‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 99 sur 194 · M. II EMU CHEVREAU 2Î · texte numérisé non relu

M. II EMU CHEVREAU 2Î

tion à l'opinion et le général Palikao lui paraissait tout désigné. » L'Impératrice fut d'autant plus frappée de ce que lui disait M. Chevreau qu'elle avait déjà eu la même idée et l'avait télégraphié à l'Empereur à 10 heures : aussi pria-t-elle M. Chevreau d'envoyer une dépêche au général Palikao à Lyon pour l'inviter à se tenir prêt à répondre au premier appel qui lui serait adressé.

M. Chevreau prononça ensuite le nom de divers personnages politiques susceptibles d'entrer dans le nouveau cabinet et proposa M. Jérôme David pour le ministère de l'Intérieur; il était dévoué à l'Empire, énergique et jouissait d'une autorité incontestable au Corps législatif comme chef des bonapartistes autoritaires, c'est-à-dire l'adversaire du ministère qui avait déclaré la guerre.

Actuellement il est vice-président de la Chambre, et en 1869, il a été question, lorsque le choix de leur bureau a été accordé aux députés, de l'appeler à la présidence en place de M. Schneider. Il est lié de longue date avec l'Impératrice, et souvent il se fait son porteparole et son champion dans les milieux politiques. En 1867, lors des débats sur la liberté de la presse et du droit de réunion, il a, sur la demande de la souveraine, cherché à faire retirer ce projet de loi qui émanait de l'initiative de l'Empereur; ce qui faisait dire à un sénateur à qui il demandait de l'aider qu'il s'agissait d' a une petite intrigue de ministre en herbe sous cotillon » .

Au moment de la candidature Hohenzollern il a jeté feu et flammes et a été un matin voir l'Empereur à Saint-Gloud. Entré plein d'exaltation, il est sorti de

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l'entrevue avec une figure décomposée : « Ça ne va pas du tout, dit-il en revenant à son secrétaire et ami M. Lara-Minot, l'Empereur ne veut pas de la guerre : il se dit malade : c'est l'Impératrice qui y tient... » et à ce moment comme il croisait un groupe hurlant à Berlin : a C'est commode maintenant de calmer ce peuple emballé. »

A l'entrée en campagne il est parti avec son ami M. Albert Gahen d'Anvers pour suivre nos soldats, et il a assisté le 6 août en compagnie de M. de Wendel, dont il était l'hôte, à la bataille de Forbach : il a vu l'Empereur la veille à Metz et est rentré à Paris à 4 heures ce matin.

L'Impératrice répond à la proposition de M. H. Chevreau en le priant de pressentir M. Jérôme David ce jour même; aussi à 2 heures, M. Noël des Vergers, chef du cabinet de M. Chevreau, va chez lui, 75, avenue des Champs-Elysées, et après une heure d'entretien le quitte pour rapporter son assentiment à M. Chevreau.

Le soir de ce jour M. Jérôme David dînait en compagnie de M. de Bouville, ancien préfet de Bordeaux, et de M. Wachter, un journaliste qui avait été avec lui à Saint-Cyr; il leur annonça qu'il s'attendait à être appelé d'un moment à l'autre par l'Impératrice. Avant la fin du dîner il était en effet demandé aux Tuileries, mais c'était par l'un des amis qu'il avait dans la maison impériale, et il fut étonné et même vexé de n'être pas ce soir-là ni reçu, ni consulté par la Régente.

Il sortit des Tuileries vers 9 heures et croisa les ministres convoqués pour un conseil qu'allait présider l'Impératrice : M. Durangel, amené par M. Ghevandier

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