‹ Le Maréchal CanrobertChapitre 28 sur 33 · CANROBERT HOMME POLITIQUE · texte numérisé non relu

CANROBERT HOMME POLITIQUE

Le rôle joué par le maréchal Cànrobert au point de vue politique. — De retour de captivité. — Au Conseil supérieur de la guerre. — Cànrobert sénateur. — Les discussions au Sénat. — ■ Les discours du maréchal.

Avant d'entrer dans quelques détails, disons, d'une façon sommaire, quel a été le rôle joué par le maréchal Ganrobert, depuis 1870, au point de vue politique.

A son retour de captivité, Thiers accueillit favorablement le maréchal, le nomma membre du Conseil supérieur de la guerre (3 octobre 1872), et lui permit, sur sa demande, en janvier 1873, d'aller assister en Angleterre aux funérailles de Napoléon III. Mais le maréchal Ganrobert, déçu, a-t-on dit, dans son espoir d'être appelé au commandement de l'armée de Paris, se retira avec éclal du Conseil supérieur en juin 1873.

Plusieurs propositions qu'il avait cru devoir décliner lui avaient été déjà faites en vue d'une candidature dans le département du Lot. Le 30 jan-

vier 1876, il accepta d'être, dans ce département, le candidat des conservateurs aux: élections poulie Sénat.

Canrobert, que la presse de droite s'était plu à représenter comme l'ami du maréchal de Mac- Mahon, président de la République et le vrai représentant de sa politique, fut élu au second tour de scrutin, le 1er sur 2, par 312 voix sur 386 Alitants.

Au Sénat, Canrobert se mêla fréquemment aux discussions militaires, notamment à celles sur le service des aumôniers et sur la loi d'organisation de l'armée (novembre 1876).

Il vota, en juin 1877, la dissolution de la Chambre.

A peine remis d'une longue maladie, le maréchal Canrobert fut officiellement chargé, en 1878, de représenter le gouvernement aux obsèques du roi d'Italie, Victor-Emmanuel.

Le 9 novembre 1877, le maréchal fut de nouveau nommé sénateur. Il reprit sa place à la Chaud >re haute, ne prenant, d'ailleurs, que très rarement la parole et toujours sur des questions techniques intéressant l'armée. Il se prononça contre les projets de loi sur l'enseignement, contre l'article 7, contre la réforme de la magistrature, contre l'expulsion des princes, contre le divorce.

Le 6 janvier 1885, il fut réélu sénateur de la Charente par 490 voix. Il se montra de nouveau le défenseur de l'ancienne organisation militaire. En 1888, il combattit dans le détail et repoussa, dans son ensemble, la nouvelle loi sur l'armée.

C'est au Sénal que le maréchal Canroberl a su montrer qu'il savait non seulement être un bon et brave soldat, mais encore un vériîable législateur des questions militaires, et même un administrateur prévoyant et clairvoyant. Nous en trouvons la preuve dans la séance du -Sénat, à la date du 16 novembre 1876.

On discutait le projet de loi relatif à l'administration de l'armée, projet de loi très important où il était surtout question de l'intendance et du service de santé militaire. C'est à ce sujet que le maréchal demanda la parole ; il avait vu les médecins militaires à l'œuvre dans les combats où il avait combattu, et il savait par expérience que, malgré tout leur bon vouloir, ils ne pouvaient taire tout le bien qu'ils auraient désiré taire. Ce discours que nous reproduisons moutre, une t'ois de plus, un des côtés de la belle âme du vaillant maréchal, qui ne pensait nullement s'abaisser en s'intéressant si sincèrement à la santé des soldats qui lui ont toujours été si chers.

Voici le beau discours du maréchal:

« Je commence par vous dire que je donne mon approbation la [dus complète aux trois principes qui forment la base de ce projet, et dont l'éminent rapporteur vous a donné une justification (jue j'ai trouvée parfaitement lucide, quoique je ne partage pas toutes ses opinions dans la pratique.

« Ces trois principes sont : l'autorité du commandement sur l'administration, l'indépendance du contrôle et l'indépendance absolue des médecins militaires en ce qui concerne l'art de guérir.

« Il n'est pas possible de ne pas accéder à de tels principes et, quant à moi, j'avoue que je ne comprends pas qu'il ait fallu une loi pour édicter cette règle que le commandement doit avoir la haute main sur l'administration; il n'est pas possible d'admettre le contraire quand on la trouve dans le projet.

« Il y ;i un point dont il faut que je vous parle :

« Ce commandant de corps d'armée, en dehors de toutes 1rs attributions que vous lui avez conférées, a des devoirs multiples à remplir.

« Il faut non seulement qu'il s'occupe de l'instruction, qui est tout à fait nouvelle, — autrefois nous faisions la guerre d'une façon, aujourd'hui ou la fait d'une autre, — mais il faut qu'il s'occupe aussi de l'approvisionnement, qu'il s'assure de la discipline, qu'il surveille tous les services, qu'il se livre aux études stratégiques et tactiques, et vous voulez encore qu'il soit ohligé de se consacrer à des détails directs d'administration ? Vous voulez en faire un intendant, un artilleur, un ingénieur, un médecin1? Ce n'est pas possible! Il doit planer au-dessus de tout cela,

« Le chef de corps d'armée doit « à tout ins- « tant » savoir s'il a tout sous la main, dans les services qui .-ont à ses ordres, ce qui est nécessaire pour faire fonctionner son corps d'armée et exiger qu'on le lui donne : voilà la vérité. Le reste ne le regarde pas. Le ministre de la guerre, par exemple, dit au commandant du corps d'armée : « Ave/-

ça

« vous tout ce qu'il vous faut pour partir ? » Ce commandant répond : « Oui, j'ai tant de paires de « souliers, tant d'approvisionnements de telle où « telle nature. — Mais non, vous n'avez pas tout a ce qu'il vous faut, répond le ministre ; il vous « manque tels et tels articles. Pourquoi ne me l'avez- « vous pas dit ? » Alors, on se retourne vers les intendants, vers les chefs du service du génie, du service de l'artillerie, de santé, et on leur demande ce qui fait défaut.

« Le contrôle a lieu toujours de la même façon, et l'on finit ainsi par obliger le commandant de corps d'armée à être bien assuré de tout ce qui lui est nécessaire pour marcher.

« Mais de là à en faire un administrateur, il y a bien loin ; et permettez-moi de vous dire qu'il n'est pas nécessaire qu'un chef d'armée soit un réel administrateur, il ne le sera jamais ; il n'aurait d'ailleurs pas le temps de l'être. Mais il est indispensahle qu'il sache obtenir le nécessaire de l'administrateur, et le véritable homme de guerre est rarement un administrateur. Mais, je le répète, il doit connaître les diverses ressources de l'administration, les exiger et les employer.

« Maintenant, je passe aux médecins. Permettez-moi de dire que personne n'a pour les médecins militaires des entrailles plus fraternelles, je pourrais dire plus paternelles que moi ; je les ai vus dans bien de cruelles circonstances et toujours donnant l'exemple du dévouement, de l'abnégation et payant de leur personne, à tel point qu'en Cri-

mée, — c'est déjà bien loin, Messieurs, — après l'infanterie, qui est toujours le corps le plus éprouvé, ce sont les médecins <[ui ont en le plus de monde, non pas tué, ce n'est pas leur affaire, mais mort dans les hôpitaux. Ce n'est pas ;'i dire que l'intendance, qui est dans ce moment leur rivale, n'ait pas droit à tous les égards, à loute confiance. Vous connaissez connue moi la façon dont elle se recrute. Ce sont des officiers d'élite de nos régiments, qui, à la suite d'examens extrêmement sérieux, sont admis dans l'intendance. Voilà doue un corps qui offre des garanties de moralité que je mets au-dessus de tout, et en même temps des garanties d'habileté, de sagacité.

« Quand ils commencent leur- service, ils ne savent peut-être pas ce qui est nécessaire, mais quand ils ont cinq, dix et jusqu'à vingt ou trente ans de pratique, vous devez bien penser qu'ils sont plus aptes administrativement qu'un général, quel que soit d'ailleurs son zèle et s<>n intelligence. Allez-vous les amoindrir, les mettre, pour ainsi dire, sous le boisseau? Non, n'est-ce pas? Il faut leur conserver une grande surface, une salutaire autorité administrative ; autrement, c'est encore vous, permettez-moi de le dire, qui payerez les conséquences de leur amoindrissement.

« Pour les médecins, — il y en a ici quelques-uns qui m'entendent, — quand j'ai eu l'honneur d'être général en chef, quoiqu'ils fussent sous les intendants, j'avais pour principe de toujours les consulter au point de vue de l'hygiène, de leur laisser la latitude la plus absolue pour soigner

les malades, pour les guérir et pour prévenir les maux. J'espère que ceux qui commanderont plus tard agiront de même.

« Permettez-moi, à ce propos, deux citations qui pourront peut-être éclairer votre religion à ce sujet. En Crimée, nous av >ns eu beaucoup de maladies, entre autres le typhus, qui est bien plus terrible que le choléra, qui nous avait aussi atteints. Quand le mal s'était jeté dans une tente ou dans une baraque, il y tuait tout le monde; il n'épargnait personne, c'était une affaire de jours. Le médecin en chef, homme dévoué, qui est mort depuis et qu'on appelait Scrive, avait fait des observation- que l'on n'avait pas écoutées comme il l'aurait voulu. Il vint me trouver.

« Que voulez-vous faire ? lui demandai-je . . . « Changer les tentes, les baraques? Ce sera fait « ce soir. »

« Depuis lors, le typhus diminua sensiblement, sans cependant disparaître tout à fait, mais grand nombre de mes pauvres soldats échappèrent à la mort !

« C'est ainsi que nous agissions en Crimée ; — je suis bien obligé de parler de moi puisque j'y étais. — J'avais donné l'ordre, en passant par-dessus l'intendant ; il ne s'en était pas formalisé : c'êtail un la-ave homme qui comprenait les exigences de notre situation (1).

(1) Desgenbites (1773-1837, né à Alençon), médecin en chef del'armée d'Egypte, adressant une circulaire aux médecins sous ses ordres, leur disail : « Nos fonctions aux armées ne se borneni point à traiter les malades ; nous devons constamment surveiller ce qui peut assurer la santé des militaires. »

« A Constantinople, où j'envoyais nies blessés et mes moribonds, on était inondé de malades. Je vous effrayerais si je vous en disais le chiffre. C'était une véritable armée de malades. La pauvre Turquie avait fait tout ce qu'elle avait pu : elle avait donné des tentes, des baraques, des chalets..., tout ce qui était possible pour remettre nos chers malades.

« C'était, je crois, à Dolma-Bagtché où il y avait, dans un immense hôpital, 3 ou 4.000 de ces malheureux qui mouraient par centaines. Le médecin inspecteur, homme très habile et fort dévoué, que beaucoup d'entre nous ont connu, M. Baudens, — demanda qu'on ôtât les malades de cet hôpital et qu'on les dispersât sur plusieurs autres points.

« Il obéissait à un sentiment d'humanité et d'expérience. L'intendant ne crut pas pouvoir le faire. Pour moi, j'étais bien loin ; je n'ai pas su cela ; mais, à coup sûr, si j'avais été là, j'aurais ordonné qu'on le fît immédiatement et j'aurais apporté une grande amélioration à la santé de nos soldai.-.

« Je rappelle <•<■ l'ait pour vous montrer que le médecin militaire doit être le maître absolu dans tout ce qui peut l'aider à soigner, à guérir et à prévenir les maladies.

« Mais ne le faites pas descendre de ce piédestal, qu'il n'aille pas compter les chemises et les draps. Il le ferait mal, ce n'est pas son affaire, et le temps qu'il y consacrerait serait mieux employé s'il soignait ses malades. »

Voici la conclusion de ce beau discours:

« Le général, je rie puis trop le répéter, ne doit ni ne peut s'occuper <\e> moyens, des détails. Non, c'est impossible.

« Laissez cette besogne à ceux qui en sont spécialement chargés, et dont toute la vie se passe à remplir celte mission, et non au général en chef qui n'en a pas l'habitude, l'aptitude, ni même le temps, quelque intelligent et actif qu'il puisse être.

ci Notre honorable président, à la fin de son éloquent discours, a rappelé la vigueur avec laquelle les soldats de notre pays, les soldats de l'armée française, se sont battus à Gravelotte et à Saint-Privat, et il a ajouté: « Dieu veuille que « nos enfants se battent un jour, s'ils y sont for- « ces, avec le même courage ! »

Je n'ai pas besoin de dire qu'il est aussi convaincu que nous le sommes tous que nos enfants se battraient, si, — ce qu'à Dieu ne plaise, — la défense du sol les y appelait, avec le même courage que leurs prédécesseurs.

« Seulement, je tiens à le remercier, au nom des morts et des survivants de ces deux terribles journées, de l'hommage qu'il leur a rendu devant vous, messieurs les sénateurs.

« Avec les corrections que je viens de signaler, je voterai le projet de loi, autrement, je m'abstiendrai.

« Et, je le répète, j'approuve de toutes mes

forces les trois principes : Autorité du commandement en chef surtoul ; dépendance complète du contrôleavec les modifications que j'ai indiquées el indépendance absolue des médecins militaires. »

Trois ans plus tard, le maréchal, qui avait été renommé sénateur pour la quatrième fois, prii de nouveau la parole au Sénat, le il décembre 1879. Il était, comme on sait, président de plusieurs commissions militaires qui siégeaient au ministère de la guerre, et cela depuis le gouvernement de M. Thiers.

On Taxait pris violemment à partie, disant que ses convictions politiques ne pourraient s'accorder avec cette présidence et on axait été même jusqu'à lui reprocher sa soi-disant participation au coup d'Etat de décembre 1851, fait par le prince Louis- Napoléon contre l'anarchie.

Voici comment le maréchal se détendit énergiquemenl contre ces accusations.

Son discours est à citer en entier, car il est un modèle du langage que doil tenir un maréchal de France, et honore le soldai en même temps que l'homme politique.

Voici ce discours :

« Messieurs les sénateurs, je vous fais mes excuses de venir occuper un instant votre atten-

tion ; mais je crois que le sujet eu vaut la peine, dans l'intérêt de l'armée, et ce qui touche aux intérêts de l'armée ne peut être que bien accueilli par le Sénat.

« Vous n'ignorez pas que des attaques très vives,' très violentes, ont été dirigées récemment contre le gouvernement, à l'occasion de mon maintien à la présidence de plusieurs commissions qui siègent au ministère de la guerre, commissions que j'ai, d'ailleurs, présidées depuis le gouvernement de M. Thiers.

<c Cette situation, je ne l'ai jamais demandée, jamais sollicitée, et M. le ministre de la guerre, ici présent, en est témoin. Si je l'ai acceptée, c'est par devoir, c'est guidé par l'intime conviction que, là encore, je pouvais rendre quelques services à l'armée.

« On a dit au gouvernement : Mais pourquoi conservez-vous donc au maréchal Canrobert la présidence de ces commissions? Vous savez bien qu'il vous fait de l'opposition, vous savez qu'il nous est hostile !

« Permettez, Messieurs, comme soldat et comme chef militaire, je n'ai pas le droit de faire de l'opposition au gouvernement. Comme soldat et comme maréchal de France, mon opinion c'est le service de mon pays, c'est l'obéissance à ses lois.

« Mais comme citoyen français et comme sénateur, j'ai, ainsi que nous tous, le droit d'avoir mes convictions personnelles ; mon opinion est bonne ou elle est mauvaise; je la crois lionne, moi, mais jamais je n'ai cherché à l'imposer à d'autres.

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Cette opinion, Messieurs, c'est la conviction d'un honnête homme, qui peut se tromper, mais qui est de bonne foi: je conserve la religion des souvenirs pour de grandes infortunes, et vous avez trop d'élévation dans l'âme pour m'en blâmer.

« Je le répète en me résumant sur ce point, je ne fais point d'opposition au gouvernement et ne tolérerais pas que l'on en fît sous mes ordres, si j'exerçais un commandement.

« Maintenant, on a allégué trois griefs pour reprocher au ministère de me maintenir dans mes fonctions.

« La principale des commissions que j'ai l'honneur de présider, Messieurs, c'esl celle composée des dix-neuf commandants des corps «l'armée, du gouverneur de Paris et du major général du ministère de la guerre, commission chargée, non pas, comme on l'a dit, de distribuer l'avancement aux officiers de l'armée, ce qui appartient exclusivement au ministre de la guerre, mais de former le tableau d'avancement.

« Ces tableaux, nous les faisons, ai— je besoin de le dire, le plus équitablemenl que nous le pouvons, en nous basant sur les deux seuls vrais principes de tout avancement militaire : récompenser les services rendus el encourager les services à rendre en établissant, entre ces deux termes, la proportion que la longue pratique du commandement apprend à déterminer.

« Je demande à M. le Ministre de la guerre qui m'écoute et qui, lui-même, a pris quelquefois part à mes travaux comme major général, si nous

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n'avons pas toujours procédé comme je viens de le dire, ei si jamais, au grand jamais, nous nous sommes laissé diriger par des considérations étrangères au service militaire.

« Et pour qui donc nous prend-on? nous qui sommes arrivés au sommet de la hiérarchie militaire par de longs et laborieux services rendus au pays, lorsqu'on paraît mettre en doute notre impartialité, en laissant entendre que des considérations politiques peuvent influencer des appréciations qui ne doivent pas sortir du domaine militaire.

« Cela n'est pas admissible !

« L'armée ne doit pas s'occuper de' politique..., et j'espère bien que jamais elle ne s'en occupera, car le jour où la politique entrerait dans l'armée, je vous le dis dans toute la sincérité de mon âme, ce jour-là précéderai! de bien peu celui de sa destruction, et vous savez, Messieurs, ce qui s'ensuivrait.

« Maintenant, Messieurs, il est un autre sujet bien délical que je vais toucher; mais les attaques dont j'ai été l'objet me conduisent à l'aborder. On a dit de moi: Le maréchal Canrobert a été un des coopérateurs du coup d'État du 2 décembre 1851. Mon Dieu, Messieurs, ce coup d'État, je n'ai pas à l'apprécier ici, il est entré dans le domaine de l'histoire.

« Je vous parle en soldat, car, à cette heurelà, c'était mon seul rôle...

« Je n'en parlerais certainement pas si l'on ne m'y avait provoqué, même du haut d'une autre tribune, crovez-le bien, Messieurs; dans le cours

de ma longue carrière, j'ai toujours pris pour principe: « Fais ce que dois, advienne que pourra. » Et jamais je n'ai décliné la responsabilité de mes actes. Mais vous me permettrez de n'accepter que la responsabilité qui doit m'appartenir. Je n'avais au 2 décembre nue le grade de général de brigade. Eh bien, je vous affirme ici que je ne connaissais d'avance ni la préparation ni l'exécution de l'acte dont il s'agit.

« Si c'était le contraire qui fût vrai, je vous le dirais de même, car je ne sais pas dissimuler la vérité.

« Mais on pousse plus loin les accusations, et l'on me reproche d'avoir commandé le feu qui, au 4 décembre, a ensanglanté les boulevards. Eh hien, Messieurs, la seule part prise par moi dans ce feu, c'est de l'avoir fait cesser dès que j'ai pu y parvenir, car le clairon qui, à côté de moi, faisait par mon ordre la sonnerie : « Cessez le feu », est tombé mort a mes pieds, frappé d'une halle qui, certainement, ne lui était pas destinée.

« Jamais, jusqu'à présentée n'ai daigné descendre à repousser publiquement ces imputations; mais il faut enfin que la vérité soil dite, et je ne puis trouver une meilleure occasion de la dire qu'en ce moment où je suis entraîné à en parler' devant cette grande Assemblée.

« Eh hien, Messieurs, la vérité sur ces événements, c'est que ce feu, absurde au point de vue militaire, inutile et très dangereux pour ceux qui l'exécutaient, n'a été commandé par personne; tous les officiers

qui ont opéré avec des jeunes troupes faciles à s'émouvoir devant des cris tumultueux accompagnés de quelques coups de fusil, comprendront ce que je dis ici, parce qu'ils savent très bien que l'on ne fait pas tirer (\t>< troupes formées en colonne serrée et qu'il arrive, dans certains moments, que les troupes tirent sans commandement.

« Deux nuits encore, Messieurs et je termine. Dans une autre enceinte où l'on attaquait le ministère à cause, de mes fonctions de président de la commission de classement, un ministre — je crois qu'il est devant moi, — pour arrêter les critiques dont le gouvernement était l'objet, a jugé convenable de dire : « Le maréchal Canrobert n'est rien dans « l'armée rien qu'un maréchal de France. »

« Mon Dieu, Messieurs, je vous demande la permission de me contenter de ce titre. Pour le conquérir pas à pas et le conserver, j'ai parcouru pendant plus d'un demi-siècle les divers champs de bataille de notre époque. Il est pour- moi rai immense honneur, cor il me permet d'attacher à mon nom, à mon honnête nom de soldat, le grand nom de la France ! De la France, à laquelle j'ai voué toute ma vie et à laquelle j'espère consacrer encore mes derniers jours. »

A la fin de ce discours, le maréchal Canrobert fut salué de vifs applaudissements.

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