‹ Le Maréchal CanrobertChapitre 6 sur 33 · COMBATS ET VICTOIRES · texte numérisé non relu

COMBATS ET VICTOIRES

En route pour Zaatcha. — La prise de Zaatcha. — La bravoure de Canrobert. — Bravoure légendaire. — Sur la brèche. — La prise de Bouza- Zian. — A Narah. — Le colonel Canrobert nommé général.

En allant à Zaatcha, Canrobert se trouvait en route clans une atroce position.

Le choléra s'étaii abattu sur sa colonne et lui enlevait cinquante hommes par jour. Avec un effectif déjà assez faible, il en avait à peine pour six semaines.

Toiil à coup, il se trouve en présence de six mille Arabes qui lui barrent le chemin.

Comment faire pour passer '.

Le colonel avait un convoi chargé de mourants, des compagnies décimées, démoralisées; comment se battre avec cela?

Canrobert eut une superbe inspiration. Il demande les chefs ennemis.

Les chefs arabes accourent en parlementaires. Canrobert, d'un geste, leur montre son camp, les

cadavres bleuis des hommes, les corps livides des mourants; il les fait assisterai! râle d'agonie, il leur fait entendre les cris désespérés dont le camp est rempli.

Les Arabes pâlissent, s'arrêtent, ont peur.

Canrobert voit leur défaillance.

Alors, prenant une posture superbe, une main tenant, demi-ouverts, les pans de sa tunique, l'autre tendue vers les tombes huante.- qui attendent les victimes du choléra, il dit aux chefs épouvantés :

« Allez dire à vos troupes qu'elles m'ouvrent un large passage, car j'apporte la peste dans les plis de mon manteau. »

Les cheiks s'enfuirent. Une heure après, le passage était libre et Canrobert continua sa route.

Il fallait se décider à prendre Zaatcha.

Dans la nuit du 25 au 26 novembre 1849, les chefs de corps réunirent leurs officiers et leur communiquèrent les ordres du général Herbillon ; les trois brèches, à [jeu près praticables, devaient être abordées par trois colonnes, pendant que le commandant Bourbaki, se plaçant en dehors du point d'attaque, intercepterait les communications de la place avec le dehors et faciliterait, par une diversion, les opérations des colonnes d'assaut. Les bataillons désignés pour cette dernière manœuvre, pris parmi les plus renommés de l'armée de siège, furent réduits à trois cents hommes.

Les chefs qui les commandaient 'étaient, raconte

M. Perret dans ses Récits algériens, dignes de cette tnmpe ; c'étaienl le colonel Canrobert, dont la bravoure était légendaire dans toute l'Afrique, el lés colonels de Barrai el deLourmel, qui, tous deux, (levaient finir si glorieusement, l'un en Kabylie, l'autre en Grimée.

La colonne Canrobert, destinée à l'attaque de la brèche de droite, la plus défendue, se composa de deux bataillons de zouaves, du 5e bataillon de chasseurs à pied et de cent grenadiers et voltigeurs choisis dans le 16e de ligne.

S'adressanl à ses zouaves un peu avant le signal, le chevaleresque Canrobert s'écria :

« Mes amis, souvenez— vous que, quoi qu'il arrive, il faut que nous montions sur ces murailles et que, si la retraite sonne, elle ne sonne pas pour les zouaves. »

Puis, mettant le sahre à la main, d'un geste superbe, il en jeta le fourreau au loin, en disant :

« Nous n'en avons pas besoin aujourd'hui. »

Pendant ce temps, Bouza-Zian, le chef des Arabes, appelait ses fidèles à la mosquée; dans ce ksour, dont les maisons et les édifices étaient ramassés dans un petit sspace, les Arabes n'avaient pas deux pas à faire pour regagner leurs postes de combat. Implacable dans sa haine, ce sombre fanatique voulut remplir jusqu'au bout les devoirs de ses fonctions à la fois religieuses cl guerrières; après une courte prière, il demanda à ses fidèles de se défendre jusqu'à la mort.

Tous prirent l'engagement devant Dien de se faire tuer jusqu'au dernier, ils ne devaient que trop tenir leur serment.

A sept heures du nudin, le 26 novembre, les tambours et les clairons de toute la colonne sonnèrent un formidable pas de charge. Avec un admirable sang-froid, le colonel Canrobert, calmant du geste ses zouaves, fit sortir de la sape un petit peloton de vingt-cinq hommes du 5e chasseurs à pied, sous le commandement d'un énergique officier, le lieutenant Liotel, pour s'emparer d'une maison à gauche de la brèche et faciliter le passage; puis il s'élança lui-même en tète de la colonne d'assaut, dont le commandement lui était confié. Les colonels de Barrai et de Lourmel firent de même sur les brèches de gauche et du centre. L'élan que ces trois hommes imprimèrent à leurs colonnes fut tel '[n'en quelques minutes ils arrivèrent au milieu de la ville : les coups de feu tirés des maisons à bout portant, les obstacles les plus redoutables et préparés de longue main, ne purent arrêter nos soldats. La colonne de Barrai fut retardée un instant par un ébranlement, mais ne tarda pas à venir donner la main aux deux autres.

La colonne de Canrobert devait rencontrer les plus grandes difficultés ; elle arrivait par la brèche la mieux défendue et dut cheminer à travers un dédale de ruelles. Son chef avait autour de lui seize volontaires qui s'étaient promis de ne pas le quitter : c'étaient des officiers et des sous-officiers de tous les corps de la colonne. Sur ces seize braves, douze furent tués ou blessés : quatre officiers, un d'étatmajor, un de zouaves et deux de spahis avaient de-

mandé à marcher aux côtés de Canrobert pour lui servir d'officiers d'ordonnance; deux d'entre eux furent tués et les deux autres blessés. Parmi les morts, se trouva le lieutenant de spahis Rosetti, qui avait eu un frère tué à la prise de la smalah. Derrière' le colonel marchait le 1er bataillon de zouaves, conduit par le commandant de Lorencez, le futur général des premiers temps de la campagne du Mexique, le petit-fils du maréchal Oudinot; Lorencez donnait à ses soldats le plus noble exemple, quand unu halle le renversa sur un tas de décombres.

Le plus fort était fait ; en moins d'une demi-heure, les rues et les terrasse- étaient entièrement occupées.

Bouza-Zian, ses deux fils et le mulâtre Moussa, avec leurs familles etquelques fidèles, s'étaient réfugiés dans la maison d'Ali-ben-Azong, le cheik français chassé de la ville. Il était réservé au commandant de Lavarande, chef du 2e bataillon de zouaves, tué plus tard comme général sous les murs de Sébastopol, de s'en rendre maître. Après être monté sur la brèche", il avait filé le long des murs avec son bataillon vers la porte de Zaatcha pour couper la retraite aux derniers défenseurs; dans uiw maison qu'il avait dû enlever en passant, il avait fait prisonniers deux Arabes parlant français, deux anciens Biskris, et leur avait promis la vie sauve s'ils lui indiquaient la retraite de Bouza-Zian. L'un d'eux refusa, disant qu'il aimait mieux mourir, et fut aussitôt massacré par les zouaves ; l'autre consentit à indiquer la maison deson chef.

En débouchant devant cette maison, les zouaves du commandant de Lavarande furent accueillis par

une fusillade terrible; ils tentèrent d'escalader la terrasse et ne purent y réussir. Une section d'artillerie de montagne arriva au même moment ; on essaya de braquer sur la porte une pièce de canon, mais les can< »nniers se firent inutilemenl tuer à leur poste. Des soldats du génie apportèrent un sac à poudre fortement chargé; les premiers qui voulurent y mettre le t'en furent foudroyés; enfin, un sous-officier du génie, plus heureux que les autre-, parvint à faire ('(dater la mine, qui lit -"(''crouler un large pan du mur ; environ cent cinquante hommes et femmes se présentèrent à découvert. Les zouaves furieux bondirent au milieu de cette foule confuse ; il y eut un horrible massacre. Quelques Arabes se réfugièrent sur la terrasse; on cherchait les moyens de les en déloger, quand l'un d'eux, qui avait les allure- d'un chef, présente aux zouave- -on fusil, la crosse en l'air. « Voilà Bouza- Zian », s'écria le guide. Le commandant de Lavarande se précipita devant ses zouaves et les empêcha défaire feu. a Je suis Bouza-Zian », dit l'homme, et il s'accroupit à la manière arabe pour prier.

« Ce n'est pas le moment de prier », dit le commandant de Lavarande, et il demande à Bouza-Zian où était sa famille, qu'il espérait sauver. Mais déjà la mère du chérif, sa femme et sa fille étaient tombées sous les baïonnettes des zouaves. De telles horreurs sont justifiées par les lois inexorables de la guerre. M. de Lavarande envoya dire au général Herbillon que Bouza-Zian était entre ses mains, et n'en reçut que cette réponse : « Faites-le tuer. » Le commandant fit lever Bouza-Zian, et on le maintint contre un mur pendant que quatre zouaves apprêtaient leurs

armes. « Vous avez été les plus forts, murmura Bouza- Zian ; Dieu seul est grand, que so volonté soit faite ! » Et il tomba foudroyé. On voulut lui faire trancher la tête par l'Arabe qui l'avait trahi ; mais celui-ci refusa el présenta lasienne.Ce fut \m tambour de zouaves qui s'en chargea et qui vint apporter le sariglanl trophée au général Herbillon.

« A midi toul était lini. Il ne restait que les vainqueurs et les ruines. A la tombée de la nuit, on lit sauter les musquées de Zaatcha et de la Zaouïa, et un long cri de joie s'éleya dans le camp français: c'étail la lin d'un siège horriblement pénible el fatigant (1). »

La terrible leçon de Zaatcha ne fut pas perdue; l'insurrection était générale, elle tomba subitement.

Le 28, le général quitta Zélian pour se rendre à Constantine, laissant aux colonels Canrobert, de Barrai et Carbuccia, le soin d'achever la soumission i\u pays sur l'Oued-Addi, entre Menach et Ghir.

Cet avantage fut plus décisif qu'on ne pouvait l'espérer. Toutes les populations du Zélian, qui se tenaient à l'écart, dans l'attente de l'événement, s'empressèrent d'accourir au camp du général Herbillon et de lui livrer des otages.

Après la prise.de Zaatcha, le colonel Canrobert, qui avait été chargé d'en recueillir les fruits, retourna dans l'Aurès.

(1) Perret, Récits algériens.

« Mais, avant de reprendre le récit de ses opérations, raconte le capitaine de zouaves Blanc, arrêtons-nous un instant sur cet officier si cher à l'armée, et disons ce que nous pensions de lui alors qu'il était notre colonel : ce ne sera que résumer l'opinion générale avant et depuis cette époque.

<( Dans l'espace de sept ans, de 1842 à 1849, nous avions eu quatre colonels : MM. Gavaignac, de Ladmirault, d'Aurelle de Paladine et Ganrobert. C'est beaucoup pour si peu de temps, et cela prouve que ces messieurs étaienl mûrs pour Pépaulette de général, quand ils venaienl aux zouaves.

« J'ai déjà parlé du premier; quant aux colonels de Ladmirault et d'Aurelle, je les ai peu connus, étant à Tlemcen quand ils guerroyaient avec les deux autres bataillons du régiment de la province d'Alger; aussi me bornerai— je à dire qu'ils avaient toute la confiance, l'estime et l'affection que de pareils chefs peuvent inspirer à leurs soldats.

« Il était facile de voir qu'ils rendraient l'un et l'autre de grands services à la France et qu'ils occuperaient un jour les plus liantes positions de l'armée et de la société.

« M. de Ladmirault avait servi aux zouaves comme capitaine; je l'avais vu arriver en 1837, à Mjez-Amar, au moment de partir de son camp pour la deuxième expédition de Constantine.

<( Il y venait pour effectuer, avec le capitaine Tixader, une permutation qui se traitait depuis quelque temps. M. de Ladmirault arrivait en toute bâte pour ne pas manquer l'expédition, et M. Tixader ne voulait pas abandonner sa place avant la lin de la

campagne. Ces messieurs ne se seraient jamais entendus, lorsque, pour trancher la difficulté, Lamoricière les emmena tous les deux, se donnant deux braves officiers au lieu d'un.

« Je n'ai vu M. d'Aurelle qu'au momenl où il était nommé général de brigade, el cette nomination fut précédée de circonstances que je ne pourrais pas oublier. Il avait dû se porter chez les Ouled- Mancom pour faire face à une insurrection. Menacé dans son camp, il crut de son honneur et de l'intérêt de nos armes d'aller au-devant de l'ennemi qui l'insultait, et lui infligea une rude leçon; son initiative fut blâmée à Alger, et un rapport défavorable fut adressé au ministre; il fut mis à l'ordre général el puni d'arrêts. C'était presque une disgrâce et l'on y croyait généralement, lorsque, au lieu de reproches, le colonel reçut de Paris, quelque temps après, son brevet de général. Le ministre n'avait pas jugé les (dioses de la même manière que le gouverneur, et avait ciu avec raison que le colonel d'Aurelle méritait, une récompense pour ses services et son mérite incontestables.

« Si on n'avait pas abusé de ce mot : homme antique, je dirais que M. Canrobert esl de ceux— là. N'étanl que lieutenant au 47e , il passait pour un des meilleurs officiers de ce régiment, et chacun prédisait les hautes destinées que ses brillantes qualités lui réservaient.

« La solidité de son esprit le faisait rechercher par les anciens, tandis que l'égalité de son caractère et la honte de son coeur ralliaient la jeunesse autour de lui.

« Bientôt, à ces causes d'une sympathie générale vinrent se jonidre les éclats d'une bravoure qui marque si glorieusement cette carrière de combats, commençant sur les bords du Sig en 1845 et finissant aux champs de Solférino.

« Je ne raconterai pas la carrière du maréchal Canrobert ; elle est connue de l'armée, de la France et de l'Europe entière ; je ne parlerai que de mitre colonel de 1849, de celui qui avait mérité de ses soldats le nom de « Père », que si peu de chefs ont partagé avec lui et qui devait recevoir une consécration solennelle dans les tranchées et dans les ambulances de Sébastopol.

« Je doute que jamais le colonel Canrobert ait inspire ce qu'on appelle de la crainte à son régiment. Il répandait autour de lui quelque chose de plus salutaire que ce sentimenl qui transforme celui qui le cause en un maître exécré, et celui qui le ressent en un esclave ne cherchant qu'à tromper son tyran.

« Ce qui dominait, je ne dirai pas le corps d'officiers, où l'éducation et le sentiment du devoir rendent la chose toute naturelle, mais les soldats, c'était l'amour pour leur chef; ce n'étaient pas ses punitions disciplinaires qu'ils redoutaient ( les hommes de cette trempe sont au-dessus de rf< craintes), mais bien la peine qu'ils causeraient à leur colonel.

«Cette affection pour lui allait si loin que, dans un combat meurtrier, pendant qu'oublieux de luimême, M. Canrobert restait à cheval et qu'au milieu des halles il recommandait à ses zouaves de bien s'embusquer, un lieutenant, sans égard pour la discipline, lui cria : « Mais, au nom du Ciel ! mettez-vous

« vous-même a l'abri, ou bien nous sortons tous de K nos embuscades. »

« N'étant encore que chef de bataillon au 5e bataillon de chasseurs à pied, M. Canrobert avail déjà des missions importantes. Le gouverneur n'hésitail pas A lui confier l'administration d'un des cercles 1rs plus agités de l'Algérie, et le commandement d'une de ces colonnes que nous avons vues sillonner pendanl deux ans le Dahara et la vallée du Chélif, et compter le nombre de leurs combats par celui de leurs jours de marche.

« J'ai fait partie de cette colonne du commandant Canrobert, et je ne saurais oublier la sollicitude intelligente avec laquelle elle était conduite; on croyait que son chef sortait de l'école des Castellane et des Bugeaud.

« M. Canrobert savait cire téméraire à propos, et son opiniâtreté à Semeur et aux Beni-Melikeuch amena les beaux résultats que lui seul peut-être pouvait prévoir et obtenir.

« Nous l'avons vu à Zaatcha renouveler les prouesses de nos héros les plus populaires; nous allons maintenant le suivre à Narah, d'où il nous quittera pour rentrer en France.

« Depuis cette époque, sa réputation qui n'était que française est devenue européenne; mais si, en le voyant aujourd'hui dans cette pléiade des grandes renommées qui entourèrent le trône impérial, les étrangers songent naturellement à l'Italie, ù Sébastopol, nous autres, vieux Africains, nous gardons, précieusement le souvenir de la bonté de son cœur, bonté toujours éprouvée et jamais lassée.

« Lu ville de Narah avait pris une attitude très hostile; les montagnards de l'Aurès attribuaient probablement aux rochers escarpés sur lesquels s'élève leur ville, la même valeur qu'à l'enceinte de Zaatcha, et avaient compris que le colonel Canrobert n'avait ni le temps, ni les moyens de s'arrêter pour commencer un siège. Ils s'enhardirent, dans la journée du 11 janvier 1850, jusqu'à venir, du haut d-e leurs rochers, insulter notre camp par une fusillade assez vive. Des dispositions turent prises immédiatement par le colonel pour les taire repentir de leur agression.

« Le 25, à trois heures du matin, une colonne volante, commandée par le colonel Carbuccia, du 2e étranger, après avoir remonté l'Oued- Abdi pendant une heure, se jeta à droite pour gravir les escarpements du Djebel-Hazernk, et venir se poster sur le sommet de cette montagne, menaçant à la fois la ville et les combattants qui essayaient de disputer les positions intermédiaires aux colonnes dirigées sur les deux rives de l'Oued-Narah.

« Celles-ci partirent deux heures et demie plus tard : l'une (rive droite), sous les ordres du commandant Bras-de-Fer, du 8e chasseurs ù pied, et sous la direction supérieure du colonel Canrobert; l'autre (rive gauche), guidée par le commandant de Lavarande, du 2' hâtai lion de zouaves.

« Elles devaient assaillir les postes voisins du camp et rejeter les Kabyles sur la ville et sur la colonne Carbuccia. Le camp, mis à l'abri de l'insulte de la ville par un hou système de retranchements, restait - »us la garde d'un bataillon du 8e de ligne.

« Le mouvement avait été bien calculé; à peine les

Kabyles avaient-ils ouvert leur feu sur les têtes de colonnes Bras-de-Fer et Lavarande, qu'une partie des tirailleurs de la colonne Carbuccia, déjà postée sur Lesommet de la montagne, se précipite sur leurs derrières, vers le village de Narah. Lu plus grande partie des insurgés s'enfuit par les ravins et dépasse le village sans oser s'y arrêter pour le défendre; d'autres, plus 1> raves, s'y enferment résolu nient. Le. rocher est escarpé, mais non pas inaccessible; il n'y a point d'enceinte fermée. Le colonel Canrobert ordonne l'attaque de vive force; zouaves, sapeurs, chasseurs des 5'-' et 8e, soldats du 8e de ligne et de la légion étrangère montent sans s'arrêter, malgré les défenseurs; les maisons sont forcées une a une; tous ceux qui ont essayé de tenir dans Narah y trouvent la mort.

« Pendant ce temps, les réserves restées à l'extérieur enlèvent deux villages qui forment comme les faubourgs de Narah, el (hument la chasse aux fuyards. Au fond du ravin, les chasseurs et les spahis sabrent ceux qui essaienl d'en sortir par les deux bords; plus de cinquante morts furenl trouvés sur le terrain, et on ne put compter ceux qui jonchaient les ruines de Narah et qui étaient ensevelis sous les découd u-es des maisons.

« De notre côté, nous avions huil morts et trente blessés; parmi les premiers, se trouvait un bon el bravecapitaine.de zouaves, M. Lecouteux, que tout le monde regretta bien sincèrement. Il marchait de terrasse en terrasse, à la tête de sa compagnie, lorsque, arrivé sur une grande maison, il fut arrêté par plusieurs coups de feu tirés de l'intérieur par cette ouverture qui régne généralement dans teintes lesconstruc-

tions arabes pour en éclairer les appartements. M. Leeouteux s'avança sur le bord de l'ouverture afin déjuger de l'importance de la défense qubsemblaif s'y préparer, et se pencha sur le rebord de la terrasse.

« Au même instant, une balle partit des galeries, l'atteignit au front et le tua.

« Sur le lieu même du combat, Canrobert, se rappelant qu'il avait commandé les chasseurs et s'adressant nu commandant Bras-de-Fer, du 8e bataillon, lui dit : " Venez, que je vous félicite, votre « bataillon a tous les honneurs de la journée ; dites à - ces braves gens que vous commandez, combien je « suis content d'eux. »

« La neige ayanl commencé à tomber le 6, le colonel s'arrêta à Narah, et en repartit le 10 pour Batna.

« Le 19 janvier 1850, les colonels Canrobert, Barrai et Daumas étaient nommés généraux, et, si quelque chose put nous consoler de la perte que nous faisions, c'étail la pensée que jamais étoiles dégénérai n'avaient été mieux gagnées que relies de M. Canrobert (1). »

Le généra] Canroberl resta au commandement de la subdivision de Batna quelque temps après sa nomination. Il eut vite pacifié le pays et étouffé à Marah les germes d'une révolte qui menaçait d'envahir tout le territoire.

A la suite d'un projet de colonisation qu'on avait désapprouvé, le maréchal Bugeaud envoya sa démis-

(1) Souvenirs d'un vieux zouave.

sion au roi Louis-Philippe. Voyant Canroberl affligé de si >n dépari , le maréchal lui dit :

« Mon ami, j'ai terminé ma tâche el vous commencez la vôtre, j'ai la barbe blanche el vous êtes encore un jeune homme. Quand un vide s'opère dans les hauts grades, ne vous en plaignez jamais. Vous êtes un de ceux qui le combleront toujours, à la plus grande satisfaction de la France. »

Rappelons (jue, dès 1849, Ganrobert avait reçu la croix de commandeur de la Légion d'honneur, en récompense de sa bravoure.

En 1850, le président delà République française, le prince Louis-Napoléon Bonaparte, l'appela auprès de lui, se l'attacha comme aide de camp et lui donna un commandement à Paris.

Canrobert prit part, avec sa brigade, au coup d'État du 2 décembre 1851.

Vers la fin du mois de décembre, les troubles de Paris paraissant apaisés, le général Canrobert eut mission de parcourir la France avec des pouvoirs très étendus, car les sociétés secrètes, relevant la tête, fomentaient le désordre.

Joignant à une fermeté rare un esprit de conciliation et de justice dont les républicains les plus exaltés lui tenaient compte, Canrobert sut arrêter de graves désordres, sans sévir exceptionnellement, ni appeler à son aide les commissions mixtes.

Le 14 janvier 1853, Canrobert fut promu général de division. C'est avec ce titre — le seul qu'il n'obtint pas pour fait de guerre — que le jeune général allait être envoyé en Orient, pour prendre part à l'expédition de Crimée.

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