‹ Le Maréchal CanrobertChapitre 24 sur 33 · PROCLAMATION DE NAPOLÉON" III · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DE NAPOLÉON" III

« 20 juillet 1870.

« Français,

« Il y a dans la vie des peuples des moments solennels où l'honneur national violemment excité s'impose comme une force irrésistible, domine tous

les intérêts et prend seul en main la direction des intérêts de la patrie. Une de ces heures décisives vient de sonner pour la France.

« La Prusse, à qui nous avons témoigné, pendant et depuis la guerre de 1866, les dispositions les plus conciliantes, n'a tenu aucun compte de notre bon vouloir et de notre longanimité ; lancée dans une voie d'envahissement, elle a éveillé toutes les défiances, uécessité partout des armements exagérés el t'ait de l'Europe un camp où règne l'incertitude et la crainte du lendemain. Un dernier incident est venu révéler l'instabilité des rapports internationaux et montrer toute la gravité de la situation. En présence des nouvelles prétentions de la Prusse, nos réclamations se sont fait entendre. Elles ont été éludées et suivies de procédés dédaigneux. Notre pays en a ressenti une profonde irritation, et aussitôt un cri de guerre a retenti d'un bout de la France à l'autre, il ne nous reste plus qu'à confier nos destinées an sort dt^ armes.

« Nous ne faisons pas la guerre à l'Allemagne dont nous respectons l'indépendance. Nous faisons des vœux pour que les peuples qui composent la grande nationalité germanique disposent librement de leurs destinées.

« Quant à nous, nous réclamons l'établissement d'un état de choses qui garantisse notre sécurité et assure l'avenir. Nous voulons conquérir une paix durable, basée sur les vrais intérêts du peuple et faire cesser un état précaire, où toutes les nations emploient leurs ressources à s'armer les unes contre les autres. Ce glorieux drapeau

que nous déployons encore une fois devant ceux qui nous provoquent est le même qui porta à travers l'Europe les idées civilisatrices de notre grande Révolution. Il représente les mêmes principes ; il inspirera les mêmes dévouements.

« Français,

« Je vais me mettre à la tête de cette vaillante armée qu'anime l'amour du devoir et de la patrie. Elle sait ce qu'elle vaut, car elle a vu dans les quatre parties du monde la victoire s'attacher à ses pas.

« J'emmène mon fils avec moi ; malgré son jeune âge il sait quels sont les devoirs que son nom lui impose, et il est fier de prendre sa part dans les dangers de ceux qui combattent pour la patrie. Dieu bénisse nos efforts ! Un grand peuple qui défend une cause juste est invincible.

« Napoléox. »

Canrobert commandait l'armée de Paris au moment de la déclaration de guerre. Les mesures prises lors de l'enterrement de Victor Noir amenèrent à lui une partie de la défaveur qui s'attachait au régime. On sait qu'on le désigna sous le nom de maréclial R'ran. Aussi, à la déclaration de guerre, lorsqu'il fut chargé d'organiser les mobiles de Paris au camp de Châlons, se vit-il l'objet de manifestations hostiles de la part de ces soldats improvisés. Il sollicita alors la faveur de

prendre le commandement d'un corps d'armée à la frontière, et, alla servir sous les ordres de Ba- /aine, plus jeune de grade, dont les services étaient bien moins éclatants que les siens, niais qui passait, -aux yeux de l'opposition, pour un général de grande valeur. Cette abnégation fut un malheur pour le pays.

Les hostilités s'engagèrent, le 2 août, à Sarrebruck. Le 4, eut lieu la bataille de Wissembourg où tut tué le général Abel Douay.

Le 6, le corps de Mac— Mahon fut défait à Frœschwiller (1). Cette défaite ne fut pas sans gloire.

Il s'y passa des actes d'héroïsme que l'histoire a enregistrés avec orgueil. . Qu'il nous soit permis d'en citer un des plus beaux :

« Le 6 août 1870, le 96e régiment d'infanterie, qui était en réserve, reçut, vers onze heures du matin, l'ordre de se porter en avant, sur la droite de la route qui conduit à Frœschwiller. Après avoir dépassé les mitrailleuses qui étaient sur le bord de la roule, le colonel lit marcher le régiment en bataille, et l'on conserva cet ordre, à travers les champs et les houblonnières, jusqu'à ce qu'on fût parvenu sur un coteau. Là, le régiment se scinda: le 1er bataillon se dirigea sur la gauche et ne tarda pas à être engagé.

« La 4e compagnie du 1er bataillon, se trouvant exposée à un feu très meurtrier, partit au pas de course et s'embusqua dans un bois qui paraissait

(1) On a aussi donnr à eettu bataille le nom de bataille de Reischoffen.

être l'objectif d'une troupe ennemie. Déployée en tirailleurs, la compagnie soutint pendant un instant les efforts de cette troupe qui, malgré un feu nourri dirigé sur elle, menaçait toujours. Enfin, notre ligne est obligée de rétrograder. Elle a à peine fait deux cents pas en arrière, que le colonel de Franchessin, à pied, la tunique déboutonnée, la cravate lâche, et sans armes, arrive au milieu d'elle. Sou calme et son intrépidité relèvent le courage des hommes; personne ne songe plus à battre en retraite en présence d'un chef qui brave la mort avec autant de sang-froid. Le colonel s'élance nu-devant de la compagnie et s'écrie : « A moi, nies enfants, à la baïonnette; courage! »

« L'élan était donné ; mais une véritable grêle de balles ne tarde pas à arrêter les hommes qui tombent les uns sur les autres. La compagnie décimée s'arrête, épouvantée des pertes qu'elle vient d'éprouver en quelques minutes. A cet instant, le colonel se retourne, et voyant l'hésitation des hommes, crie pour la seconde fois: « A « moi, à la baïonnette ! » Au même moment, une balle le frappe au pied gauche, qui est troué de part en part. Il s'adosse à un arbre, et s'appuyant sur l'épaule du caporal Fournier, qui se trouvait près de lui, il fait retirer sa botte gauche ; et, malgré la douleur, il continue à marcher appuyé sur le caporal.

«. A quelques pas plus loin, une nouvelle balle l'atteint au côté gauche, à 10 centimètres du sein; à peine avait-il dit : « Je suis mortellement blessé », qu'une troisième balle le frappait encore en pleine

poitrine. Malgré ces trois blessures, et avec un courage surhumain, il continuait à crier : « En avant ! En avant ! »

« Le brave colonel, emmené malgré lui sur les derrières par le caporal Fournier, aidé de deux hommes, reçut encore une autre balle dans l'omoplate, et mourut quelques instants après, en arrivant à une des premières maisons du village (1) »

Le 9 août, commença l'investissement de Strasbourg. Enfin, le 12, le maréchal Bazaine fut nommé, par l'Empereur, commandant en chef de l'armée du Rhin. Metz se trouva enveloppé par trois années allemandes et autour de la place commencèrent de grandes opérations militaires.

(1) Extrait de l'Historique 'lu 96' régiment d'infanterie.

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