-'occupait aussi bien de la marine que de l'armée de terre. La marine s'ennuyait de son inaction :
« J'ai beau dire à l'amiral Dundas, écrivait au chef d'état-major général de l'armée française, le contre-amiral Bruat, j'ai beau lui dire que, ne fût-ce que pour reflet moral, il faut que les vaisseaux se fassent casser quelques mâts, il me répond qu'il a ordre de les tenir toujours prêts à rembarquer les troupes, au besoin. »
Canrobert s'ingéniait à ménager, avec une délicatesse habile, les opinions et les sentiments particuliers de la marine.
Personne, pendant celle terrible campagne de Crimée, n'a porté au pins haut degré que le général en chef Canrobert la crainte de verser le sang du soldat. Comme il le répétait souvent, l'armée c'était sa famille, les soldats étaient ses enfants !
« Ils vous aiment, lui disait un jour un général anglais, parce qu'ils savent que vous les aimez.
— Oui, répondit Canrobert d'une voix pensive, je les aime beaucoup..., je les aime... trop, peutêtre (1). » .
Il y avait surtout deux corps dont il était lier et auxquels il rendait de fréquentes visites : c'étaient les zouaves et les soldats de la légion étrangère qu'il avait formée autrefois et avec lesquels il avait déjà combattu en Afrique :
Un écrivain militaire, M. de Bazancourt, qui les a vus à l'œuvre en Crimée, en parle avec admiration :
« Ils sont intrépides, ces soldats de la légion étrangère, a-t-il écrit ; et comme ils forment, pour ainsi dire, une petite armée à part dans la grande armée, permettez-moi de vous en parler.
« Ce soir-là, un d'eux qui, la veille, avait commis une faute, et que son commandant avait très rudement traité, s'approcha de lui et lui dit :
« — J'espère, mon commandant, que vous me « pardonnerez, j'ai deux balles dans le corps. »
« Un de leurs officiers me disait :
« — En dehors du service, ce sont d'horribles souci) Parlant de cette guerre de Crimée, le maréchal Canrobert a dit luimême un jour : « Ce l'ut une terrible et gigantesque lutte ; on ne connaîtra jamais les trésors de patience, de gaieté, de bravoure enfermés dans le 'Leur de nos petits soldats. »
« dards, peut-être même d'atroces coquins, rudes « à mener, dangereux à discipliner, mais énergi- « ipies et indomptables au feu. »
Une grande partie de ces régiments se compose de déserteurs, d'hommes dont la conscience est souvent chargée de bien des fautes. Pleins de courage, ils sont parfois étrangers à tout sentiment moral et ne connaissent que le devoir militaire. C'est sur ce chapitre seul qu'ils se montrent chatouilleux. Le reste leur importe peu.
Singulière éducation militaire, n'est-ce pas? Souvent les compagnies se font justice elles-mêmes.
Un homme est mis à l'index de ses camarades. — Le soir venu, les camarades l'abîment (c'est le mot); la mort s'ensuil le plus souvent, et le lendemain le docteur mel sur le rapport: « Un tel, mort... d'une chute. »
( >n sait ce que cela veut dire.
Au commencement du siège un homme avait déserté et avait été repris. — On l'envoie aux silos. (Les silos sont des trous pratiqués 1res profondément en terre ; on descend dans ces sortes de >n veines étroites et souterraines ceux qui sont condamnés, et lu, ne pouvant se coucher, forcés d'être accroupis sur eux-mêmes, ils restent ainsi souvent quarante-huit heures, trois jours, huit jours même; — supplice terrible, le seul qui puisse dompter ou, du moins, briser un peu, par l'épuisement, ces natures cyniques et rebelles.)
Donc le déserteur avait été descendu dans un silo.
« Vous avez tort, mon lieutenant, dirent de
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