‹ Le Maréchal CanrobertChapitre 18 sur 33 · CANROBERT EN FRANCE · texte numérisé non relu

CANROBERT EN FRANCE

L'impératrice Eugénie recevant Canrobert. — Canrobert à la tète des troupes à la rentrée solennelle ;ï Paris. — La récompense après le sacr fice. — ' anroberl aide de campde l'empereur. — Sa nomination au grade de maréchal de France. — Canrobert sénateur. — Au camp (1 ■ Châlons. — Le voltigeur et le maréchal. — A Lyon.

Le jour où Canrobert, revenu d'Orient, vint aux Tuileries rendre compte de ses services aux souverains, l'impératrice Eugénie, souriante et émue, alla au-devant de l'intrépide soldat, et, lui tendant la main, prononça ces paroles pleines de charme :

« Je vous félicite et vous complimente, général, au nom de la France et au nom de toutes les mères ! Vous, du moins, tout en sachant vaincre, vous avez su ménager le sang de nos soldats ! »

Quand l'Armée d'Orient lit su rentrée solennelle à Paris, l'empereur Napoléon III ordonna au général Canrobert d'aller se mettre à la tète des troupes.

Suivant les ordres de son souverain, le gé-

néral se rendit à la gare de Lyon, où les soldats, reconnaissant leur ancien général, s'écrièrent avec

enthousiasme : « Le voilà ! Voilà notre père ! »

C'était le surnom, qu'ils lui avaient donné en Crimée, qui revenait alors sur leurs lèvres (l).

C'était la récompense qui arrivait après le sacrifice, c'était la réparation éclatante après les longs jours d'amertume.

Ce jour-là même, un décrel impérial élevait le général Canrobert à la dignité de Maréchal de France.

En conférant au général Canrobert cette haute dignité, l'Empereur récompensait en lui, non seulement le militaire distingué, mais surtout le fidèle serviteur qui s'était, sans murmurer, soumis aux nécessités de la politique suivie par les puissances alliées, et au mot d'ordre qui lui recommandait de n'agir que de concert avec le général anglais.

En même temps qu'il était nommé Maréchal de France, Canrobert se voyait élevé à la dignité de sénateur.

L'empereur Napoléon III chargea peu après Canrobert d'une mission de haute confiance : il l'envoya s'entendre confidentiellement avec le gouvernement de la Suède, qui venait, pensait-on, de conclure un traité avec les puissances occidentales, au cas où il eût fallu protéger, dans les ports de la mer Baltique, les opérations d'une escadre anglo-française.

(1) « Le peuple se précipitait autour de son cheval pour toucher, comme une relique, le fourreau dé son épée; les gens de lettres célébraienl à l'euvi sa grandeur d'âme; les mères laissaient couler leurs larmes, en voyant les enfants que le général leur ramenait des lointains rivages. »

Ce fut en 1862 que le Maréchal Canrobert recul le commandement du camp de Châlons. Il sut s'y taire aimer de toutes les troupes.

« Racontons, à ce sujet, cette charmante histoire qui se passa pendant si m séjour au camp:

u L'empereur Napoléon, qui était venu visiter le camp de Châlons, voulut s'assurer par luimême de l'effet de la jambière qu'on voulait donner aux troupes.

s En conséquence, il ordonna qu'une compagnie de voltigeurs lui fui présentée.

« Canrobert assistait à cette revue passée le long des baraquements, sans cérémonie aucune, ce qui fui cause d'un pêle-mêle général entre soldats et officiers.

« Pendant que Napoléon III interrogeait quelqu'un, par-ci par-là, sur la commodité ou l'ennui de ladite jambière, Canrobert aperçut un voltigeur des plus mal guêtres. Le maréchal s'approcha de lui, lui releva le pantalon et vit que la jambière, au lieu d'être bouclée au-dessus du mollet, l'était au milieu. De plus, le caleçon était mal attaché et dépassait beaucoup trop.

« Ce voltigeur -était, comme Ton dit, très mal fagoté.

« Le maréchal Canrobert le regarde un instant, puis lui dit en hochant la tète:

« — A toi, mon vieux, je t'enverrai la canti- « nière pour t 'habiller.

« — Ce n'est pas la peine, Monsieur le Maréchal, « répondit le soldat, je trinque avec elle toute la « journée. »

Éclat de rire sur toute la ligne et, bien entendu, le maréchal riait bien plus fort que tout le monde.

« Si cela était vrai, coquin, dit-il, en tirant l'oreille du fanfaron, tu ne te vanterais pas si fort. Boutonne-toi mieux et tâche de ne faire de l'esprit qu'après avoir mieux fait ta toilette! »

Le 14 octobre de la même année, l'empereur Napoléon choisit le maréchal Canrobert pour aller, à Lyon, remplacer le maréchal Castellane, qui venait de mourir. Le 4" corps d'armée se félicita de se trouver sous les ordres d'un pareil chef.

Et lorsque l'empereur le rappela de Lyon pour lui confier le commandement en chef de l'armée de Paris, Canrobert reçut de lotîtes les classes de la population lyonnaise les témoignages des regrets les plus vifs.

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