‹ Le Maréchal CanrobertChapitre 8 sur 33 · UNE PREMIÈRE VICTOIRE · texte numérisé non relu

UNE PREMIÈRE VICTOIRE

Le débarquement. — Le premier qui mil le pied sur la terre russe. — Un récit de Paul de Molènes. — En marche sur Sébastopol. — La victoire de l'Aima. — Le drapeau français. — La bravoure de Ganrobert. — Lord Raglan. — Bons rapports du maréchal de Saint-Arnaud.

Un écrivain militaire, Paul de Molènes, qui a été l'officier d'ordonnance de Canrobert, a laissé d'intéressants souvenirs sur la guerre de Crimée (1). Dans une page charmante il nous raconte ainsi le débarquement des troupes françaises:

a Ce fût Canrobert, général de division alors,

(li « Les péripéties de cette guerre de Crimée sont retracées par Paul de Molènes avec la fidélité de l'historien, la chaleur du combattant, le style coloré de l'artiste. Ses jugements sur le maréchal de Saint-Arnaud et le général Canrobert seront ratifies par la postérité. L'abnégation, le sangfroid, l'héroïsme d s deux hommes, ne semblent-ils pas, en effet,

grandis avec l'éloigné ni ? Vingt ans à peine se sont écoulés depuis les

événements dont parle l'auteur des Commentaires d'un soldat, et voilà que la mâle figure du vainqueur de l'Aima qui commande à la mort un sur- s pour vaincre, aussi bien ipie la physionomie si spirituelle et si française de sou successeur, ce héros de bout'', de bravoure et de renoncement, nous apparaissent toutes deux, avec leur relief, semblables à des médailles de héros antiques. » (Henri d'Ideville, Reçue de France, mai 1875, n* 41. — Romanciers militaires, Paul de Molènes, Alfred de Vigny.)

qui le premier, entouré de quelques soldats, mil le pied sur ces rives qu'embrassaienl tant d'espérances et tant de regards ; ce fut lui qui planta le drapeau français sur celle terre où la France allait apparaître aux nations dans le glorieux appareil qui lui sied si bien et qui lui est si cher. « Je vois encore le groupe formé sur la plage par le général Canrobert et les soldats qui l'entouraient ; je regardais avec une joie profonde cette poignée d'hommes, dominés par noire drapeau, quand une embarcation s'approcha de mon navire. Vn aide de camp du maréchal Saint-Arnaud venait me donner l'ordre de débarquer immédiatement avec ma troupe et de monter à cheval aussitôt que nous aurions touché terre, pour aller battre le pays. Cet ordre fut promptement exécuté. En quelques instants, mes spahis et leurs chevaux furent sur les rives de la Crimée. Nous nous mettons promptement en selle et nous partons en avant dans une direction que le général Canrobert nous indique; le temps était admirable. Le 14 septembre à Old-Fort est resté dans ma mémoire comme une de ces belles journées d'automne où l'on se meut avec bonheur et liberté dans une atmosphère claire, limpide, salubre, que n'altèrent ni le froid ni la chaleur. Les plaines qui s'étendaient devant nous me rappelaient ces grands espaces que l'on trouve en Afrique entre le Tell et le désert ; nos chevaux bondissaient gaiement sur ce sol semblable à celui de leur patrie. Les spahis se développaient en éclaireurs avec l'intelligence qu'ils apportent dans tous les mouvements de

partisans. J'étais dans un de ces rares moments de la vie où nous croyons saisir cette vision qu'on appelle le bonheur.

« Je poussai ma reconnaissance jusqu'à l'endroit qui m'avait été désigné, sans rencontrer un seul ennemi; le jour de notre débarquement, pas un Cosaque ne se montra dans la campagne. Il y a d'ordinaire quelque chose d'irritant et d'inquiétant pour une armée à s'avancer dans un pays qui ne lui es! ni livré, ni disputé. Les soldats qui débarquaient en Crimée avaient une telle confiance, que celle sorte de menace occulte dont ils étaient entourés ne fut point pour eux le souci d'un instant.

« Le soir, je dressai ma tente à quelques pas de la mer, près du quartier général. Quand il s'agil de souper, il se trouva que nous n'avions ni pain, ni viande, mais nous possédions du biscuit et une bouteille de vin de Champagne que nous réservions pour célébrer notre première vfetoire. Cette bouteille servit à fêter notre débarquement. Le vin de Champagne ne me plaît pas d'habitude. Comme ses poètes ordinaires, il a une fausse légèreté ; mais les Français trouvent un attrait à tout compatriote qu'ils rencontrent sur la terre étrangère. Ce jour-là, je fis un cordial accueil au frivole et pédant héros de la chanson classique, qui me parut transformé suivant mes goûts, c'est-à-dire tout rempli de rêverie allemande et de bonhomie guerrière. Le lendemain, le premier aide de camp du maréchal Saint-Arnaud me donna l'ordre de me porter avec mon détachement jusqu'à un vil-

Lage où se trouvaienl un fonctionnaire ru — e et un poste d'infanterie que je devais enlever. Un Tartare, revêtu d'un burnous de spahi, me servil de guide. Les ordres que l'on m'avail donnés furenl accomplis. Le soir, je regagnais le camp français avec une chaise de poste où était Fagenl russe, qui, à l'arrivée des spahis, se disposait à fuir, cl quelques chariots de réquisition où j'avais t'ait monter les soldais ennemis surpris par mes cavaliers. L;> maréchal de Saint-Arnaud était absent quand notre petite troupe revint avec ses prisonniers; il était monté à cheval pour visiter son bivouac. On profita de celle circonstance pour placer aux deux côtés de s,-i lente les fusils que nous venions de prendre; c'était deux bien modestes trophée-, à coup sur. Le maréchal le- vit cependant avec plaisir à son retour. Ces armes cl ce petit groupe de personnages excitaient dans le camp une curiosité que comprendront tous ceux qui ont assisté aux déhuts d'une guerre : chacun est impatient de voir comment est t'ait, comment est vêtu et armé l'adversaire qu'il va combattre; les premiers prisonniers oui pour les soldats une sorte d'attrait mystérieux. Ceux qu'amenaient nos spahis confirmaient tout ce que j'avais recueilli sur l'armée russe.

« Cette ardeur intelligente qu'expriment les traits des soldats français, et qui devient, à certaines heures, une si terrible puissance, manquait à ces honnêtes visages. Malgré tout ce que j'ai entendu dire sur la discipline moscovite, mes premiers rapport- avec le sous-officier qui commandait ce

poste ennemi me causèrent une sorte de stupeur: c'était un vieux soldat rompu à la discipline de son pays. Quand il eut rendu ses armes, je lui adressai, par la bouche d'un interprète, quelques questions; il m'écoutait, la main à son bonnet, les deux talons sur la même ligne, dans une attitude si complètement immobile, que la vie semblait s'être subitement retirée de lui : quand il me répondait, ses lèvres remuaient sans que le mouvement se communiquât à aucune, autre partie île son corps. Notre entretien termine, il lit face en arrière par un demi-tour lentement exécuté et se mit à marcher en ligne droite d'un pas méthodique; il arriva que j'eus besoin de le rappeler : il s'arrêta subitement et, carrément, sans déranger d'une ligne la position de ses épaules et de sa tête, se retourna de mon côté par un second demi-tour aussi correctement accompli que le premier et se dirigea vers moi de son pas cadencé jusqu'à une distance où il reprit, dans une complète immobilité, son attitude primitive. C'était bien là le soldat russe dont nos devanciers nous ont si souvent entretenus, soldat qu'il ne faut pas mépriser. Toutefois, dans ces êtres oi'i une discipline inflexible semble s'être efforcée d'anéantir jusqu'au dernier vestige de la volonté humaine, il y a de nobles sentiments qui ne sonl pas détruits. Plus tard, en regardant les cadavres ennemis qui encombraient si souvent nos tranchées, j'ai vu, sur des visages ensanglantés et où la mort avait mis sa griffe, l'expression de la constance et de la fermeté, même de l'enthou-

siasme. Heureusement, ces vertus-là résidenl aussi dans le cœur des nôtres, et elles ont pour se manifester cette étrange, celte incontestable force, également apte à toutes les œuvres, propre à toutes les luttes, qui s'appelle l'intelligence française. »

Le débarquement fut achevé le 15; pas un soldat russe ne se montra pour s'opposer à cette opératii >n.

« Nuire débarquement, écrivait le maréchal de Saint-Arnaud au ministre de la guerre, s'est opéré dans les conditions les plus heureuses, et sans que l'ennemi ait été aperçu. L'impression morale qu'ont reçue les troupes a été excellente, et c'est au cri de : Vice l'empereur! qu'elles ont mis pied a terre et pris possession de leurs bivouacs. »

En même temps, Saint-Arnaud adressait à ses soldats cette remarquable proclamation :

« Soldats, vous cherchez l'ennemi depuis cinq mois. Il est enfin devant vous, et nous allons lui montrer nos aigles. Préparez-vous à subir les fatigues et les privations d'une campagne qui sera difficile, mais courte, et qui élèvera devant l'Europe la réputation de /'Armée d'Orient au niveau des plus hautes gloires militaire- de l'histoire.

« Vous ne permettrez pas que les soldats des

armées alliées, vos compagnons d'armes, vous dépassent en vigueur el en solidité devant l'ennemi, en constance devant les épreuves qui vous attendent.

« Vous vous rappellerez que nous ne faisons pas la guerre aux paisibles habitants de la Crimée, dont les dispositions nous sont favorables, et qui, rassurés par notre excellente discipline, par le respecl que nous montrerons pour leur religion, leur.- mœurs et leurs personnes, ne tarderont pas à venir à nous.

« Soldats, à ce moment où nous plantez nos drapeaux sur la terre de Crimée, vous êtes l'espoir de la France, dans quelques jours vous en serez l'orgueil. Vice l'empereur .' »

Le malin du 18 septembre 1854, l'année alliée se mit en marche sur Sébastopol; elle se dirigeait vers la rivière de l'Aima. Les troupes russes s'étaienl réunies eu toute hâte, sur les bords de ee cours d'eau, sous le commandement du prince Menschikoff, elles y avaient installé un camp retranché.

Cette position paraissait tellement inexpugnable à Menschikoff, qu'il avait dit, dans une dépèche A l'empereur Nicolas : « Deux cent mille ennemis et trois mois de combats ne suffiraient pas à me déloger de l'admirable position que j'occupe. » Deux jours après, il allait recevoir un cruel démenti.

La première victoire remportée sur les Russes

fui la victoire de l'Aima [20 septembre] (1) qui permil de commencer le siège de Sébastopol.

Le maréchal de Saint-Arnaud en a donné lui-même le récit :

« Les Russes, dit le maréchal dé Saint-Arnaud, dans sou rapport adressé à l'empereur, avaient réuni toutes leurs forces, tous leurs moyens, pour s'opposer au passage de l'Aima.

« Le prince Menschikoff les commandail en personne. Toutes les hauteurs étaient garnies de redoutes et de ] >at I cries formidables.

« L'armée russe comptait quarante nulle baïonnettes venues de tous les points de la Crimée (le matin, il en arrivait encore de Théodosie), six mille chevaux, cent quatre— vingts pièces de canon de campagne ou de position.

« Des hauteurs qu'ils occupaient, les Russes pouvaient nous compter homme par homme, depuis le 19, au moment où nous sommes arrivés sur le Bubbanach.

« Le 20, dès six heures du matin, j'ai l'ait opérer par la division Bosquet, renforcée de huit bataillons turcs, un mouvement tournant qui enveloppait la gauche des Russes et tournait quelques-unes de leurs batteries.

« Le général Bosquet a manœuvré avec autant d'intelligence que de bravoure. Ce mouvement a décidé du succès de la journée.

« J'avais engagé les Anglais à se prolonger

1 1 1 L'Aima esl une petite rivière «lu sud-ouest de la Crimée. Elle sort des pentes du Tehatir-Dagh, el s.- jette dans la mer Noire, à 26 kilomètres au nord de la baie de Sébastopol, après avoir arrosé une fort jolie vallée.

sur leur gauche pour menacer en même temps la droite des Russes pendant que je les occupais au centre, mais leurs troupes ne purent arriver en ligne qu'à dix heures et demie. Elles ont bravement réparé ce retard. A midi et demi, la ligue de l'armée alliée, occupant une étendue de plus d'une lieue, arrivait sur l'Aima, où elle était reçue par un feu terrible de tirailleurs.

« Dans ce moment, la tête de la colonne Bosquet paraissait sur les hauteurs. Je donnai le signal de l'attaque générale (1).

« L'Aima fui traversée au pas de charge. Le prince Napoléon, à la tête de sa division, s'emparait du gms village de l'Aima, sous le feu des batteries russes. Le prince s'est montré digne en tout du beau nom qu'il porte. On arrivait en bas des hauteurs sous le feu des batteries ennemies.

« Là a commencé une vraie bataille sur toute la ligne, bataille avec ses épisodes de brillants faits d'armes et de traits de valeur. Votre Majesté peut être fière de ses soldats, ils n'ont pas dégénéré: <■<■ sont îles soldats d'Austerlits et d'Iéna.

« A quatre heures et demie, l'armée française était victorieuse partout.

il il tn vit nos soldats franchir la rivière, puis grimper comme des chèvres sur des roches qui semblaient inaccessibles. Il veut un instant d'incertitude et d'angoisse. Puis, soudain, un immense cri de joie partit de toutes les poitrines : notre drapeau était sur les hauteurs. Voilà déjà plus d'une fois que j'assiste aux glorieuses ascensions de cette mobile et radieuse image de la patrie Quand on voit monter de degré en degré, à travers des nuages de fumée, jusqu'à la cime ardente où il doit s'établir, ce signe sacré que Ijien souvent des mains défaillantes se sont transmis, on éprouve une de ces émotions dont, je l'espère, les années, la fatigue, l'habitude, tout se les ingrates puissances de ce monde, ne nous dépouillent pas. » iPaul de Molèxes.)

« Toutes les positions avaienl été enlevées à la baïonnette, au cri de : Vice l'empereur! qui a retenti toute la journée. Jamais je n'ai vu d'enthousiasme semblable ; les blessés, eux-mêmes, se soulevaient de terre pour crier. A notre gauche, les Anglais rencontraient de grosses masses et éprouvaient de grandes difficultés; mais tout a été surmonté.

« Les Anglais on! abordé les positions russes dans un ordre admirable, sons le canon, les ont enlevées, et en ont chassé les Russe-.

« Lord Raglan est d une bravoure antique. Au milieu des boulets et des balles, c'est le même calme qui ne l'abandonne jamais.

« Les lignes françaises se formaient sur les hauteurs en débordant la gauche russe, l'artillerie ouvrait son feu. Alors ce ne fut plus une retraite, mais une déroute : les Russes jetaient leurs fusils et leurs sacs pour mieux courir.

« Si j'avais eu de la cavalerie, j'obtenais des résultats immenses, et Menschikoff n'aurait plus d'armée; mais il était tard, nos troupes étaient harassées, les munitions d'artillerie s'épuisaient ; nous avons campé, à six heures du soir, sur le bivouac môme des Russes.

« Ma tente est sur l'emplacement môme de celle qu'occupait le matin le prince Menschikoff, qui se croyait si sûr de nous arrêter et de nous battre, qu'il avait laissé sa voiture. Je l'ai prise avec son portefeuille et sa correspondance, je profiterai des renseignements précieux <[ue j'y trouve.

LE MARECHAL CANKOBEKT

<( L'armée russe aura pu probablement se rallier à deux lieues d'ici, et je la trouverai demain sur la Katcha, mais battue et démoralisée, tandis que l'armée alliée es! pleine d'ardeur et d'élan. Il m'a fallu rester ici aujourd'hui pour évacuer nos blessés sur Constantinople, et reprendre à bord de la flotte des munitions et des vivres.

« Les Anglais ont eu 1500 hommes hors de combat. Le duc de Cambridge se porte bien; sa division et celle de sir Georges Brown ortt été superbes. Moi, j'ai ô regretter environ 1300 hommes hors de combat : 3 officiers tués, 54 blessés, 233 sous-officiers ou soldats tués, 1033 blessés.

« Le général Cànrobert, auquel revient en partie l'honneur d: la journée, a été blessé légèremenl par un éclat d'obus qui l'a atteint à la poitrine et à la main ; il va très bien. Le général Thomas, de la division du prince, a reçu une balle dans le bas-ventre, blessure grave. Les Russes ont perdu environ 5000 hommes; le champ de bataille est jonché de leurs morts; nos ambulances sont pleines de leurs blessés, non sans compter une proportion de 7 cadavres laisses sur 1 ou 3 Français.

« Leur artillerie nous a fait du mal, mais la notre lui est bien supérieure. Je regretterai toute ma vie de ne pas avoir eu seulement mes deux régiments de chasseurs d'Afrique. Les zouaces se sont fait admirer des deux armées; ce sont les premiers soldats du monde. »

LE MARÉCHAL CANROBEKT 73

« Mes soldats ne doutent plus de rien, écrivait encore au ministre, le 21 septembre, le maréchal de Saint-Arnaud, et cependant les Russes ont 1 tien tenu hier ; il a fallu revenir à trois fois pour enlever les positions, ce sont de bons soldais. Mais les Anglais et les Français! quelles troupes! .quelle solidité chez les uns ! quelle ardeur, quel élan chez les autres! Je n'ai jamais vu de si beau panorama que celle bataille. Arrivé sur les hauteurs pour mieux juger des mouvements de l'ennemi, j'ai pu voir les positions enlevées par mes zouaves, et l'armée anglaise faisant un passage de lignes dans le l'eu de l'artillerie russe pour aller enlever ses batteries ; c'était sublime. »

Le maréchal ne marchandait pas l'éloge à ses compagnons de victoire :

La blessure du général Canrobert va très bien, écrivait-il le 22 au maréchal Vaillant ; il a été superbe, et sa division au— dessus de tout éloge. Bourbaki est un Bayard ; il étail magnifique à la tête de ses zouaves; le colonel Gler ne lui cède en rien. Quels officiers! quels soldats! Et que je me sens lier de les commander ! »

« Beau succès! Monsieur le Ministre, qui l'ail honneur à vos armes, ajoute une belle page à notre histoire militaire et donne à l'armée un moral qui vaut 20,000 hommes de plus, ce qui ne m'empêche pas de vous prier de songer aux

renforts. Les effectifs baissent; ils ont diminué de 2000 hommes depuis le 14. Ma santé est toujours la même chose; elle se soutient contre les souffrances et les crises. Tout cela ne m'empêche pas de rester douze heures à cheval les jours de bataille... Mais les forces ne me trahiront-elles pas ? »

Entre mille faits plus intéressant- les uns que les autres qu'apportaient les correspondances particulières nous prenons au hasard ceux qui suivent :

« Lorsque nous sommes revenus après la déroute des ennemis, la plupart des Russes étaient enlevés et soignés par l'ambulance; un d'eux, auquel j'ai donné à boire un peu d'eau de ma gourde, m'a remercié d'un regard me montrant qu'il comprenait ma pitié pour lui.

« J'ai exprimé toute ma pensée par ce seul mot : « Nicolas! » Il a levé les yeux au ciel, fait le signe de la croix, puis esl retombé, il avait le genou fracassé. Des cacolets et des fourgons pleins traversent le camp; il y a dix Russes pour un Français; c'est un spectacle touchant de voir dans la même voiture un soldat français au milieu de cinq ou six soldats russes. Ceux-ci sont étonnés de notre bienveillance et sourient aux Français blessés. »

Voici un trait d'audace d'un sous-officier anglais et d'un soldat russe : « L'Anglais vient planter un guidon sous le feu de l'ennemi pour indiquer à la division qui arrive la position qu'elle doit

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prendre; un Russe sort des rangs, courl à l'Anglais, le tue el enlève le guidon ; mais un autre Anglais surveillait ses mouvements, il s'élance à la poursuite du Russe, en s'effaçant, de façon à être garanti des coups de fusil par celui-là même qui veut l'atteindre; il gagne du terrain, il aliat le Russe d'un coup double de son revolver, enlève son guidon et retourne à son rang de tonte la vitesse de ses jambes, au milieu d'un feu terril de ; il arrive à sa place et tombe mort, il avait été frappé de sept halles, mais il avait sauvé un guidon de son régiment. »

« On ne saurait se faire une idée de la manière prodigieuse dont nos soldats combattent ! Habitués à la guerre d'Afrique, ils attaquent avec une résolution inouïe; mais aussi avec quelle intelligence! Sont-ils devant une batterie russe*? vous les voyez s'éparpiller en tirailleurs et tirer au loin sans exposer une niasse saisissable; de même devant les carrés ennemis; puis s'il faut charger, quand ils ont jeté le désordre dans une colonne, vous les voyez former un bloc subit el charger à la baïonnette. Les braves Anglais sont

toujours ces colonnes de fer qui vont intrépidement se faire tuer, sans se presser, sans reculer d'une semelle. »

Quand lord Raglan vit nos divisions de droite

escalader les murailles gigantesques de la falaise

qui encaissait la rivière, il applaudit et s'écria : « Oh ! ce ne sont pas des hommes, ce sont des

lions !

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