‹ Le Maréchal CanrobertChapitre 21 sur 33 · SOUVENIRS DE MAGENTA · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE MAGENTA

Le rôle de Canroberl pendant la guerre d'Italie. — A Magenta. — Une curieuse anecdote. — Le maréchal entouré îles hussards autrichiens. — A Réb

A part l'acte important de la délivrance de Turin et le combat de Palestro qui honorent l'intelligence militaire du maréchal Ganrobert, son rôle ne fut pas d'une grande importance pendant la suite de la guerre, si ce n'est à la bataille de Magenta.

Peu s'en fallu! qu'il ne fût fait prisonnier.

En effet, Ganrobert, voyant, en avant du Ponte- Vecchio, ses tirailleurs mal engagés, courut vers eux ; tout à coup, il fut entouré par un escadron de hussards autrichiens.

L'escorte du maréchal el ses officiers mirent l'épée à la main, et le colonel Bellecour, qui avait quelques hommes de son régiment près de là, leur fit croiser la baïonnette ; il fut foulé aux pieds des chevaux.

Des soldats du général Renaud, ayanl fait un feu nourri sur les hussards, ceux-ci se sauvèrent, et le maréchal fut délivré.

Ce fui à Magenta nue Canrobert voulut donner un démenti au méchant brocard du maréchal Pélissier. Un jour, devant Sébastopol; Pélissier, faisant allusion à sou propre prénom et au nom patronymique de Canrobert, dit en riant devant plusieurs officiers: «Quelle drôle de rencontre, tout de même ! Moi, je m'appelle «Aimable» et Canrobert « Certain ».

Plût à Dieu que les chefs de notre jeune année ne fussent pas plus indécis que Canrobert ! Imbu des anciennes traditions de solidarité militaire, Canrobert n'eut pas plutôt entendu gronder le canon que, sans attendre des ordres, il se dirigea vers le point d'où venait le vacarme. L'avant-garde de Canrobert commença à bousculer l'artillerie qui arrêtait sa marche ; puis, quand cela fut terminé, le maréchal, mettant ses hommes au pas gymnastique, jeta, au bon moment, sur le champ de bataille, une brigade qui sauva fort à propos la garde impériale. On peut donc dire qu'il contribua, [mur une bonne part, au succès de la bataille, qui, sans lui, aurait pu se trouver compromis.

C'est à Magenta que Canrobert perdit un de ses meilleurs amis, dont il avait fait son chef d'état-major., le colonel de Senneville.

Empruntons à l'ouvrage de M. Georges de Sainte-Anaïs les considérations et le magnifique récit que voici :

« La guerre que le Second Empire entreprit pour la cause de l'unité italienne, dit-il, fut une des plus grandes fautes de sa politique. En favorisant la formation de puissantes nationalités, la France se préparait des rivales qui pouvaient devenir un jour de redoutables ennemies. Réduit à ses seules forces, le petit roi de Sardaigne eût vu ses ambitions facilement écrasées sous la puissance de l'Autriche. La France eut le tort de lui prêter le prestige de son nom, et de verser pour lui le sang de ses soldats.

o L'armée sarde était si peu importante, qu'en réalité la guerre eut lieu entre Autrichiens et Français.

« Napoléon III commandait en personne.

« Depuis le commencement de la campagne, nous axions livré quelques combats heureux, quand s'engagea, un peu au hasard et comme d'elle-même, une grande action, qui fut à la fois un péril et une gloire pour nos armes.

« C'était le 4 juin 1859. L'Empereur avait décidé que l'armée tout entière passerait le Tessin. Tout près de non-, sur la rive gauche, 125,000 Autrichiens gardaient la route de Milan, sous les ordres du feld-maréchal Giulay. Mac-Mahon, avec le 2 corps et une division delà Garde, avait reçu l'ordre de se porter un peu au nord ; et il formait l'aile gauche de l'armée.

« La Garde impériale occupait le centre. Elle franchit la rivière. Mais en face d'elle étaient massées des forces considérables qu'elle ne soupçonnait pas et qui la mirent en péril. Des officiers

d'état-major partirent dans toutes les directions, vers le maréchal Canrobert et le général Niel, qui étaient encore assez loin sur la droite. Il faNail à tout prix hâter leur arrivée, car, écrasée par le nombre, la Garde faiblissait. De tous côtés arrivaient à l'Empereur de lamentables messages. Le général de Wimpfen lui faisait dire qu'il ne pouvait plus se maintenir; le général Picard annonçait qu'il allait être tourné; Saint-Jean d'Angély lui-même dépêchait son chef d'état-major pour prévenir qu'il était obligé de battre en retraite, -i on ne lui envoyait du secours.

« Dites-lui que je n'ai personne, répondit trisce tement l'Empereur. Mais qu'il tienne avec le peu « de monde qui lui reste. »

« Enfin parait la division Viney, du 4" corps. Elle se précipite au pas de course. Les vaillants soldats de Saint-Jean d'Angély, déjà décimés par la mort, poussent, en l'apercevant, des exclamations d'enthousiasme. Mai- des renforts arrivent aussi à l'ennemi. Le combat est acharné. Le village de Ponte-Veeehio est pris et reperdu sept fois.

« Depuis quatre heure.-, les Français luttaient un contre vingt. Les Autrichiens se tenaient pour assurés de la victoire; leur général en chef envoyait à l'empereur, son maître, dépêche sur dépêche, pour lui annoncer son triomphe et notre défaite.

Tout à coup, on entend gronder le canon au loin sur la gauche. L'écho apporte le bruil strident de la fusillade qui redouble à chaque instanl d'intensité. C'est Mac-Mahon qui se précipite sur

Magenta. Les Autrichiens sont obligés de diviser leurs forces pour courir à lui; la Garde est sauvée et tout change.

« Mac-Mahon était resté sans nouvelles de

Page 1