‹ Le Maréchal CanrobertChapitre 14 sur 33 · AUTOUR DE SÉBASTOPOL · texte numérisé non relu

AUTOUR DE SÉBASTOPOL

La religion chez les assiégeants . — Une messe au camp. — Les lettres intimes de M. Charles Boscher. — La fin du brave général Bizot. — L'allocution du général Canrobert. — Une revue passée par le général

en chef. — Le général Forey.

La religion ne fut jamais oubliée par le général Canrobert, qui donna toujours des ordres pour qu'elle fût respectée et toutes les autorisations nécessaires pour célébrer la sainte messe, où il assistait très souvent en personne.

A ce sujet, laissons raconter un témoin qui a assisté à une de ces messes au camp devant Sébastopol.

« Je dois vous dire, écrivait-il, que dimanche dernier (février 1855), j'avais l'honneur de déjeuner chez le général Forey.

« A neuf heures et demie, j'arrive et, dans la chambre du général, je trouve tout son état-major réuni et l'aumônier de la division disant la messe.

« A Paris, où vous lirez ces lignes, au milieu de toutes vos églises si belles et si grandes, si

superbement ornées de peintures et couvertes d'or, pourrez-vous comprendre l'impression que produisit sur moi cette messe, dite ainsi, sans pompe aucune, dans une chambre nue et presque sans meuble- .'

« L'autel est une petite table appuyée contre le mur, en face de la cheminée. A coté de l'évangile pend l'épée du général; le livre de messe est appuyé sur la crosse d'un pistolet; près des bougies qui brûlent sont accrochés, à un clou, des éperons dorés, et les burettes sont posées sur une carte de Sébastopol.

« Ce qui parle de paix se mêle à ce qui parle de guerre.

« Chacun était recueilli, et les lèvres suivaient, en les répétant, les paroles que prononçait le prêtre.

« C'est qu'ici, si près de la mort, c'est-à-dire si près de Dieu, la pensée de l'homme s'élève vers le Créateur; elle sent que toute force vient d'enhaut, et, pour être calme devant le péril, inébranlable devant les épreuves, résigné devant les souffrances, tous ont besoin de prier.

<( Un soldat servait la messe. »

Les lettres intimes de M. Charles Boschei% attaché à Fétat-major de l'armée renferment des détails curieux sur Canrobert. Nous leur empruntons ces quelques pages.

« Le moral de l'armée est excellent, écrivait

M. Ch. Bocher; ce sera l'honneur du général Canrobert de l'avoir maintenu tel pendant le:-; dures épreuves de J'hiver. Avec des lieutenants comme Pélissier, Bosquet, il peui aujourd'hui tout entreprendre. Les suidais, fatigués d'une inaction forcée, ne demandent qu'à combattre. Nous serions plus avancés si les Anglais eussent été prêts; mais, soit découragement, soit apathie, loin de nous prêter leur concours, ils paralysent nos efforts.

« Nous ne pouvons môme obtenir aucun renseignement sur les ressources dont ils disposent.

« C'est un grand inconvénient d'avoir des alliés sous des chefs différents.

« Celui de l'armée française, il est vrai, a une sorte de prépondérance que lui donnent, dans les conseils, la supériorité numérique de ses troupes, son expérience des choses de la guerre, et surtout la confiance qu'il a su inspirer à lord Raglan; mais cela ne supplée pas au défaut d'unité. Toutefois, avoir su maintenir, malgré bien des divergences de vues, une harmonie parfaite entre les deux commandements, sera compté comme un des grands succès de notre général en chef.

« L'état-major de Canrobert est très bien composé. Nous avons le général Trochu (1), le plus jeune de son grade clans notre armée, esprit vif et brillant, travailleur infatigable, faisant à lui Seul plus de besogne que tous les autres officiers du quartier général, ancien aide de camp de

(1) On sait qu'il devint gouverneur de Paris pendant le siège de 1870-

l'illustre maréchal Bugeaud, dont sa reconnai — sance aime à invoquer le souvenir dans des entretiens familiers; les lieutenants-colonels de Cornely et Waubert de Genlis, d'une grande distinction et d'un commerce des plus agréables. Le duc de Dino, qui a obtenu la faveur de servir pendant cette campagne, et M. de Molènes, connu par ses écrits dans la Revue des Deux Mondes, en font aussi partie.

« Des souvenirs communs de Paris, un attachement plus particulièrement dévoué pour le général en chef, nous ontliés tous les trois. C'est sous la tente du duc que nous nous réunissons presque chaque jour, surtout à l'arrivée du courrier de France.

« Là, non- nous communiquons nos nouvelle-. Celles que donne à son fils la duchesse de Sagan (1). sur la politique des cabinets de l'Europe, sont du plus haut intérêt; celles que je recul-, de mon côté, complètent nos renseignements, souvent utiles au commandant par les encouragements ei les vœux qu'elles lui apportent.

« L'Angleterre a de> représentants à notre état-major: le général Rose (2), ministre à Constantinople lors des incidents diplomatiques qui nous ont amené la guerre, type de l'officier anglais, caractère tenace, honnête, énergique, ne désespérant de rien, rassurant tout le monde

(1) La duchesse de Sagan avait joué un rôle important au congrès de Vienne, où elle tenait la maison de sou oncle, le prince de Talleyraud.

(2 11 a été depuis pacificateur des Indes et pair d'Angleterre, sous le titre de lord Shathnaim.

autour de lui et disant oui à tout ce qui se dît, mais sachanl très bien ce qu'il en doil penser, le major Folley, le capitaine Glaremont, très sympathiques aux Français, surtout le capitaine Claremonl qui parle notre langue à merveille el nous rend de très grands services.

« Les repas se prennent en commun sous \\\ic grande tente de chef arabe, souvenir glorieux de nos guerres d'Afrique et laissée par le maréchal Saint-Arnaud à son successeur. Il y a presque toujours des invités que les devoir- ou les affaires de service appellent au quartier général. Nous avons eu hier à déjeuner le colonel Pajol, le chef d'état-major de la cavalerie, dont la gaieté d'esprit et l'amabilité de caractère contrastenl avec l'air maussade de bien des invités.

« La table esl frugale, je pourrais dire détestable. Lr général Canrobert, qui est la simplicité et la sobriété mêmes, après avoir passé toute sa vie en Afrique, ne saurait rien entendre à des détails de cuisine. On goûte davantage sa conversation, qui est des plus attrayantes et des plus a ni n très.

« Notre quartier général, du plateau de Ghersonèse, a l'aspect assez misérable. Situé >\\v un sol dénudé., où l'on enfonce dans une boue fangeuse et gluante, il se compose de quelques lentes el baraques en planches à demi ruinées par les pluies et les neiges de l'hiver. On voil sortir de ces habitations de sauvages des officiers avec leurs uniformes relevés de galons et de broderies d'or, ce qui est d'un contraste singulier. Le connu an-

dant en chef ne s'est pas choisi une demeure plus digne de sa haute position. Dur à lui-même, s'il ne l'est pas pour les autres, il couche et travaille sous une simple tente de soldat. »

De nombreux amis du général Canrobert devaient trouver la mort à ce terrible siège de Sébastopol. Un des premiers d'entre eux fut le brave général Bi/.ot que Canrobert adorait. Il fut tué en surveillant les travaux des tranchée-.

Pour se l'aire une idée des difficultés que présentaient ces travaux et du courage qu'il fallait pour les exécuter, nous citerons la description qu'en a faite un diplomate attaché à l'armée d'Orient :

« C'est, a-t-il dit, une œuvre de géants qui ne peut être exécutée que par des cœurs de bronze. Il faut avoir l'âme solidement trempée pour s'avancer ainsi à 70 mètres d'un ouvrage ennemi, hérissé de batteries fumantes et dont les gueules ouvertes vomissent incessamment le fer et le feu.

« Figurez-vous de pauvres soldats se traînant à terre, sur un sol rocailleux, derrière un gabion, faible et inutile abri ! Ce gabion, ils le posent, puis des sacs de terre se passent de mains en mains, et là, toujours accroupis, illuminés par les feux de l'ennemi qui répandent soudainement des lueurs étranges, ils jettent un à un ces sacs remplis de terre dans les gabions et cherchent ensuite à

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creuser le sol ingrat qui résiste sous les pioches qui le frappent. Parfois, nu faible cri se fail entendre: c'est un corps qui tombe et deux bras qui cessent de travailler.

« Oh! la guerre de siège est une vilaine guerre! Elle n'a pas la belle poésie d'une bataille qu'éclaire le soleil; on ne voit pas devant soi reluire des positions ennemies; on ne marche pas la tête levée, le bras haut, le cœur bondissanl ; c'est la guerre de la nuit, la guerre des surprises, la guerre des embuscades; on s'accroupit derrière des terres amoncelées; on se courbe pour passer le long des épaulements écrètés par les projectiles ennemis; on regarde à travers d'étroits créneaux. Et puis, après des mois de travaux incessants, après des jours cl t\(^ nuits d'attente, lorsque le moment de se voir face à face va venir enfin..., une halle, une halle ohscure, inconnue, tirée au hasard, sans but, arrive et nous frappe à la tête, comme elle a frappé ce digne et brate /tint. Mais aussi que l'heure du triomphe esl grande et solennelle, et que l'on oublie vite les souffrances et les épreuves passées (1). »

« Nul homme, a dit aussi un témoin du siège, ne pouvait mieux comprendre et plus aimer que le général Canrobert ce cœur droit et

(1) « Il y a plusieurs sortes d'embuscade, a écrit un témoin du quelques-unes sont simplement des trous de loups, c'est-à-dire des trous assez profondément creusés en terre pour y placer quelques hommes que protègent contre nus tireurs des pierres entassées, au milieu desquelles -..in pratiquées de petites embrasures. D'autres son: d les murail-

les élevées en avant de nus tranchées, solidement construites et percées d'embrasures; un fossé profond esl pratiqué par derrière ayee

honnête du général Bizot, ce cœur semblable à une lampe utile, où brillait constamment une

flamme pure entretenue par une huile précieuse: l'amour du devoir servi par le goût du travail. Aussi ce fut avec une triste émotion que le général en chef pénétra sous l'abri où gisait son compagnon et son ami. Le général Bizot avait la tète enveloppée de bandages. Quand il vit s'approcher de son lit le chef sous lequel il servait, avec un sentiment de déférence militaire qui eut quelque chose de singulièrement touchant, il essaya de se soulever. Il pouvait encore parler, seulement sa parole se ressentait de la nature même de sa blessure; elle avait déjà le son profond et voilé que la mort dorme à la parole humaine. Après avoir remercié le général en chef, il lui dit que tout allait bien. Il ne parlait pas, bien entendu, de son enveloppe brisée, où il sentait la vie près de disparaître, mais du siège de Sébastopol, dont il avait reçu, à l'instant même, de bonnes nouvelles. Il était arrivé sans effort, par le seul fait de celte blessure mortelle, à ce qui est assurément le plus parfait état de l'âme, à une complète abnégation. Il ne tenait, plus à ce monde que par son intérêt à l'œuvre pour laquelle il allait mourir. « Bien souvent, on avait reproché au pauvre

des gradins de fusillade Vingt-cinq à trente hommes peuvent facilement s'y abriter et entretenir toute la journée un feu nourri. Certes, c'est par ces embuscades que les Russes nous ont fait le plus de mal. Elles apparaissent comme par enchantement sur le sol, semées sur tous les points, audacieuses, infatigables; détruites aujourd'hui, elles reparaissent demain, et chaque nuit qui s'écoule semble une rosée vivifiante qui les agrandit et les fortifie. »

général cette courageuse imprudence qui le faisait, chaque jour, chaque nuit, exposer sa vie comme un

simple soldat; mais il souriait en secouant la tête. Un instant, on avait espéré le sauver, et, après l'extraction de la balle, le médecin en chef avait eu les plus heureux pressentiments; une heure même avant ce fatal événement, rien ne le faisait supposer; mais, tout à coup, un épanchement intérieur dans le cerveau l'a enlevé.

« Cette nouvelle a été annoncée au général Ganrobert le jour même; ses traits se sont subitement altérés.

a — Pauvre Bizot ! a-t-il dit, chef habile, intrépide soldat. C'était la volonté de Dieu . »

« Tous les généraux français, anglais et turcs assistaient à la cérémonie funèbre. L'amiral Bruat s'y était rendu avec tout son état-major. Le général Ganrobert, lord Raglan et Omer-Pacha marchaient derrière le cercueil; venaient ensuite les généraux Bosquet, Pélissier, Niel, Mayran, Dulac, etc., etc. Les soldats du génie entouraient silencieusement l'espace où devait être célébré l'office funèbre. Au milieu de cette foule, c'était un silence triste et grave, qui impressionnait vivement. Au loin, le canon tonnait et les fusées sillonnaient le ciel; amis et ennemis saluaient ainsi des salves de leur artillerie l'intrépide soldat dont notre armée déplorait la perte.

« Le service fut célébré par l'aumônier de l'étatmajor, dans une cabane qui servait de chapelle et qui avait été décorée avec soin par cet ecclésiastique pour la cérémonie. Puis de cette cabane sortirent

deux corps portés par les soldats du génie: le premier était celui du général Bizot, avec son uniforme, son épée, son chapeau, sa croix de cnmmandeur ; l'autre, celui du commandant Masson, également du génie, mort le même jour d'une blessure reçue aussi dans la tranchée.

« C'était une cérémonie triste et solennelle que celle de ce double enterrement, le chef et son lieutenant, tous deux regrettes; le draine était digne du théâtre : c'étail au milieu de ces camps, de cet appareil de guerre, de ce bruit du combat, de ces soldats assemblés, de ces trois armées réunies, pour ainsi dire, sous le même deuil.

«Quand les corps eurent été déposés dans la fosse, quand le prêtre eut récité la sublime et touchante prière du De profundis et prononcé ces dernières paroles : Qu'ils reposent en paix ! le généra] Canrobert, les généraux d'artillerie et du génie vinrent, chacun à leur tour, jeter de l'eau bénite, en faisant le signe de la croix, sur les cercueils que la terre allait recouvrir. Lord Raglan et les généraux anglais, Omer-Pacha et l'amiral de la flotte ottomane se joignirent aux généraux français, et, prenant de leurs mains le goupillon humecté d'eau bénite, protestants et mahoïrïëtans rendirent ce dernier hommage religieux à la mémoire de deux guerriers catholiques morts en braves soldats et en héros chrétiens.

«Les généraux Niel, Pélissier et Canrobert prirent successivement la parole et retracèrent avec chaleur les titres de leurs compagnons d'armes à l'estime et aux regrets de l'armée. Le général Can-

robert termina son allocution par ces paroles remarquables prononcées avec un élan de cœur e1 une énergie qu'il serait impossible d'exprimer: « C'est « justement parce que Bizol était \\\\ noble caractère,

ci di muant à t< mis, chaque j( mr, le modèle du c< >urage, « <lu devoir accompli sans relâche, du dévouement, « de l'abnégation, c'est parce queBizot avait toutes « les vertus et les mâles qualités, que Dieu, dans sa « justice infinie, lui a accordé le suprême honneur g de tomber en soldat sur la brèche, en face de l'en- « nemi. »

« A ces mots, une profonde émotion s'empara du cœur de chacun ; soldats et chefs relevèrent la tête, s'associanl ainsi, par l'élan de leur àme, à cette belle et énergique pensée (1). »

Donnons quelques extraits <\e^ ordres du jour du général Canrobert. Il- renferment des éloges que l'histoire ne peut point oublier, et la France doit unir ses applaudissements aux félicitations plus graves du général en chef. Ces ordres du jour nous feront encore mieux apprécier la valeur de nos braves soldats.

«Dans la nuit du 14 au 15 mars, les troupes aux ordres du général Bisson ont fait de très lionnes preuves. Deux compagnies du 10e de ligne ont

(1) De Bazancourt,r CHtg mois nu camp devant Sébaslopol.

enlevé avec beaucoup de résolution les embuscades de l'ennemi. La compagnie de grenadiers du capitaine Campanhet a notamment montré la plus grande énergie en défendant contre des assaillants très nombreux le poste qu'elle occupait.

«Le commandanl des troupes russes a été blessé, le commandanl en second a été tué.

«Du 15 au 16 mars, les troupes dirigées par le général de Failly n'uni pas opéré avec moins de vigueur. Le 2e bataillon du 3e zouaves, sous la direction immédiate du colonel de Brancion, s'est jeté sur l'ennemi avec son entrain habituel, et on a vu se dérouler, dans cet épisode militaire très intéressant, des actions individuelles fort honorables pour leurs auteurs.

« L'assiégé a toujours éprouvé des pertes

considérables

« A l'extrême gauche de nos attaques, l'assiégé a fait, dans la nuit du 15 au 16 mars, une sortie sur les points défendus par la compagnie de voltigeurs du 2e régimenl de la légion étrangère, capitaine Bertrand, et par une compagnie de chasseurs à pied, sous-lieutenant Bédés. Averties par leurs vedeltes, ces deux compagnies ont attendu avec le plus grand calme l'ennemi jusqu'à quelques mètres seulement du parapet de la tranchée, l'ont fusillé presque à bout portant, puis l'ont assailli à la baïonnette, sans commettre la faute de le poursuivre au loin. Malgré la promptitude et le soin qu'il met à enlever ses morts et ses blessés, l'ennemi en a laissé vingt-neuf entre nos mains et autant en avant du parapet, sur le terrain qu'il a parcouru

dans sa retraite précipitée. Il a perdu dans cette opération au moins le tiers de l'effectif engagé. »

« Dans la nuil d'avant-hier (22 mars), l'ennemi a l'ait sur nos travaux de droite une sortie générale avec dix mille hommes environ, et des dispositions telles que celle opération pouvait être considérée comme une sorte d'assaut tenté avec des troupes fraîches contre nos cheminements, que la nature du sol rend très laborieux.

« Le combat, soutenu par moins de deux mille hommes de nos troupes, a été long, opiniâtre et fort glorieux pour ces dernières. L'ennemi n'a pu prendre pied nulle part, et il a été rejeté définitivement dans ses ouvrages, après avoir échoué devant la tranchée anglaise comme devant la notre.

« Le général de division Brunet a exécuté habilement les dispositions générales prescrites par le général Bosquet. Le général d'Autemarre a conduit l'action avec une intelligente vigueur. Il a été dignement secondé par le colonel Janin, qui n'a cessé de donner à tous, bien que deux fois blessé, l'exemple d'un brillant courage.

« Le chef de bataillon Baron, du 3e zouaves, le chef de bataillon Dumas, du corps du génie, officiers supérieurs pleins de mérite et de bravoure, ont trouvé une mort glorieuse dans l'accomplissemenl de leur devoir. Le capitaine de Crécy, des zouaves, le capitaine Montois, du 85e, se sont hautement distingués.

« Officiers, sous-officiers et soldats se sont disputé l'honneur de faire payer cher à l'ennemi

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une agression sur laquelle il tondait de grandes espérances, et qui lui a routé plus de deux mille hommes tués ou blessés. »

Ainsi parlait le général Ganrobert.

Après cette sanglante affaire, le général russe Osten-Sacken demanda au général Ganrobert une suspension d'armes pour relever les cadavres. Il terminait ainsi la lettre qu'il adressait:

« Je m'empresse de vous prévenir que vos braves soldat- morts, qui sont restés entre nos mains dans la nuit du 23, ont été inhumés avec tous les honneurs dus a leur intrépidité exemplaire. »

Et le général Ganrobert, taisant allusion à cette phrase du général Osten— Sacken, s'exprimait ainsi dans son ordre du jour à l'armée: « Le général en chef remercie, au nom de l'empereur et de la France, les braves qui viennent de soutenir l'honneur de notre drapeau avec une si haute valeur, que nos ennemis eux-mêmes lui rendent hommage. »

De plus, et avec un sentiment d'exquise délicatesse que chacun a vivement apprécié, le général russe renvoyait, par un parlementaire, • une croix d'honneur trouvée sur le corps d'un officier de zouaves, pour que ce dernier et précieux souvenir fut rendu à la famille du brave soldat qui avait glorieusement succombé.

Certes, en face de tous ces morts qui jonchent le sol, de cette destruction de l'homme par l'homme, la pensée attristée a des larmes même

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