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LE COMBAT DE LADONCHAMPS

Canrobert et les cuirassiers après Saint-Privat. — Le combat de Ladonchamps raconté par le maréchal. — L'héroïsme des troupes. — La lutte.

Quand il haranguait les troupes, Canrobert savait, comme Napoléon Ier, trouver la phrase nette, la parole chaude qui faisait éclater l'enthousiasme et allumer dans les cœurs des soldats la flamme de l'héroïsme.

Au lendemain de la bataille de Saint-Privat, un jour que Canrobert passait en revue quelquesuns de ces magnifiques escadrons de cavalerie, dont la France était si justement fière, il interpella en ces termes les cuirassiers et les dragons :

« Vous êtes des boulets vivants que je lance à ma volonté ! »

Le dernier engagement sérieux auquel prit part l'armée du Rhin, devant Metz, fut le combat de Ladonchamps, si honorable pour nos armes et si

bien conduit par le maréchal Canrobert, qui eut l'honneur de la journée.

Devant le Conseil de guerre, jugeant la capitulation de Metz, le maréchal Ganrobert a ainsi raconté lui— même ce fait d'armes qui fut pour lui un nouveau titre de gloire (1) :

« Je fus chargé, a dit le maréchal, de me porter en avant sur la rive gauche de la Moselle, et d'occuper depuis les Ma xes jusqu'en avant de Sainte- Agathe, du côté de Bellevue. Nous enlevâmes les avant-postes prussiens, nous rejetâmes en arrière leurs postes d'appui, qui ne laissèrent pas de résister très énergiquement, et nous fîmes encore là un fourrage assez utile. Après nous être emparés de tout ce que nous punies découvrir, nous revînmes, poursuivis par les boulets et les obus de l'ennemi, non sans être autrement inquiétés. De mon côté, ce n'était pas excessivement grave, mais, en même temps (pie cette opération du (5e' corps avait lieu, une autre affaire s'était engagée du coté du général Frossard et du maréchal Le Bœuf, je veux parler du combat qu'on appelle le combat de Peltre, qui fut très sérieux et qui réussil parfaitement.

« Lorsque nous rentrâmes dans nos lignes, l'ennemi, furieux d'avoir été surpris et, bien plus, d'avoir été battu de tous les côtés, s'en prit aux malheureux paysans et à leurs pauvres baraques; il mit le feu à Peltre, incendia les Maxes, el, pen-

(,li Comme Bazaine, a raconté un témoin, Canrobert a tenu à hon neur de paraître devant le Conseil avec sa tunique érafléepar les balles et ses épaulettes noircies par la poudre à Saini-Privat.On sent que,sous ce vieil

uniforme, bat le cœur d'un admirable soldai,.!.», m [es services s. un des plus glorieux.

dant toute une nuit, nous eûmes le spectacle de cet incendie. (1) Après cette affaire, que nous avons appelée l'affaire des Maxes, eut lieu, le 7 octobre, le grand combat de Ladonchamps (2). Nous étions installés au château qui porte ce nom, lorsque le maréchal commandant en chef nous donna l'ordre de nous porter en avant, du coté des Grandes et des Petites-Tapes ; ce sont des villages qui sont situés beaucoup plus en avant de la Moselle que Ladonchamps. LA, nous développâmes beaucoup de forces. M. le maréchal ayant compris que pour mareher dans la vallée, il fallait que les hauteurs, à droite et à gauche, fussent occupées, il prescrivit donc à M. le maréchal Le Bœuf de s'avancer à droite, et à M. le général Ladmirault de s'avancer à gauche, en détachant des troupes en nombre suffisant pour tenir en respect les batteries ennemies qui pourraient nous prendre de flanc et d'écharpe.

« Pour moi, je marchais à la tète de mes troupes, auxquelles était venue se joindre la division des voltigeurs de la garde, qui se développa avec un calme, un sang-froid, un courage extraordinaire- ; cette division s'avança vers l'ennemi, malgré un triple feu croisé qui lui venait de tous les cotés ; on n'avait pas pu empêcher l'action des batteries ennemies, qui étaient beaucoup trop loin pour que l'on pût arriver jusqu'à elles ; et leurs boulets avaient une telle portée, qu'ils venaient prendre de tous cotés ces malheureux voltigeurs.

(1) Voir notre livre les Sœurs des hôpitaux et le Clergé pendant la guerre.

(2) La Capitulation de Met;, affaire Bazaine, 1" Conseil de guerre, audience du 18 novembre 1872.

Ceux-ci s'avancèrent néanmoins jusque sur les tranchées prussiennes, s'en emparèrenl et prirenl environ 600 mi 700 hommes, qu'ils ramenèrent prisonniers.

« A droite, où était le général Gibon, ce vaillant homme qui fut blessé mortellement dans cette affaire, on s'empara de Bellevue, de Sainte-Anne ; on prit une ou deux batteries, qu'on ne put pas ramener faute de chevaux pour les traîner ; puis, on s'occupa immédiatement de se retrancher afin de pouvoir opposer, au cas d'un retour offensif de l'ennemi, une résistance sérieuse.

« Le feu de l'artillerie ennemie faisait rage de tous cotés, et, malheureusement, nous ne pouvions pas lui répondre, parce que nous étions dans le bas; d'ailleurs, notre feu était divergent, tandis que celui des Prussiens était convergent.

« Nous restâmes dans la position jusqu'à cinq heures; à cette heure, M. le maréchal nous envoya Tordre de battre en retraite. Les troupes se retirèrent, toujours suivies par les boulets et la mitraille de l'ennemi, et elles arrivèrent avec le plus grand ordre jusque dans nos lignes, du côté de la Maison-Rouge et de la Grange-aux-Dames. Dans cette affaire, nous avons eu de très grandes pertes, à peu près 1,250 hommes tués ou blessés, dont trois généraux. L'ennemi reçut une très rude leçon, mais, malheureusement, nous ne pûmes pas profiter du train des équipages ni des voitures qu'on avait fait sortir pour s'emparer des ressources qu'on disait exister dans les Grandes et les Petites-Tapes, parce que l'artillerie ennemie ne permit pas a ces

voitures d'arriver jusque-là. J'ai vu, du reste, le soir même, qu'il ne restait plus rien dans ces positions, et que, depuis longtemps, l'ennemi s'était emparé de tout ce qui s'y trouvait.

« Voilà pour le combat de Ladonchamps, qui a été le dernier éclair de courage de cette armée, et qui a été parfaitement honorable. L'ennemi a luimême rendu justice au courage et à l'élan qu'on avait déployés; car, je le répète, sous un feu excessivement violent et plongeant de trois côtés, nos soldats se sont emparés de près de 700 hommes qu'ils ont ramenés... »

Voilà quel fut le rôle militaire de Canrobert à MHz et ce rôle fut toujours chevaleresque. Le seul reproche que l'histoire adresse à Canrobert, c'est de n'avoir pas su opposer son activité à l'inertie de ses chefs, de ne s'être pas fait, dans le tumulte, le porte-parole indiqué de ces généraux et de ces colonels qui voulaient la marche en avant. La discipline ainsi comprise engendre des catastrophes. Ce grand et fier soldat, si admirable au feu, capable de décisions promptes une fois In bataille engagée, était dans les conseils d'une timidité et d'une indécision invraisemblables. Placé sous les ordres d'un généralissime entreprenant, Canrobert eût accompli des merveilles et peut-être ramené la victoire sous nos drapeaux. Véritable lion au feu, Canrobert devenait dans les réunions le plus assagi et le plus pacifique des hommes.

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