‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 100 sur 194 · M- JÉRÔME DAVID · texte numérisé non relu

M- JÉRÔME DAVID

de Valdrôme, demeura dans le salon à côté de celui du conseil et il y remarqua une allée et venue continuelle de personnages politiques qui entraient, sortaient, causaient avec les dames, les aides de camp, les officiers d'ordonnance, les chambellans et les écuyers de service.

Dans cette séance, le général Dejean lut à ses collègues un projet de loi permettant le versement de la mobile dans l'armée active. C'était la mesure que le maréchal Niel jugeait indispensable en cas de guerre, et sans laquelle la création de la garde mobile devait être une superfétation. Les ministres acceptèrent ce projet; mais le surlendemain la Chambre le repoussa.

Tard, une députation de tous les partis du Corps législatif se présenta pour parler à l'Impératrice. Presque au même moment, le conseil était terminé et l'Impératrice entrait, suivie des ministres, leurs serviettes sous le bras, dans le salon où se tenaient les dames et où le thé était servi. Elle se retourna, et s'adressant à M. Emile Ollivier, elle lui offrit une tasse de thé. « Merci, Madame; si j'ai soif, une de ces dames me donnera un verre d'eau. » Ces paroles, le ton d'aigreur avec lequel elles furent prononcées et la contraction des traits de M. É. Ollivier frappèrent vivement M. Durangel, qui vit aussitôt après les ministres traverser le salon sans s'y arrêter, saluer l'Impératrice et s'en aller. Depuis, M. É. Ollivier a souvent exprimé, en termes violents, le dépit que lui causa la façon dont l'Impératrice chercha alors à confier les affaires du pays à un autre que lui.

Les ministres, en se retirant, passèrent en file in-

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dienne devant les membres de la députation de la Chambre qui attendaient leur départ pour être introduits auprès de l'Impératrice. Un instant après, amenés devant elle, ils lui demandaient par l'organe de l'un d'eux, M. Jules Brame, le renversement immédiat des ministres qui étaient encore dans l'escalier. L'Impératrice répondit que sous le régime parlementaire, c'était à la Chambre, et non à elle, à décider du sort du ministère et elle ajouta qu'à son avis il était regrettable de créer une crise ministérielle en des moments si graves.

M. Brame ayant ensuite parlé de la nomination du général Trochu au ministère de la guerre, l'Impératrice lui répondit : » Eh bien, je le lui ai proposé, et savezvous ce qu'il m'a répondu?... Qu'il accepterait peutêtre, mais à la condition de blâmer tout ce qui avait été fait jusqu'à son arrivée au pouvoir. »

L'Impératrice disait-elle ce qu'elle pensait? Ne venaitelle pas dans la matinée de chercher avec M. Henri Chevreau à substituer au ministère en fonction un autre ministère de son choix, et n'était-ce pas parce qu'elle voulait le cacher aux représentants du régime parlementaire qu'elle s'exprimait ainsi?

M. Brame insista aussi pour la nomination du général Palikao au commandement de l'armée de Paris, et l'Impératrice lui annonça que le général devait être déjà en route. Là-dessus, la députation se retira.

M. Durangel était toujours dans le salon. L'Impératrice, le sachant par sa situation au courant des mouvements de l'opinion, l'avait prié de rester. Ayant congédié les personnes de service ce soir-là, elle l'appela,

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